L’esclavage transatlantique deux siècles après : faut-il espérer une réparation des préjudices subis par les victimes ? Ce que dit Mathieu Lokonan HOUNDADJO 
L’esclavage transatlantique deux siècles après : faut-il espérer une réparation des préjudices subis par les victimes ? Ce que dit Mathieu Lokonan HOUNDADJO 

L’esclavage transatlantique deux siècles après : faut-il espérer une réparation des préjudices subis par les victimes ? Ce que dit Mathieu Lokonan HOUNDADJO 

Aussi vieilles qu’elles puissent paraitre, la question de l’esclavage transatlantique et ses conséquences sont encore au cœur des débats et des défis contemporains. La question qui brûle les lèvres et secoue les plumes, est celle de savoir s’il est nécessaire ou du moins, s’il est encore possible de réparer les préjudices subis par les victimes de l’esclavage dit transatlantique. 

L’esclavage transatlantique deux siècles après : faut-il espérer une réparation des préjudices subis par les victimes ? Ce que dit Mathieu Lokonan HOUNDADJO 

La thèse la plus célèbre ou de préférence, la plus acceptée des Occidentaux parce qu’elle est dans leurs intérêts, est celle de l’irréparabilité de l’esclavage transatlantique. À cet effet, de nombreuses voix s’élèvent pour cogner sévèrement cette tendance idéologique. Il sera question ici, de mettre en lumière celle très retentissante de Mathieu Lokonan HOUNDADJO, Criminologue, activiste indépendantiste et écrivain.

En 2021, le criminologue relance le débat en publiant aux éditions Dagan à Porto-Novo, dans la Collection D’un Monde à l’Autre et D’une Époque à l’Autre, son livre intitulé L’impunité de l’esclavage transatlantique, un risque colossal pour l’humanité. Il s’agit d’un essai écrit rigoureusement sur 365 pages. 

Dans ce livre, l’auteur s’emploie à répondre en deux temps à une des interrogations majeures de notre époque, celle d’une possible réparation ou non de l’esclavage transatlantique. Autrement dit, l’ossature interne de L’impunité de l’esclavage transatlantique, un risque colossal pour l’humanité comporte deux grandes parties. 

Dans la première partie de ce livre, Mathieu Lokonan HOUNDADJO démonte, poing par poing, la thèse de l’irréparabilité pour montrer que sur le terrain de droit, il n’y a aucun argument juridique qui fait opposition à la réparation de ce crime contre l’humanité que Bwenba-Bong (Quand l’Africain était  l’or noir de l’Europe, 2013) définit comme « le système reposant sur la suppression totale  de la liberté d’un être humain, l’esclave étant considéré comme le bien de son maître qui a sur lui tous les attributs du droit de propriété, celui de disposer de lui à sa guise, de le vendre ou de l’acheter et de pouvoir le détruire au regard de droit de vie et de mort qu’il a sur lui. » 

Dans un second temps, l’auteur s’emploie à proposer une panoplie de solutions pour une réparation effective des préjudices subis par les victimes de ce crime contre l’humanité. Nous nous bornerons ici à exposer le point de vue de l’auteur sur la question de la réparabilité.

L’irréparabilité de l’esclavage transatlantique : une thèse nonsensique

Pour parfaire cette mission de déconstruction, l’auteur se jette successivement sur les négationnistes moralistes et sur les universalistes. Les premiers estiment, en effet, qu’il est impossible, voire indigne de demander et d’obtenir des réparations (indemnités) prétendument équivalentes aux souffrances, aux pertes en vie humaine ou aux préjudices moral et psychologique causés par la Traite et l’Esclavage des Noirs. 

La réparation ne guérirait, par conséquent, en rien les victimes. Au contraire, elle aura pour conséquence directe de contribuer à « relaxer moralement les auteurs dès qu’ils se seraient acquittés de leurs dettes ». Pour Mathieu Lokonan HOUNDADJO, raisonner d’une telle manière, c’est « plaider pour une société où toute infraction ayant entraîné une perte en vie humaine, une souffrance intégralement irréparable doit rester impunie. » 

Il faut souligner, puisque c’est important, que le criminologue a ramené le débat sur le terrain juridique, ce qui le dépouille par la même occasion de toute considération morale ou religieuse. Quant aux universalistes, ils estiment que l’esclavage n’est pas africain et la traite non plus. Pour eux, ces phénomènes n’ont pas commencé en Afrique. 

C’est, par voie de conséquence, un phénomène historique et universel dont on ne peut en aucun cas réclamer la réparation. Pourtant, nous signifie HOUNDADJO, il y a bien une différence entre l’esclavage des autres continents et celui des Noirs. « Les origines des autres esclavages étaient la guerre, la répression et la religion, tandis que celle de l’esclavage transatlantique était le racisme anti noir… »  

Aux situations différentes, solutions divergentes ! La thèse de l’irréparabilité est, à cet égard, dénuée de tout sens juridique et ne saurait faire obstacle à la demande et à l’obtention de la réparation des préjudices subis.

