Interview avec Maboudou Abdou Rahim dit “Bravo” : Un amoureux de la poésie orale
Interview avec Maboudou Abdou Rahim dit “Bravo” : Un amoureux de la poésie orale

Interview avec Maboudou Abdou Rahim dit “Bravo” : Un amoureux de la poésie orale

«[..] une quête perpétuelle de l’excellence, de la perfection et des ovations. Pour faire court, « Bravo » sort d’un livre, voilà peut-être pourquoi il sort des livres.»

MABOUDOU Abdou Rahim alias “Bravo”, est un jeune écrivain, poète et artiste slameur béninois. Titulaire d’une licence en anglais, il a publié son premier recueil de poésie intitulé “Le chant des vers” sorti le 15 mai 2019 et ‘’Dr. Li’’, le second, sorti en septembre 2022. Il s’investit aussi dans les actions communautaires. Il a été reçu pour vous pour le compte de l’interview de cette semaine. Il parlera de ses œuvres, l’environnement littéraire et artistique béninois et de son engagement citoyen. 

Maboudou Abdou Rahim dit “Bravo”

LDL : Bonjour Mr MABOUDOU Abdou Rahim. Merci d’avoir répondu à notre invitation. D’entrée, pouvez-vous vous présenter davantage à nos lecteurs ?

MAR : À la base j’ai une licence en anglais option littératures et civilisations africaines. Je milite dans plusieurs ONG et associations.

Je suis passionné de lecture, de voyage et de tout ce qui touche à l’art, l’éducation, le tourisme, la culture, la psychologie etc…

LDL : Bravo comme nom d’artiste, cela ne suscite pas d’interrogation de la part du public ?  

MAR : Possible. Mais c’est le nom lui-même qui m’a choisi. Je n’y peux rien. Je l’assume. 

« Bravo » est tiré du ”Manuscrit Chancelor” un polar écrit par le célèbre Robert Ludlum où un groupe (Inverbrass) d’agents secrets sont engagés pour mettre la main sur l’assassin du directeur du FBI Edgard Hoover. Bravo est l’un de ces agents secrets. Donc, en clair, depuis 2008, classe de 4ème, je portais déjà ce surnom. Il s’est imposé à moi avec le temps comme une quête perpétuelle de l’excellence, de la perfection et des ovations. Pour faire court, « Bravo » sort d’un livre, voilà peut-être pourquoi il sort des livres. (Sourires)

LDL : Pourquoi s’investir autant dans l’écriture et le slam si on pense que l’art nourrit peu son homme au Bénin ? 

MAR : Faut bien mourir de quelque chose dit-on. Moi, je veux vivre et mourir dans l’art, dans la culture, ma culture plus précisément. C’est d’abord une passion. Puis, mes livres s’achètent comme de petits pains et les prestations viennent même si ce n’est pas fréquemment souvent. On fait avec. Pour un débrouillard, j’arrive à joindre les deux bouts debout. Toujours debout. 

LDL : “Le chant des vers”, un recueil de poèmes abordant le mariage des enfants, l’incivisme des jeunes en circulation, la dépigmentation, la corruption, l’immigration, la xénophobie, etc… vos lecteurs se retrouvent-t-il à travers les idées que vous développez sur ces différents thèmes ?

MAR : On devrait leur poser directement la question je pense. Hahaha. Tant que ça parle des réalités d’aujourd’hui, je pense que tout le monde devrait pouvoir se retrouver dedans. Plus loin, le but peut ne pas être de faire retrouver tout le monde dedans mais de chercher à choquer, à questionner, à requestionner dirai-je même. Oui, le but pourrait être ça : remettre en cause, semer le doute, déranger, susciter le débat, enrichir la mentalité de l’autre… C’est tout ça qui fait un bon livre je pense. Et je le dis toujours : « Un livre ne s’écrit pas tout seul. C’est tout un peuple qui écrit. » Et les polémiques, et les débats, et les causeries et tout et tout, tout ça participe à l’écriture du livre, le livre du peuple par le peuple et pour le peuple.

LDL : Vous avez publié votre 2e livre, un recueil de poème intitulé ‘’Dr Li’’ en Septembre 2022 chez « Les éditions de l’Iroko » au Bénin. Dites-nous, doit-on comprendre de ce titre qu’il s’agit de l’histoire d’un docteur de la littérature (Rires) ?

MAR : Hihihi 😅. Aucunement. C’est le surnom donné au personnage central de l’histoire. 

