La petite fille du réverbère de Calixthe Beyala

« Connaître d’autres pays et fréquenter d’autres civilisations : c’était une référence de lumière et d’intelligence » p.201

Dans un village enclavé au milieu des hautes montagnes naquit Beyala B’Assanga Djuli. Née de Andela, sa maman, elle n’eut vraiment la chance de connaître cette dernière. Elle s’était tôt défaite d’elle. Grand-mère, mère de sa mère, insatiable, s’occupa d’elle et tenta de la forger à son bon vouloir. C’est le récit de cette vie que Calixthe Beyala raconte dans son livre La petite fille du réverbère, paru chez Albin Michel en 1999.

Tout se passe à Kassalafam. Une cité dirigée par grand-mère. Et l’histoire s’ouvre par la quiétude qui régnait à Issogo, village même de grand-mère. Un lieu qui vivait dans l’insouciance de l’argent et de ses pouvoirs. Soudainement, par un extraordinaire hasard, l’émigration des jeunes fit surface, malgré les supplications de grand-mère. Les mailles de la science occidentale s’étaient resserrées sur le village.

N’ayant jamais connu sa mère, elle prit grand-mère pour celle-ci. Mais bien tôt, à 2 ans précisément, elle se rendit compte que sa mère génitale l’avait abandonnée alors qu’elle venait à peine de connaître le monde. L’indignation fut de courte durée. Elle mit une croix sur Andela et ne voulut plus entendre parler d’elle. Elle consacra son temps à servir grand-mère qui se passionnait à façonner la jeune fille à son image.

Grand-mère était une femme dotée de pouvoir, auprès de qui des âmes faibles et errantes venaient chercher du réconfort. Elle usait de sa science pour baratiner et fourvoyer plus d’un. Malgré son attachement aux réalités ancestrales, grand-mère accepta quand même d’inscrire la jeune fille à l’école.

Là, elle fera la connaissance de Maître d’école mais surtout de Maria Magdalena qui deviendra sans le vouloir sa rivale. Une rivalité infantile des premières amours. Amoureuse de Maître d’école, celui-ci ne s’intéressait qu’à Marie-Magdalena-Des-Saint-Amours.

Cependant cet amour ne sera guère au cœur des préoccupations majeures de la jeune fille. Ses intérêts se trouvaient ailleurs : retrouver son père. Andela, sa mère, était une femme aux mœurs légères. Elle avait couché avec un nombre impressionnant d’hommes avant la naissance de Beyala. Au vu des merveilleux résultats scolaires de la fille, ceux-ci, à tour de rôle, se proposaient d’être son père et la couvraient de présents.

Face à une existence où elle avait du mal à joindre les deux bouts, suite à la réapparition de Andela chez grand-mère, ces présents lui servaient bien. Andela éprouvait du dédain pour sa fille malgré ses longues années d’absence. Ainsi, elle veilla à ce que la lumière soit faite sur sa paternité. Une fois fait, les présents ne venaient plus et Djuli se vit dans son ancienne vie d’inanition.

Andela dut se retourner après s’être suffisamment livrée à la débauche une fois de plus sous le toit de sa mère. Mais elle n’eut pu jusqu’à la disparition mystérieuse de cette dernière.

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Lorsqu’on lit ce livre, on découvre aisément son caractère autobiographique. Mais il ne faut pas s’y fourvoyer ni aller vite en besogne. Même si on sent que l’œuvre retrace tant bien que mal ce qui aurait été la vie de l’autrice. Mais pas seulement. Le livre est surtout une réponse sanglante à certains détracteurs et à quelques affronts. Tant au niveau personnel que général (pour l’Afrique).

L’autrice laisse découvrir avec cruauté et sous de mauvais jours ce qui aurait été la vie de sa mère. Et les puissances extraordinaires que sa grand-mère lui avait léguées. C’est aussi l’absurdité et les profondeurs africaines qui sont exposées.

« Ce n’est pas juste de savoir les choses et de ne pas en faire profiter la communauté entière » p.89

Le livre est une réussite dans la mesure où, outre l’originalité de l’histoire, l’autrice a su mettre en commun l’amusant, le ludique et le savoir pour pouvoir exposer à tous ses points de vue sur des réalités existentielles.

Références

  • Œuvre : La petite fille du réverbère
  • Auteur : Calixthe Beyala
  • Éditions : Albin Michel, 1999

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