La Bibliothèque nationale du Bénin ouvre sa salle d’animation à une nouvelle série de rencontres littéraires avec « Parole d’auteurs », organisée du 19 août au 11 septembre 2026. À travers huit rendez-vous, l’institution entend rapprocher les écrivains du public, faire découvrir leurs œuvres et donner à voir, derrière les livres, les parcours, les engagements et les univers de leurs auteurs.
Le choix des invités semble répondre à une logique assez large : réunir des figures reconnues de la littérature béninoise, des lauréats récents, des auteurs engagés dans la promotion du livre, mais aussi des écrivains qui représentent différentes formes de création — roman, poésie, théâtre, littérature jeunesse et animation littéraire. Voici ce que l’on peut retenir de chacun.
Florent Couao-Zotti : une figure majeure de la littérature béninoise
Difficile de parler de littérature béninoise contemporaine sans citer Florent Couao-Zotti. Journaliste, écrivain, scénariste et auteur de romans, nouvelles et pièces de théâtre, il est aujourd’hui l’une des voix béninoises les plus connues au-delà des frontières nationales.
Le Salon du Livre Africain de Paris le présente comme un auteur de référence, dont les œuvres ont été traduites dans plusieurs langues et qui a reçu de nombreuses distinctions au Bénin et à l’étranger, notamment le prix Ahmadou Kourouma.
Son univers littéraire se caractérise notamment par une écriture vive, urbaine, souvent satirique, capable de passer du tragique au burlesque. La presse française a récemment souligné cette capacité à mêler humour, critique sociale, polar, chronique urbaine et dystopie.
Son invitation à Parole d’auteurs peut donc se comprendre comme celle d’une génération d’écrivains ayant contribué à inscrire la littérature béninoise dans un espace littéraire international.
Adélaïde Fassinou : une voix féminine incontournable
Romancière, nouvelliste, enseignante et ancienne fonctionnaire engagée dans le domaine de l’éducation et de l’UNESCO, Adélaïde Fassinou possède un parcours qui dépasse largement la seule production littéraire.
Son premier roman, Modukpè, le rêve brisé, paraît chez L’Harmattan en 2000. Elle publie ensuite plusieurs romans et recueils, parmi lesquels Yémi ou le Miracle de l’Amour, Toute une vie ne suffirait pas pour en parler, Enfant d’autrui, fille de personne ou encore Jeté en pâture.
Son œuvre s’intéresse notamment aux rapports sociaux, à la condition féminine, à l’éducation et aux réalités de la société béninoise. Elle a également présidé l’association des femmes écrivaines Plumes Amazones et s’est investie dans la mise en lumière des questions liées aux femmes et aux enfants.
Sa présence permet ainsi à la Bibliothèque nationale de faire entendre une voix féminine expérimentée et une écriture inscrite dans plusieurs décennies de littérature béninoise.
Claude Balogoun : le lauréat qui arrive avec le Grand Prix Littéraire du Bénin 2025
Le troisième invité est particulièrement actuel. Kokou Claude Balogoun a remporté en octobre 2025 le Prix Jean Pliya de la fiction littéraire, principale catégorie fiction du Grand Prix Littéraire du Bénin, pour son ouvrage Yê-Nu, publié aux Éditions Légendes. Il a reçu un trophée ainsi qu’un prix de cinq millions de francs CFA.
Réalisateur et écrivain, Claude Balogoun se situe ainsi à la croisée de plusieurs expressions artistiques. Son roman primé a été présenté comme une œuvre à la force narrative importante, inspirée d’un scénario de film.
Sa présence dans Parole d’auteurs intervient donc dans un contexte particulier : celui d’un écrivain récemment consacré par l’une des principales distinctions littéraires nationales.
Bachabi M. Ayatoulaye : une invitation à découvrir un univers littéraire
La présence de Bachabi M. Ayatoulaye parmi les invités de Parole d’auteurs ouvre une autre perspective sur la programmation de la Bibliothèque nationale du Bénin : celle de la découverte d’un univers littéraire et d’un parcours d’auteur.
Au-delà des distinctions et de la notoriété déjà établie de certains écrivains invités, cette rencontre offre au public l’occasion de s’intéresser directement à la démarche de Bachabi M. Ayatoulaye, à ses œuvres, à ses sources d’inspiration et à sa manière d’aborder l’écriture.
Le principe même de Parole d’auteurs prend ici tout son sens : donner la parole aux écrivains pour permettre aux lecteurs de mieux connaître ceux qui écrivent, mais aussi de comprendre ce qui nourrit leurs univers littéraires.
Cette rencontre pourra ainsi être l’occasion de découvrir ou de redécouvrir son parcours, ses publications, les thématiques qui traversent son œuvre et la place qu’il entend occuper dans le paysage littéraire béninois.
En l’intégrant à cette série de rencontres, la Bibliothèque nationale ne se contente donc pas de réunir des noms connus. Elle construit également un espace où chaque auteur peut venir présenter son univers, partager son expérience et créer une relation directe avec les lecteurs.
Et c’est peut-être là l’un des intérêts majeurs de Parole d’auteurs : faire de la rencontre avec l’écrivain le point de départ de la rencontre avec son œuvre.