LDL : Vous racontez dans ce livre à la première personne du singulier la déception amoureuse d’un poète, est-ce une histoire que vous avez vécu ? Si oui, la publication du recueil a-t-elle pu panser vos blessures ?

MAR : Le « JE » n’est pas « MOI ». Pas toujours. Oui c’est une histoire vécue. Et l’écriture d’abord et la publication ensuite, sont en fait ma façon de faire mon deuil, ma thérapie. Ne dit-on pas que l’écriture a des vertus thérapeutiques. Moi j’appelle ça même de l’écri-thérapie. Ça soulage, ça réconforte, ça aide à avancer, à ÊTRE et VIVRE mieux donc. 

LDL : Sur la première de couverture du livre, on voit dans un cœur ensanglanté deux êtres un homme et une femme en pleure, est-ce à dire que la déception a affecté vous deux ? Si oui, pourquoi la laisser arriver si vous dites que rester amoureux jusqu’aux cheveux blancs est art p.32 Dr Li ?

MAR : Oui. Quand deux cœurs se lient d’amour ou d’amitié même si on veut, si c’est vraiment sincère, une blessure quelconque ne peut affecter l’un et épargner l’autre. Non. Impossible. Puisque les deux amants sont liés.

Il est aussi à préciser qu’on ne peut tout prévoir aussi prévoyant que nous sommes. Il est des événements qu’on ne peut empêcher de survenir. Leur but n’est pas tant que ça de nous blesser, de nous détruire mais de nous former, nous forger, nous élever, nous grandir. Cette expérience m’a grandi, moi. Et je suis reconnaissant que cela me soit arrivé. Désormais je sais quoi et comment faire. Comme on le dit dans ma langue : je saurai désormais sur quel pied marcher.

LDL : Vous utilisez les termes chérie agonkè, kpakpa, sarantèbaalaga et bien d’autres expressions en fon, en dendi et en bariba, est-ce pour situer la  situation géographique du livre ou linguistique de l’auteur ?

MAR : C’est pour rien situer. C’est juste pour ressortir la beauté de nos langues surtout quand elles embrassent le domaine de l’amour.

LDL : Vous avez certainement des écrivains et slameurs qui vous inspirent ?

MAR : Djamile MAMA GAO en premier côté écriture et performance slam. Après pêle-mêle Sêminvo, Soulemane Diamanka côté slam.

LDL : ‘’Le chant des vers’’ et ‘’Dr Li’’ un mélange de la poésie à la philosophie pour sensibiliser vos semblables ? 

MAR : Oui. On peut dire ça. Mes lectures favorites tournent en général autour des ouvrages philosophiques, psychologiques. Même si depuis un moment j’ai inversé les choses donnant ainsi priorité aux ouvrages poétiques et autres. Je veux nourrir assez mon psychique avant de nourrir mon lecteur. Et y’a pas meilleurs ouvrages pour nourrir son esprit que ceux de spiritualité, de psychologie etc…

LDL : C’est quoi l’engagement citoyen pour vous et que faites-vous d’autres que la poésie et le slam pour faire comprendre cela aux jeunes ?

MAR : À part la poésie et le Slam, je fais du guidage touristique. Je reçois des touristes et je leur fais visiter le Bénin. Mais je milite aussi dans des associations telles que Waxangari Labs où je suis le chef pôle Industries Créatives et Culturelles, ex pôle art-culture-tourisme. Pour moi,  l’engagement citoyen c’est la contribution de chaque citoyen au développement de sa communauté immédiate d’abord et après, par ricochet si vous voulez, à celui de tout le pays. Je l’ai dit dans l’un de mes textes :  » Il faut s’engager pour qu’on ressente notre passage et qu’après notre départ notre nom nous rende hommage. »

LDL : Des efforts déjà salués par des prix et des distinctions ?

MAR : Oui.

• Trophée de la meilleure plume engagée lors de la Soirée des Défenseurs des Droits de l’Homme organisé par l’ONG Human Right Priority – Septembre 2019 à Calavi (Bénin)

• Tableau d’honneur au Festival International du Livre Gabonais et des Arts (FILIGA) – Mai 2022 à Libreville au Gabon.

• Tableau d’honneur au Meeting International du Livre et des Arts Associés (MILA) –  Octobre 2022 à Abidjan en Côte-d’Ivoire.

• Lauréat de la Bourse d’Écriture de Texte Dramatique de l’Institut Français du Bénin – Mai 2023

LDL : Des difficultés dans cet univers de l’art ? 