La nécessité de la réparation

Les moralistes ont tort. Les universalistes aussi. Rien n’excuse et ne soustrait les préjudices de l’esclavage transatlantique de la réparabilité, pas même des raisons morales, éthiques ou de métissage. De plus, on ne saurait se cantonner sur le fait que les auteurs ont fait semblant de reconnaitre l’esclavage comme un crime contre l’humanité pour les laisser impunis. 

Pas plus qu’on ne saurait se cacher derrière le principe de la non-rétroactivité de la loi, comme le font les juridictions françaises, pour nier toute réparabilité à un crime dont les auteurs sont connus, les victimes (ayant droit) sont vivantes et la cause, le racisme, persiste encore. Parce que si l’écoulement du temps n’a pu empêcher les États-Unis d’accorder des réparations aux Indiens sioux pour les terres illégalement confisquées en 1877, s’il n’a pas pu empêcher l’Allemagne d’accorder des réparations aux victimes juives des camps de concentration, ce n’est sûrement pas l’esclavage transatlantique dont les effets sont encore tout frais qu’il rendra irréparable. 

En prenant une telle position, les juridictions françaises sont passées totalement à côté du raisonnable et du juste et sont rentrées dans l’absurdité pour la simple et hallucinante raison que cette même France avait voté le décret de 1848 pour que les maîtres des esclaves soient dédommagés pour les préjudices subis suite à l’abolition de l’esclavage. 

Il y a là au moins, une contradiction pour le moins terrible, que les auteurs d’un crime contre l’humanité soient dédommagés et les victimes impayées. Pour Mathieu Lokonan HOUNDADJO, il est nécessaire, voire même urgent, que les préjudices soient réparés pour plusieurs raisons. D’un premier point de vue, c’est la seule voie possible si nous voulons protéger l’humanité de la récidive. 

Si le racisme persiste dans le monde et toutes les luttes pour l’éradiquer échouent lamentablement, c’est bien parce que l’une de ses manifestations les plus viriles, à savoir l’esclavage, est restée impunie. « Sa répression, estime le criminologue, ouvrira la porte de la réconciliation sincère entre auteurs et victimes. » Autrement, l’Africain sera toujours perçu comme cet or noir dont parle Bwemba-Bong. 

Ce sera toujours le mépris et la haine. Parce qu’ « il n’y a pas de paix sans justice ni de justice sans réparation… La réparation qui laisse survivre l’injustice est une bombe à retardement. » Un conflit attentatoire à l’humanité sera, il faut s’y attendre, inévitable si rien n’est fait pour restaurer juridiquement les préjudices. 

D’un autre point de vue, il est nécessaire de réparer l’esclavage transatlantique pour la dignité d’une communauté internationale juste et anti raciste. C’est-à-dire pour la justice et pour la sécurité des Noirs et des Afros descendants partout où ils se trouveront. Avons-nous besoin de rappeler que cet horrible crime a arraché à l’Afrique 210 millions d’hommes et de femmes selon les estimations de l’UNESCO ?

Le criminologue Mathieu Lokonan HOUNDADJO a un double mérite. Celui d’avoir contribué à raviver un débat international somnolant en contribuant à l’élaboration d’une théorie de la reconnaissance et de la réparation de l’esclavage transatlantique et celui d’avoir apporté une kyrielle de solutions d’ordre pratique, technique et économique pour la restauration de la dignité des victimes. Il juge à cet effet urgent la création d’un Tribunal Spécial pour l’Esclavage Transatlantique dans le but de garantir un procès dans les règles de l’art. L’impunité de l’esclavage transatlantique, un risque colossal pour l’humanité est un apport majeur dans le débat de la réparation de l’esclavage. Il mérite, et de ce fait, est recommandé à toute personne éprise par les droits fondamentaux de l’Homme et de la Justice dans le monde.

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Edmond BATOSSI

Étudiant en Droit privé à l’Université d’Abomey-Calavi (UAC/Bénin), Chroniqueur chez L’ivre Du Livre.

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5 commentaires

  1. Malick CHABI GONI

    Merci pour cette réflexion. Récemment j’ai lu un livre sur la thématique de l’esclavage mais sous un autre angle. Un aspect qu’on aborde pas trop mais n’en demeure pas moins horrible. L’esclavage orchestré par le monde arabo-musulman. La découverte de cet ouvrage me laisse encore sans mots. Quand j’aurai fini de digérer, j’écrirai un article sur le sujet qui reste sensible jusqu’à nos jours…

  2. KODJA Mahougnon

    Je salue la bravoure, l’audace de cet criminologue Matthieu Lokonan HOUNDADJO. L’esclavage ou du moins la traite transatlantique qui demeure justement impunie est un danger silencieux que courre l’humanité en général mais l’Afrique en particulier. Et nous devons,dans une cohésion sociale et fraternelle,faire remonter ce fait rocambolesque qui bloque le développement de l’Afrique et qui la stagne sans doute. Par cette plume du criminologue Matthieu Lokonan HOUNDADJO,les sans voix Africains auront certainement la voix pour punir justement ce fait qui reste impuni depuis des lustres.

  3. HANTAN Régis M.

    Il faudrait que tu continues la réflexion sur ce sujet mon cher.
    Je vois que ce thème te brûle de l’intérieur . Et surtout tu as fait une remarquable analyse de l’ouvrage

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