Dans Cher Burkina, Thierry-Paul Ifoundza interroge avec finesse les discours politiques contemporains à l’aune de l’histoire récente. À travers une lecture critique des prises de parole d’Ibrahim Traoré, mises en parallèle avec celles d’Emmanuel Macron à Ouagadougou, l’auteur questionne les lignes de fracture entre rupture annoncée et continuités idéologiques, notamment sur les enjeux de jeunesse, d’économie et de souveraineté.
Ce discours rappelle presque celui d’Emmanuel Macron à Ouagadougou, en novembre 2017. Ce jour-là, le président Macron avait reconnu en effet le mérite de la jeunesse burkinabè à défendre leur révolution, en plus de la féliciter, cette jeunesse, pour avoir gagné sur le plan de la démocratie. Il avait ajouté que pour relever les défis, cette jeunesse ne pouvait pas gagner contre le terrorisme en délaissant l’économie.
Ibrahim Traoré, lui, lors de sa rencontre avec les jeunes, les a invités à se départir des réseaux terroristes, à se ressaisir et à revenir dans le droit chemin, du moins en ce qui concerne les « jeunes égarés ». Et d’ajouter que ceux qui le feront seront pardonnés. Pour Ibrahim Traoré, ce combat ne doit pas être seulement militaire, il doit l’être aussi au niveau des mentalités. Il a dit qu’il n’y avait aucun doute sur la capacité de certains Burkinabè à changer de mentalité.
Ce faisant, Ibrahim Traoré a promis des réformes en faveur de la jeunesse. Parce que, pense-t-il, l’amélioration des conditions de vie et l’employabilité des jeunes permettront, une fois de plus, de les soustraire des réseaux terroristes. Parmi ces propositions, le jeune chauffeur avec qui j’ai échangé a retenu la création d’un fonds unique pour soutenir l’entrepreneuriat ; la levée d’obstacles fiscaux à la création d’entreprises ; la création de pôles de formation professionnelle, par exemple dans l’orpaillage et l’agriculture ; la création d’unités de transformation des matières premières, etc.
Dans ce sens, Ibrahim Traoré a rappelé aux participants l’existence de l’APEC (Agence de la Promotion de l’Entrepreneuriat Communautaire par actionnariat populaire), qui œuvre pour un développement endogène et inclusif.
Aussi, pour lier sa parole à l’acte, le président Ibrahim Traoré a posé à Bobo-Dioulasso, le 23 septembre 2023, la première pierre de l’usine de transformation de tomates. Pour lui, il était incompréhensible que les paysans burkinabè produisent des tomates en quantité industrielle, mais les vendent à des entreprises étrangères à des prix dérisoires. Désormais, une fois les tomates transformées, ces légumes alimenteront les marchés burkinabè, voire ceux de la sous-région.
Mais au-delà de tout volontarisme, de tout pragmatisme, je constate une évidence : tous les ingrédients d’une politique néolibérale prononcée par Macron sont là. N’est-ce pas une contradiction, performative peut-être, que d’étriller le néocolonialisme tout en transposant son néolibéralisme ? Parce que quand on prend le temps de s’immerger dans le fameux discours du président Macron à Ouagadougou, devant un public d’étudiants dans la salle panafricaine de l’université Joseph Ki-Zerbo, je ne vois pas de grande différence entre les énoncés des deux chefs d’État…
Extrait du livre Cher Burkina de Thierry-Paul Ifoundza, Éditions Maïa, avril 2024, p. 57-58.
Vous aimez cet article ? Contribuez à notre mission en cliquant sur ce lien. Chaque geste compte 🙏
Soutenir L’ivre Du Livre




Laisser un commentaire