MAR : Énormément. D’abord le manque de soutien de la famille, le manque de soutien de certains proches et amis. Faible soutien ou investissement des autorités gouvernementales et autres structures de tutelle.

LDL : Comment les gérez-vous ?

MAR : Baah je ne gère rien. Je me débrouille de mon mieux pour faire ressortir le nom du Bénin au-delà des frontières au prix de mes propres et maigres économies. Rien de plus. Ça épuise. Mais je ne sais pas croiser les doigts en croisant les bras. Il faut toujours se bouger si on veut bouger et faire bouger les choses.

LDL : Vous écrivez aussi depuis l’enfance comme la plupart des passionnés des lettres ?

MAR : Oui. Mes premiers poèmes remontent en classe de CM1. 2003. Je devais avoir 12 ou 13 ans je crois. Des poèmes que j’écrivais à Fatimata Diallo, une belle peulhe, la prunelle de mes yeux.

Aujourd’hui sans ambages j’aime dire que c’est elle qui m’a créé. Elle a fait de moi le poète que je me force à être.

LDL : Comment était votre première apparition sur scène ?

MAR : Hahaha. C’est question dèh. Je suis monté sur scène sur coup de tête, coup de colère, sans préparation aucune, sans outils, sans aucune notion de la scène. Franchement c’était pitoyable quand j’y pense. Mais c’était formateur. Puisque tout était parti de là. C’était dans l’une des salles de la zone master de la FSA-UAC. À l’occasion d’une activité où j’ai négocié un passage, j’ai déclamé un texte qui a emballé l’assistance. Et j’ai eu mon premier cachet qui s’élevait à la symbolique somme de 500 f CFA. Un billet de 500F que Moutiou ADJIBI était venu me coller au front. J’en ai coulé des larmes. C’était le signal pour moi.

J’ai gardé toutes ces précisions parce que dans ma carrière c’est déterminant, c’est important de savoir d’où on a quitté et ce par quoi on a pris pour être aujourd’hui où on est.

LDL : Que pensez-vous de l’environnement littéraire et musical béninois ?

MAR : Une vraie jungle. Un vrai ring de boxe. Avant d’y mettre les pieds, il faut réfléchir 1000 fois. N’entrez pas si vous voulez vous amuser juste. Non. Ici ça tire à balles réelles. Ce n’est pas du jeu. Pas pour enfants en tout cas.

LDL : Vous vivez certainement bien de votre passion ?

MAR : Pas vraiment bien. Mais je fais aller. Mon mantra quotidien : courage et foi.

LDL : Des projets d’écriture ?

MAR : Oui oui. Plein plein. D’autres ouvrages sont en cuisine. Que ce soit mon premier roman déjà en relecture, que ce soit mon recueil de contes, mon recueil de nouvelles etc … Plein de projets sont en cours en tout cas. J’ai hâte de vous les présenter en son temps.

LDL : Où trouver vos livres ?

MAR : Auprès des éditions savanes du continent de Rodrigue ATCHAHOUÉ (+22967076113), auprès des éditions de l’Iroko de Quentin KOLAWOLÉ (+33753212609), ou encore auprès de Bookconekt (diffuseur et distributeur de livres) de Augustino AGBÉMAVO (+22966995948)

LDL : Pouvez-vous faire un acrostiche pour L’IVRE DU LIVRE ?

L‘être doit être, vivre et mourir

Ivre, ivre-mort de quelque chose.

Vivre c’est laisser des traces,

Retracer le passé, le présent

Et forcément l’avenir pour que

Demain notre nom nous rende

Universellement hommage.

L‘existence, insensée soit-elle,  n’a de sens

Intrinsèque et véritable que le livre.

Voyez-vous, tout est là, tout tient du VER-BE !

Réussir sa vie ou réussir dans la vie,

Entre les lignes des livres, LE SAVOIR est réponse.

LDL : Nous sommes à la fin de cette interview, vous avez un mot pour conclure ?

MAR : Un grand merci à vous et à toute votre équipe pour le travail que vous abattez. Autres mots pour ceux qui nous lisent :

1- Ayez des idées fortes mais surtout ayez la force de vos idées.

2- N’embrassez pas des rêves qui vous empêcheront de dormir.

3- Et, surtout, sur tout, ne parlez pas de vos rêves à qui ne sait comment vous dormez.

Ce sera tout.

 » DIEU BÉNISSE L’ŒUVRE DE NOS MAINS ! »

Merci à vous !

                                                                                                                                                                                  Propos recueilli par Ruth AMOUSSOUGA

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