La carte d’identité : Jean-Marie Adiaffi
La carte d’identité : Jean-Marie Adiaffi

La carte d’identité : Jean-Marie Adiaffi

L’écrivain africain au-delà de tout ce qu’on peut lui trouver comme faille, a cette capacité, cette facilité de dire réellement ce qu’il pense. Pour le dire, il passe par des genres de la littérature qu’il affectionne le plus. À travers l’ouvrage La carte d’identité,  Jean-Marie Adiaffi narre dans un mélange narratif et poétique les tracasseries affrontées par Mélédouman, le personnage principal. Mais aussi sa volonté de fer à ne pas flancher face à une histoire de bout de papier qui est la carte d’identité. Le volume du livre est de 248 pages et édité à Poche Monde Noire. Il a été publié en 1980 et reçoit le grand prix littéraire en 1981.

La carte d’identité de Jean-Marie Adiaffi

Résumé de l’ouvrage ‘’La carte d’identité‘’ de Jean-Marie Adiaffi

L’ouvrage La carte d’identité raconte la mésaventure de Mélédouman. Une aventure à la fois comique, pathétique et fantastique. En effet, Mélédouman était tranquille chez lui lorsque le commandant Kakatika et ses soldats viennent le chercher de force. Mais ne se laissant pas influencer ni scandaliser opposa une résistance à tout affronter au commandant et à ses officiers. 

Étant seul, le troupeau du commandant eut raison de lui et on l’emmena au poste de police manu militari. Une fois entre les mains du commandant, il demanda la raison de son arrestation brusque et forcée. Mais aucune réponse ne lui a été fournie si ce n’est la demande in extenso de sa carte d’identité. 

Ainsi, il se prêta au jeu et commença par fouiller sa poche, mais il n’y trouva rien, ce qui aggrava son cas. Alors sous l’ordre du commandant Kakatika, on le roua de coups et l’enferma pour une semaine. Après cette période écoulée, le commandant le renvoya chercher sa carte d’identité, gage de sa libération. 

Ne pouvant opposer plus de résistance à cause de ses yeux enflés, il se conforma à cette ruse du commandant. Arrivera-t-il à trouver ce maudit papier qu’est la carte d’identité ? A-t-il raison de s’étonner de son arrestation ? Tant d’interrogations qui agrémentent et assaisonnent ce succulent et passionnant bouquin.

Analyse de l’œuvre ‘’ la carte d’identité ‘’

Cet ouvrage est un grand chef-d’œuvre africain. Dans une aisance totalement aisée et libre, Adiaffi nous raconte un fait, un événement qui n’est pas nouveau. Que dis-je ? qui s’est répandu dans toute l’Afrique noire d’alors. Avant les indépendances et qui d’une certaine manière est d’actualité sous une autre forme. 

Le contexte d’écriture du roman La carte d’identité de Jean-Marie ADIAFFI

Ce roman est écrit à une période post-coloniale. Mais chose étrange, il relate un fait qui se situe dans un contexte colonial. Si on peut le dire alors, il y a une part de vérité dans cette fiction bien ficelée, organisée et cohérente. Cependant, nous allons rentrer dans les tripes et entrailles de l’œuvre. 

Au prime abord, l’auteur veut montrer aux lecteurs les conditions dans lesquelles vivaient les peuples noirs. Des conditions moins reluisantes accompagnées de l’oppression et de la domination de l’homme blanc ou du moins du colon sur l’homme noir. Ce dernier est d’ailleurs pris pour un faible dans sa tête. 

Cette domination qui a consisté à montrer au noir qu’il est une bête sauvée par l’européen. Il est un ignorant et un être incapable de réfléchir par lui même et de faire la science. Cela rejoint le message véhiculé par l’ouvrage du père Belge Tempels « la philosophie bantoue ». 

« Ne cherchez surtout pas à comprendre. Au reste, as-tu les capacités intellectuelles… » p.7. Mieux, il traite l’homme noir d’incapable de ses propres réalisations. « Celui qui est tombé dans l’eau n’a plus peur… » p.10.