Maboudou Abdou Rahim, alias Bravo : la poésie au service de l’engagement
Connu sous le nom de Bravo, Maboudou Abdou Rahim est poète, écrivain et slameur. Il s’est particulièrement illustré dans le développement de la scène slam à Parakou, notamment à travers l’initiative « Ça me dit slam », destinée à réunir et promouvoir les talents du slam dans le Nord du Bénin.
Il est l’auteur de Le chant des vers, publié en 2019 chez Savanes du Continent, puis de Dr Li, publié aux Éditions de l’Iroko. Son écriture est marquée par la poésie, l’émotion, l’amour mais également par une dimension citoyenne.
Son invitation est donc particulièrement intéressante pour une rencontre intitulée Parole d’auteurs : Bravo représente une littérature qui ne reste pas enfermée dans le livre et qui circule également par la scène, la voix et la performance.
Jérôme Tossavi : le théâtre béninois à l’honneur
Jérôme Michel Tossavi est poète et dramaturge. Son nom est notamment associé à Le Chant de la petite horloge, publié chez Savanes du Continent.
La pièce imagine un environnement marqué par la peur après l’explosion d’une petite horloge dans un service diplomatique situé dans un pays confronté au terrorisme. Le texte interroge ainsi la peur, la violence et l’état d’une société confrontée à ses propres traumatismes.
L’œuvre a remporté le Grand Prix littéraire dans la catégorie Théâtre en 2020. Tossavi est également l’auteur de Démocratie chez les grenouilles, finaliste du prix RTI Théâtre en 2019 et joué ou lu dans plusieurs manifestations.
Sa présence apporte donc une autre dimension à la programmation : celle du théâtre, genre souvent moins visible dans les rencontres littéraires que le roman ou la poésie.
Cécile Avougnlankou : lire, écrire et donner de la visibilité aux femmes
Professeure certifiée de français et écrivaine, Cécile Avougnlankou est également connue pour son engagement dans la promotion de la littérature féminine africaine et afrodescendante.
Elle est la fondatrice de Fémicriture, une plateforme consacrée aux œuvres écrites par des femmes africaines et afrodescendantes, avec pour objectif notamment de leur donner davantage de visibilité et de susciter leur lecture.
Elle est l’autrice de la pièce de théâtre Mes poupées noires, noires, publiée par Béninlivres en 2022. La Bibliographie nationale du Bénin référence cette œuvre, qui compte 108 pages. Cécile Avougnlankou est également active comme chroniqueuse et critique littéraire, ce qui lui donne une double position intéressante : celle de l’autrice et celle de la médiatrice du livre.
Serge Adjaka : le conte, la jeunesse et la mémoire
Enfin, Serge Adjaka représente une autre facette importante de la création littéraire béninoise : celle de la littérature destinée notamment à la jeunesse et profondément enracinée dans les imaginaires et les traditions du Bénin.
Il est notamment l’auteur de Le Génie des termitières, publié en 2015, La Case des ancêtres, publié en 2017, et Les Gardiens de nuit, paru en 2019 chez Ruisseaux d’Afrique. Ses récits mobilisent notamment la sorcellerie, les traditions, les rapports sociaux, l’héritage et les réalités de la société rurale. La Case des ancêtres, par exemple, mêle culture, suspense et question foncière dans un récit situé dans l’ancien royaume du Danxomè.
Sa présence peut donc contribuer à rappeler que la littérature béninoise ne se limite pas aux grands romans contemporains : elle est aussi faite de récits de transmission, de mémoire et de patrimoine.
Huit auteurs, mais surtout huit portes d’entrée dans la littérature béninoise
À regarder de près, le choix de la Bibliothèque nationale apparaît moins comme une simple succession de rencontres avec des écrivains que comme une petite cartographie de la création littéraire béninoise contemporaine.
On y retrouve une figure internationale comme Florent Couao-Zotti, une grande voix féminine comme Adélaïde Fassinou, un lauréat fraîchement consacré comme Claude Balogoun, un dramaturge primé comme Jérôme Tossavi, un poète-slameur engagé comme Bravo, une autrice et médiatrice de la littérature féminine comme Cécile Avougnlankou, un auteur tourné vers la mémoire et la jeunesse comme Serge Adjaka, ainsi qu’un auteur à découvrir davantage comme Bachabi M. Ayatoulaye.
C’est précisément ce qui peut faire la richesse de Parole d’auteurs : ne pas seulement demander aux écrivains de parler de leurs livres, mais permettre au public de comprendre qui écrit au Bénin, pourquoi, pour qui et à partir de quelles expériences.
Pour la Bibliothèque nationale, l’enjeu est donc plus large qu’une simple animation culturelle. Dans un contexte où le livre cherche encore à conquérir de nouveaux lecteurs, faire venir les auteurs dans un espace public revient à transformer la bibliothèque en lieu de rencontre entre le texte, celui qui l’a écrit et celui qui vient le découvrir.
Huit auteurs, huit univers, huit parcours : une occasion de découvrir la littérature béninoise autrement, en passant de la page à la parole.





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