SALIFA 2026 : à Accra, le livre francophone ouvre un nouveau pont entre les Afriques

Les 21 et 22 août 2026, Accra a accueilli la première édition du Salon du Livre Francophone d’Accra (SALIFA). Porté par Esther Bagourdo et la Librairie Francophone d’Accra, ce nouveau rendez-vous littéraire a réuni des écrivains, éditeurs, libraires, professionnels du livre et lecteurs autour d’une ambition forte : faire circuler la littérature francophone dans l’espace anglophone et rapprocher, par le livre, les différentes Afriques.

Pendant deux jours, les mots ont traversé les frontières à Accra. Dans la capitale ghanéenne, où l’anglais domine la vie publique et culturelle, le français et les littératures africaines francophones ont trouvé un nouvel espace d’expression à l’occasion de la première édition du Salon du Livre Francophone d’Accra, plus connu sous l’acronyme SALIFA.

L’événement, organisé les 21 et 22 août 2026, est né d’une initiative portée par Esther Bagourdo, fondatrice de la Librairie Francophone d’Accra. À travers ce premier salon, elle entend prolonger une démarche engagée depuis la création de cette librairie en 2024 : offrir au Ghana un espace consacré au livre francophone, aux francophones, aux francophiles et aux apprenants de la langue française. 

Mais le SALIFA ne s’est pas présenté comme un simple salon consacré à une langue. Dès cette première édition, il a revendiqué une ambition plus large : faire du livre un instrument de dialogue entre les espaces linguistiques africains. 

Accra, nouveau carrefour pour le livre francophone

Le choix d’Accra donne à cette première édition une portée particulière. Le Ghana est un pays majoritairement anglophone, mais il se trouve au cœur d’un environnement ouest-africain où le français occupe une place importante. Ses voisins immédiats — la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Togo — appartiennent à l’espace francophone. 

Cette proximité géographique ne signifie pourtant pas nécessairement une circulation fluide des œuvres, des auteurs et des lecteurs entre les deux espaces linguistiques. C’est précisément dans cet entre-deux que le SALIFA entend s’installer. Le salon a ainsi permis de réunir des acteurs venus notamment du Ghana, du Togo, du Bénin, de Côte d’Ivoire, du Rwanda, du Burkina Faso, du Gabon et du Tchad, donnant à cette première édition une dimension qui dépasse largement le cadre ghanéen. 

Pour les organisateurs, l’enjeu est clair : créer progressivement un espace où les littératures africaines peuvent se rencontrer sans être enfermées dans les frontières linguistiques héritées de l’histoire. 

Le livre comme outil de rapprochement

Le thème retenu pour cette première édition résume cette ambition : « Le livre francophone : ouvrir des horizons, rapprocher les cultures et favoriser l’intégration économique ». Une formulation qui place le livre au-delà de sa seule dimension littéraire.

À travers les rencontres, les échanges et les différentes activités proposées, le SALIFA a cherché à montrer que les livres peuvent contribuer à la compréhension mutuelle des sociétés africaines, à la transmission des imaginaires et à la construction de nouvelles collaborations. 

Car faire circuler un livre, c’est aussi faire circuler une histoire, une vision du monde, une mémoire et une manière de penser. Dans une Afrique où les espaces linguistiques restent parfois cloisonnés, la rencontre entre auteurs, éditeurs, libraires et lecteurs venus d’horizons différents constitue donc un enjeu culturel, mais également professionnel et économique. 

Une première édition sous le signe de la diversité

Durant ces deux journées, le public a pu découvrir des livres, rencontrer des auteurs et participer à différents échanges autour de la création littéraire et de la place du livre dans les sociétés africaines. La programmation a notamment accordé une place aux conférences, tables rondes, rencontres entre auteurs et lecteurs, séances de dédicaces, expositions de livres et rencontres professionnelles

Le salon a également mis en avant la dimension orale de la culture africaine à travers une Nuit des contes, permettant de rappeler que l’histoire littéraire du continent ne se résume pas à la production imprimée. Le livre et la parole se sont ainsi retrouvés au même endroit : l’un comme outil de conservation et de diffusion des récits, l’autre comme héritage vivant de la transmission africaine. 

Cette diversité des formats a contribué à donner au SALIFA une identité qui dépasse celle d’une simple foire commerciale du livre. 