Le noir : un animal pour l’homme blanc 

De plus, Adiaffi a montré jusqu’où l’homme blanc peut aller pour traiter le noir d’animal sans cervelle vivant dans une forêt. Et cela bien qu’il soit sur son territoire et vit de ses ressources qui parfois pillent à son insu. 

« Vous avez passé tout votre temps dans la forêt en compagnie des singes » p.54.

Mieux, Adiaffi avec une perspicacité hallucinante montre avec détails certains traits de l’histoire. Ces traits que le colon ne fait que balbutier un peu partout pour montrer qu’il règne en maître. 

«  autant le faire sur la lune et sur les autres planètes. C’est de la science-fiction non, on croit rêver… » p.54 & 55. 

Mélédouman le nègre intellectuel 

N’empêche, pour donner de l’équilibre à son œuvre, il présente Mélédouman comme le nègre intellectuel. Ce dernier même après de longues études en France n’a pas daigné faire comme le blanc. Il est revenu dans sa patrie pour s’incorporer avec elle. Ainsi, il montre un Mélédouman noir téméraire et résistant à toute épreuve pour sauver son honneur face aux débats farfelus d’un colon excentrique. 

Au lieu de voir un noir trouillard, peureux, avorton, on est surpris de voir Mélédouman qui tient un discours de grands envergures. Cela face au commandant Kakatika qui ne connaît pas plus que le bout de son nez. 

«  la force, l’action, le pouvoir. Quelle est en effet l’étendue de votre pouvoir ? … » p.60.

Adiaffi tout au long de l’œuvre ne cesse d’attirer l’attention sur la protection de la culture et la richesse de l’art en Afrique. 

« ensuite viennent les danses, toutes les danses auxquelles succède l’offrande… » p.214. 

Mieux l’utilité de s’imprégner de la science du colon sans oublier la nôtre pleine et incommensurable. 

« Quand on va étudier l’intelligence des autres, ce n’est pas pour abandonner la sienne… » p.209.

Avis critique de l’œuvre La carte d’identité de Jean-Marie Adiaffi

La lecture de l’œuvre est fascinante. C’est un régale pour la mémoire et les yeux. Tout en faisant la narration, Jean-Marie Adiaffi nous fait revivre l’histoire commune à tous les africains. Surtout la joie et la gaieté à avoir pour conter cette histoire, marque de l’identité. L’ouvrage est fluide et compréhensible. 

Le mélange de la poésie et de la narration donne une maîtrise de l’écriture romanesque. La clarté dans l’imagination ouvre les yeux aux lecteurs ignorants de certains faits du continent. 

A contrario, le rythme est lent, puisque la poésie est répandue un peu partout dans l’oeuvre. L’exagération de la description rend un peu ennuyeuse la lecture. L’usage trop abondant des figures de styles renferme la lecture à une catégorie de lecteur pas trop élevé.

Bref aperçu sur la vie de l’auteur Jean-Marie ADIAFFI Adé

Jean-Marie Adiaffi Adé  est né à Bettié le 1er Janvier 1941 et mort à Abidjan le 15 Novembre 1999. Il est écrivain, scénariste, cinéaste et critique littéraire ivoirien. Il étudie le cinéma à l’ IDHEC, puis la philosophie à la Sorbonne avant de l’enseigner dans son pays d’origine.

Les œuvres de Jean-Marie Adiaffi : 

  • La carte d’identité (1980); 
  • Silence, on développe (1992);
  • Les naufragés de l’intelligence : je vous ferai don de mon cercueil à Ebrô pays des morts;
  • Galerie infernale : Asssanou Atin, axe poésie (1984);
  • La légende de l’éléphanteau (1983).

Thierry HOUNYE chroniqueur à L’ivre Du Livre. Il est philosophe de formation à l’UAC (Université d’Abomey-Calavi).

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