MARIE-CLAIRE : HABIB DAKPOGAN
MARIE-CLAIRE : HABIB DAKPOGAN

MARIE-CLAIRE : HABIB DAKPOGAN

L’écrivain est cet artiste qui aime les détails. Il s’attarde aux éléments les plus banales de notre quotidien et en fait tout un univers fascinant. On peut dire qu’il est cet être à qui rien n’échappe, celui-là qui sait dramatiser les banalités de notre quotidien et qui humorise les véritables drames. Habib DAKPOGAN se plaît bien dans ce rôle à travers son joyau architectural. Il s’agit d’un recueil de nouvelles publié aux Éditions Plurielles en 2023. Sur 168 pages, il nous présente quelques arcanes de la vie sociale et confirme ainsi que l’homme possède toujours une dimension mystérieuse qui échappe à tous. 

MARIE-CLAIRE : HABIB DAKPOGAN

Présentation de la couverture du recueil de nouvelles Marie-Claire d’Habib DAKPOGAN et impressions

Le recueil de nouvelles Marie-Claire d’Habib DAKPOGAN se présente sur un fond bleu lumineux agréable. 

La première de couverture, de par sa présentation charme et attire le lecteur. On y lit en premier le titre de l’œuvre accompagné du genre littéraire puis du nom de l’auteur dans une couleur blanche dormante. Juste après, on voit des immeubles lumineux puis des lampadaires allumés, des arbres et trois personnes.

Ce qui semble plus captiver est l’image d’une jeune femme bien ronde habillée de rouge avec une poitrine imposante et un visage tacheté. Son visage exprime une tristesse et son regard est bien lointain. Plus en arrière on aperçoit une autre jeune femme en rose portant un foulard attaché sur la tête et ayant les mains à la hanche regardant dans la direction de la première jeune femme. On peut lire sur son visage une expression de surprise. La dernière illustration est celle d’un homme de dos, habillé de boubou et portant un chapeau traditionnel « gobi ». 

À la quatrième de couverture, on lit quelques commentaires sur l’ouvrage. 

À partir de la première de couverture, on peut s’attendre à des intrigues puisqu’il s’agit d’un recueil de nouvelles abordant de façon générale les faits sociaux. Mais plus précisément l’image de la jeune femme à la poitrine imposante peut amener le lecteur à penser à une histoire dramatique dont les victimes sont des femmes. Notons que même à partir du titre « Marie-Claire », on peut s’attendre à une intrigue dont celle qui porte ce nom en est le nombril. Mieux, on pourrait également s’attendre à des histoires dramatiques si l’on se focalise sur l’attitude de ces trois personnes qui apparaissent sur la première de couverture de l’œuvre. 

Trêve d’hypothèses ! Allons découvrir ce que nous réserve Marie-Claire !

Résumé du recueil de nouvelles Marie-Claire Habib DAKPOGAN

Le recueil de nouvelles Marie-Claire d’Habib DAKPOGAN est une composition de six savourantes et comiques nouvelles.

La première nouvelle intitulée Les deux feuillets de Satan, nous conte l’histoire d’un jeune couple dont le mode de vie n’est pas trop reluisant. Ben un jeune policier se désole de sa situation financière et apprend des lèvres de sa femme que leur enfant soufflait une nouvelle bougie. Cette nouvelle l’attristait encore plus puisqu’il n’avait que quelques miettes mais une fois à son poste ce problème sera résolu grâce à son ami Zoul. Malheureusement son épouse et son enfant ne verront jamais la surprise qu’il leur avait réservé. 

Dans la nouvelle La faim des fins, il est question d’Orance Fifanholou un opposant au régime de son pays. Après des tentatives de revendications et de campagnes infructueuses contre le régime au pouvoir, il décida de faire une grève de la faim. Une grève qu’il paya de sa vie. 