Une rencontre entre professionnels du livre

L’un des intérêts majeurs de cette première édition réside également dans la dimension professionnelle du rendez-vous. La présence d’éditeurs, libraires, auteurs, universitaires et autres acteurs de la chaîne du livre a permis de poser la question de la circulation des œuvres africaines entre les différents marchés du continent. 

Comment faire découvrir un auteur béninois au Ghana ? Comment permettre à un écrivain togolais de toucher des lecteurs anglophones ? Comment faciliter la traduction d’un roman francophone vers l’anglais ? Comment développer les échanges entre libraires et éditeurs des deux espaces ? 

Ces questions dépassent la seule programmation d’un salon. Elles renvoient à l’un des défis majeurs du secteur du livre africain : faire davantage circuler les œuvres produites sur le continent entre les différents pays et communautés linguistiques. À ce titre, le SALIFA peut constituer un espace propice à la naissance de collaborations, de projets éditoriaux et de nouvelles opportunités professionnelles. 

Esther Bagourdo, de la librairie au salon

La première édition du SALIFA porte aussi la signature personnelle de sa fondatrice. Avec la création de la Librairie Francophone d’Accra en 2024, Esther Bagourdo avait déjà entrepris de répondre à un besoin : proposer un espace dédié à la littérature en français dans un environnement majoritairement anglophone. 

Deux ans plus tard, le passage de la librairie au salon marque un changement d’échelle. Le projet ne consiste plus seulement à rendre disponibles des ouvrages francophones. Il s’agit désormais de faire venir les auteurs, les professionnels et les lecteurs, de créer des rencontres et de donner une visibilité collective à la production littéraire francophone. 

Cette première édition a d’ailleurs été marquée par le lancement officiel et la dédicace du premier roman d’Esther Bagourdo, ajoutant une dimension particulière à l’événement : la fondatrice du salon y participait également comme autrice. 

Un salon dans un calendrier littéraire particulièrement dense 

La naissance du SALIFA intervient par ailleurs dans une période particulièrement dynamique pour le livre à Accra. Quelques jours seulement après cette première édition, la capitale ghanéenne devait accueillir la 23e édition du Ghana International Book Fair, prévue du 27 au 30 août 2026 au National Theatre of Ghana. 

Le SALIFA s’inscrit donc dans un écosystème littéraire déjà actif, tout en adoptant un positionnement différent : celui d’une plateforme spécifiquement tournée vers le livre francophone et les échanges entre les espaces linguistiques. Cette complémentarité pourrait devenir un atout pour le jeune salon, à condition qu’il parvienne à inscrire durablement son rendez-vous dans l’agenda culturel ghanéen et régional. 

Le véritable défi : toucher au-delà des francophones

Cette première édition ouvre cependant une question essentielle pour l’avenir du SALIFA. Comment dépasser le cercle des francophones et des francophiles pour toucher davantage le public anglophone ghanéen ? C’est probablement là que se trouve l’un des principaux défis du projet. 

Car si le salon parvient à devenir un lieu de rencontre entre des publics qui ne partagent pas nécessairement la même langue, son impact pourrait largement dépasser la promotion de la littérature francophone. 

La traduction, les rencontres bilingues, les collaborations avec les institutions culturelles et éducatives ghanéennes, ou encore la mise en relation des éditeurs des deux espaces pourraient contribuer à renforcer cette dimension dans les prochaines éditions. L’enjeu est finalement moins de faire entrer la littérature francophone dans un espace anglophone que de créer un espace africain où les différentes langues peuvent dialoguer.

Une nouvelle page à écrire 

En refermant les portes de cette première édition, le SALIFA laisse derrière lui plus qu’un nouveau rendez-vous dans l’agenda culturel d’Accra. Il laisse une idée : les frontières linguistiques ne doivent pas devenir des frontières littéraires. 

En réunissant des acteurs du Ghana et de plusieurs pays africains francophones, le salon a posé les premières bases d’un dialogue appelé à se développer. Son avenir dépendra désormais de sa capacité à consolider ce réseau, à élargir son public et à transformer les rencontres ponctuelles en collaborations durables. 

La première édition du Salon du Livre Francophone d’Accra aura ainsi constitué une première expérience, mais aussi un signal : le livre peut contribuer à rapprocher les deux grands espaces linguistiques de l’Afrique de l’Ouest. À Accra, une nouvelle passerelle vient d’être construite. Reste maintenant à faire circuler les livres, les auteurs, les idées et les lecteurs dessus. 

Et peut-être est-ce là la plus belle promesse du SALIFA : faire du livre non pas une frontière entre les langues, mais un passage entre les cultures.

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