Entretien avec l’écrivaine béninoise Myrtille Akofa HAHO
Entretien avec l’écrivaine béninoise Myrtille Akofa HAHO

Entretien avec l’écrivaine béninoise Myrtille Akofa HAHO

<< se faire sa propre opinion quand on lit des faits graves qui se sont déroulés à un moment donné. Puis parler d’amour ou de djihadistes est si factuel… >>

Myrtille Akofa HAHO est une auteure-écrivaine béninoise qui a à son compte plusieurs nouvelles écrites dans des anthologies et deux recueils de poèmes. Passionnée de belles lettres, elle est aussi gestionnaire-comptable de formation. Au cours de cet entretien, elle nous fait voyager dans son univers.

Entretien avec l’écrivaine béninoise Myrtille Akofa HAHO

Volet 1 – Questions sur la dynamique littéraire :

LDL : Bonjour Mme Myrtille Akofa HAHO. Bienvenue sur notre plateforme livresque L’ivre du livre. Nous sommes ravis de vous recevoir pour échanger autour de votre passion pour les belles lettres. Pouvez-vous vous présenter davantage à nos lecteurs ?

MAH : Je suis Myrtille Akofa HAHO, auteure écrivaine béninoise, co-fondatrice et animatrice du blog littéraire Biscottes Littéraires qui promeut les œuvres littéraires afro et africaines.

LDL : Votre style d’écriture dans « Kidal » est simple mais surtout charmant. Comment choisissez-vous votre ton narratif pour captiver le lecteur tout en abordant des sujets contemporains et d’actualité internationale parfois sensibles ?

MAH : Merci pour ce retour favorable à mon style d’écriture dans le recueil de nouvelles Kidal. L’intérêt d’écrire ce livre était de me rapprocher des lecteurs mais surtout de narrer des histoires inspirées des réalités quotidiennes de notre époque. Il ne s’agissait pas d’imposer un point de vue mais de dire des faits graves avec un ton léger et empreint d’humour. 

 LDL : Le recueil traite de thèmes tels que la réincarnation, les coups d’État, la polygamie, et la manipulation politique et religieuse. Un mot sur le choix des sujets de vos nouvelles et comment parvenez-vous à les rendre aussi captivants ?

MAH : Un mot sur les thèmes abordés dans Kidal, je dirai Actualité. Il y a tellement de la matière à exploiter dans nos œuvres narratives qu’en tant qu’auteur, on n’a pas besoin de chercher loin pour aborder des thèmes du genre. Maintenant, l’inspiration et l’envie de se surpasser donnent l’aspect captivant que vous notez dans cette œuvre.

LDL : Vos nouvelles explorent également des aspects philosophiques et satiriques. Comment parvenez-vous à incorporer ces éléments dans vos récits pour créer un équilibre entre l’émotion et la réflexion pour le lecteur ?

MAH : L’être humain est une cuve d’émotions et de réflexions. Et le livre devient un vrai canal pour insuffler ces sentiments à un lecteur. Apprendre d’un livre, se distraire mais aussi avoir un champ de perspectives pour l’histoire lue est l’une des raisons qui ont donné ce résultat final de Kidal.

LDL : Le titre « Kidal » donne son nom à l’une des nouvelles. Pourquoi avez-vous choisi ce titre en particulier pour représenter l’ensemble du recueil, et quel message souhaitez-vous véhiculer à travers ce choix ?

MAH : Le titre Kidal a été choisi pour marquer les esprits et aussi pour décrire une situation particulière qui se déroulait dans cette ville. J’avais dit plus haut qu’il s’agissait aussi d’actualité même si tout est fiction vu le genre choisi pour écrire ces histoires.  

Entretien avec l’écrivaine béninoise Myrtille Akofa HAHO

LDL : Le style d’écriture de ce recueil de nouvelles semble exiger une concentration particulière de la part du lecteur pour appréhender tous les sujets abordés. Quelle est votre intention derrière cette approche littéraire et comment espérez-vous que les lecteurs interpréteront les différents niveaux de sens présents dans l’histoire ?

 MAH : C’est vrai que les avis après lecture de Kidal sont diversifiés et forts en réflexion. Un livre ne doit pas laisser indifférent. Demander une grande concentration au lecteur, oui. Même si lire permet de s’évader, on ne peut plus écrire juste pour écrire aujourd’hui. Dans un environnement où l’on veut guérir les tares de notre société, la petite pierre à l’édifice de cela, c’est de permettre au lecteur de prendre conscience des réalités de sa génération.  

LDL : En tant qu’écrivaine béninoise, comment votre identité culturelle influence-t-elle votre écriture et vos choix narratifs dans la nouvelle « Kidal » ?

MAH : Déjà, l’espace utilisé dans plusieurs nouvelles de Kidal sont des environnements connus au Bénin. Ce n’est pas explicitement dit mais chaque béninois se reconnaît dans les lieux où se déroulent ces histoires. Aussi, des noms propres, onomatopées et titre de nouvelles ont été en langue fongbé très parlée au Bénin.  