Marie-Claire est le titre de la troisième nouvelle. Il s’est agit de l’histoire de Marie-Claire, une jeune femme de teint noire aimé par son petit ami Jordy. Nombre de personnes se moquaient de son teint noire d’ébène et son amie Linda ne l’exhortait qu’à la dépigmentation. Marie-Claire affichait à chaque fois une opposition à cette proposition de son amie. Une opposition qui ne dura pas longtemps car après avoir surpris Linda et son petit ami, elle décida de changer de peau. Qu’adviendra-t-il de sa peau noire d’ébène ? Marie-Claire doit-elle forcément être claire ?

La quatrième nouvelle intitulée Fesser tard ou jamais, nous conte l’histoire d’un jeune couple : Théolynda et Olalékan. Ces tourtereaux sont des jeunes artistes musiciens qui travaillaient dans le KKK. Le fameux endroit où les fessés d’artistes naquirent. MBA, un homme de la soixantaine, immensément riche et propriétaire du KKK était le promoteur de ce concept. Cependant Théolynda était la seule chanteuse qui n’avait jamais reçu ces fessés du Boss. 

Alors au cours d’une soirée de concert, celui-ci décida de surprendre la jeune chanteuse lors d’une de ses prestations avec une pluie de billets; ce qui étonna le public mais surtout révolta Olalékan. Après cette soirée, le Boss ne donnait plus de ses nouvelles et cela attisait la curiosité de la jeune Théolynda. 

Rangeant ses affaires après un concert, elle découvrit dans son sac une invitation du Boss MBA. Va-t-elle répondre à cette invitation étant follement amoureuse de Olalékan ? 

Gnamblaise est l’intitulé de l’avant dernière nouvelle de ce recueil de nouvelles. C’est l’histoire d’un jeune homme surnommé Gnamblaise. Ce dernier n’a rien d’un garçon ordinaire et était considéré comme un taré et cela parce qu’il avait une petite tête. On se moquait quotidiennement de lui et même ses géniteurs ne lui témoignaient aucune affection. 

Ses parents apprirent qu’il y avait également la famille Hamidou, une maison avoisinante qui avait également un garçon du même type que la leur qui s’appelait Cheikh. Les deux garçons se mirent donc à se fréquenter et leurs parents leur permit de passer assez de temps ensemble. 

Gnamblaise accompagnait alors Cheikh et sa sœur Tobshour paître le pâturage et c’est ainsi que leur amitié se fortifiait jusqu’au jour où apparaît Nasser, un jeune collégien. Gnamblaise découvrit lors d’une dispute entre ses parents que sa naissance n’avait d’autre but que de faire taire les voisins et bien d’autres vérités. 

La découverte de ces vérités expliquent-elles sa disparition ?

La dernière nouvelle intitulé Akinata et les 600 violeurs, nous parle d’une jeune femme nommée Akinata. Akinata est une influenceuse qui ne sait pas tenir ses jambes fermées. Elle faisait le tour des hommes du pays. Mais refusait toujours que son ami Avocèfohoun rejoigne le lot de ses explorateurs. 

Un jour elle décida de faire, sur les réseaux sociaux, une campagne contre le harcèlement.  Au cours de cette campagne, elle dévoilera le nom de tous les hommes qui l’ont  “violé”. Cette annonce suscita des rumeurs dans le pays et elle fut convoquée par le ministre du bonheur. 

Celui-ci lui paya contre le cahier et elle voulut également payer en retour le ministre en nature mais celui-ci dévoya sa proposition. Le lendemain, la liste de ses violeurs fut publiée dans les journaux. Qu’adviendra-t-il d’Akinata ? Pourquoi Avocèfohoun fut-il condamné ? 

Analyse de l’œuvre Marie-Claire de Habib DAKPOGAN

Le recueil de nouvelles Marie-Claire d’Habib DAKPOGAN est une œuvre qui s’inscrit dans la réalité des faits sociaux. À travers ses nouvelles souvent pleines d’humour et parfois dramatiques, l’auteur captive et embarque le lecteur dans un voyage sans retour vers les méandres de la vie, de l’ironie du destin et bien d’autres. 

Il cherche à dévoiler au lecteur certaines réalités de la vie quotidienne qui paraissent banales mais qui lui échappent. Chaque nouvelle de ce recueil, porte un message vivant que Habib DAKPOGAN partage avec ses complices : les yeux du lecteur. Notons que loin d’être une simple collection de récits sur les faits sociaux, c’est également un appel que l’auteur lance ici au lecteur afin que celui-ci soit de plus en plus empreint des réalités de son milieu. 

Ce recueil de nouvelles se veut être un offertoire où l’auteur à travers sa plume et ses personnages, présentent au “Père ” (l’État) les prières des fidèles c’est-à-dire de la société. Habib DAKPOGAN à travers ce joyau, livre aux hommes le secret des sages que constitue la vertu mais également les conséquences inévitables auxquelles conduisent les déviances.

L’ouvrage est composé d’une page consacrée aux dédicaces, d’une petite citation, d’un avant-propos de l’auteur, d’une liste des titres des six nouvelles, puis enfin d’une succession agréable de nouvelles. Ce recueil de nouvelles est écrit dans un style très souple, fin et exquis. 

L’usage des procédés stylistiques tels que les figures de styles et quelques expressions empruntés à l’argot (Mahou,..) et onomatopée emprunté à la langue fon et goun, rendent l’œuvre plus vivante et plus captivante. 

Il faut préciser que cela permet également au lecteur africain mais surtout béninois de se sentir chez lui. Il permet de même aux autres lecteurs de découvrir la richesse stylistique de nos langues locales et de faire ainsi leur promotion. 

Étude de quelques thématiques du recueil de nouvelles  Marie-Claire d’Habib DAKPOGAN

– La dépigmentation : Dans l’œuvre, ce thème est plus développé dans la nouvelle éponyme. À travers le personnage de Marie-Claire, l’auteur nous montre les affres de ce phénomène qui s’incruste de plus en plus dans la conscience de la jeunesse. La beauté et les bonnes qualités d’une personne, n’ont rien à voir avec sa couleur de peau. 

– La corruption : C’est un thème qui n’est aucunement nouveau aux hommes. Cependant l’auteur en abordant ce thème plus ou moins dans quelques nouvelles et plus particulièrement dans la première, montre les différents éléments qui favorisent la croissance de ce phénomène séculaire. Si la corruption continue de faire son petit bonhomme de chemin dans nos sociétés, l’auteur nous apprend que personne n’en est à l’abri. Toutefois à travers ce thème, il appelle les hommes à une prise des responsabilités et à cultiver les vertus. 

– L’amour : Ce thème est d’autant transversal dans le recueil selon différentes appréhensions. S’il existe une chose qui fasse les hommes, c’est bien l’amour. L’auteur à travers ce thème dans la première nouvelle, nous montre la force de l’amour. Mieux : l’amour est capable de transcender les difficultés du vivre-ensemble. On peut voir cette puissance de l’amour dans la première nouvelle. Elle apparaît également dans les troisième et quatrième nouvelles de manière plus dévoyée. 

– La politique : À travers ce thème transversal dans l’œuvre, l’auteur nous montre encore plus qu’il s’agit d’un terrain où s’engage quotidiennement la guerre des intérêts et pourquoi pas, la loi du plus fort. 

– La célébrité : Habib DAKPOGAN nous montre à travers ce thème que la célébrité est une pandémie qui s’étend de plus en plus parmi les hommes. S’il existe plusieurs fantasmes que caressent les hommes, l’auteur nous apprend que la célébrité en fait partie. Et cela s’illustre dans les six nouvelles. 

MARIE-CLAIRE : HABIB DAKPOGAN

Bref aperçu sur l’auteur Habib DAKPOGAN

Habib Dakpogan est écrivain, auteur-compositeur-interprète et chanteur béninois né le 19 août 1974 à Porto-Novo au Bénin. Il commence sa carrière depuis son jeune âge et gagne plusieurs prix sur le plan national et international. Il dispose à son actif quelques oeuvres comme : 

– Dessins de silence ( Poésie) 2017;

– Etha contest ( Nouvelles) 2016;

– La compétence : Nuances et précisions 2020…

Régis M. HANTAN est poète-slameur, flûtiste, rédacteur web, et chroniqueur littéraire à L’ivre du livre. Il est également philosophe de formation à l’UAC (Université d’ Abomey-Calavi).

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