Volet 2 – Questions spécifiques sur l’œuvre « Kidal » :

 LDL : Dans la nouvelle éponyme « Kidal », vous dépeignez une histoire d’amour entre Fayi et Modhou, un jeune homme lié aux groupes djihadistes. Quels messages souhaitez-vous transmettre à travers cette histoire d’amour complexe qui se déroule dans un contexte politique et sécuritaire tendu ?

MAH : Un message à transmettre ? Non. Une histoire à faire découvrir pour ouvrir des champs de réflexions ? Oui. Je ne suis pas pour qu’on dise systématiquement qu’on a des desseins inavoués quand on écrit une histoire. Mais on peut se faire sa propre opinion quand on lit des faits graves qui se sont déroulés à un moment donné. Puis parler d’amour ou de djihadistes est si factuel qu’on ne saurait se départir de cela quand on est inspiré sur ces thèmes.

LDL : La nouvelle « Mon mari fait sa star » présente une femme qui se laisse à la prostitution après le décès de son mari qui semble s’opposer depuis l’au-delà. Croyez-vous à l’intervention spirituelle d’un mort dans la vie d’un vivant au point d’imposer sa volonté ?

MAH : Vous savez, il y a tellement de faits inexplicables qui se déroulent qu’on préfère ignorer pour ne pas trop se creuser les méninges. Une fiction écrite n’impose pas de croyances. Si je décide de faire parler un animal, ça dépasse l’entendement humain. Alors qu’en matière de créativité, on ne saurait brider l’imagination. 

LDL : Dans cette même nouvelle, « Mon mari fait sa star » et se référant au contexte du féminisme la femme n’a-t-elle pas le droit de disposer comme elle le veut de son corps et d’en faire ce qu’elle veut ?

MAH : (Rires) Nous en venons aux questions qui divisent. Il y a ce qu’on veut et ce que les autres pensent de ce qu’on fait. L’Homme est le fruit de la société où il vit. On peut avoir des convictions et en être convaincu jusqu’au jour où les postulats changent. Disposer de son corps comme on veut ne devrait même pas être une question féministe. Chacun est né libre et sait à un âge donné distinguer le bien du mal. Il peut y avoir des déviances car chaque société a ses règles. Mais vu qu’il faut tout justifier, on essaie de voir la petite bête partout. L’intervention du mort dans cette histoire est une forme de conscience qui parle quand on est perdu car oui l’héroïne de cette histoire a été perdue par les épreuves de la vie.  

LDL : Si vous étiez à la place de Bella que feriez-vous ? Sinon quelle est la véritable leçon à tirer de cette nouvelle ?

MAH : La nouvelle n’a pas pour vocation de donner des leçons de morale. Elle est de la fiction pour narrer une histoire. Au cours de mes tournées médiatiques et scolaires  pour parler de Kidal, j’ai noté une diversité de compréhension et de questionnement après avoir lu la nouvelle « Mon mari fait sa star ». C’est pour vous dire que chacun est libre de se faire une opinion de cette nouvelle selon sa compréhension. Si je voulais distiller une vraie leçon, j’allais écrire un conte ou un essai tout simplement. Et là encore, ça allait quand même susciter des remises en cause.  

LDL : La nouvelle « Chloroquine » explore les conséquences inattendues d’un mariage blanc. Qu’est-ce qui vous a poussé à aborder ce sujet délicat, et comment voulez-vous que les lecteurs réagissent face aux dilemmes moraux présentés dans cette histoire ?

MAH : J’ai écrit sur ce thème dans la nouvelle Chloroquine car cela existe de plus en plus. Les conditions pour accéder à l’eldorado occidental selon certains jeunes africains deviennent de plus en plus difficiles. C’est aussi l’attrait de l’ailleurs, le mirage qui est relaté dans cette nouvelle.  

LDL : Vous y abordez également le thème de l’exploitation des peurs liées à la pandémie de COVID-19 pour des gains personnels. Comment avez-vous réussi à créer un récit si pertinent, qui présente les manipulations et les mensonges d’Ibrahim, en si peu de pages ?

 MAH : Il fallait un contexte pour créer l’atmosphère liée à la COVID 19. Heureusement que tout ceci est derrière nous. N’empêche qu’il y a eu des drames humains lors du confinement.

LDL : Dans « La taupe intelligente », vous jouez avec des éléments de réincarnation et de politique. Quels défis avez-vous rencontrés en mélangeant ces sujets apparemment dissemblables tout en maintenant le lecteur captivé, et quelles réflexions souhaitez-vous susciter chez les lecteurs à travers cette nouvelle ?

MAH : Le grand défi en écrivant « La taupe intelligente », c’est de me départir de l’habituel, de réussir à écrire une nouvelle tout en créant une sorte de mythe et de réalisme en même temps. Cela a été une sculpture car un animal qui revient parler de lui n’est pas ordinaire et enfin la question qui se pose alors est : Et si c’était déjà arrivé ? 

LDL : La taupe, en se réincarnant en être humain, devient un témoin inattendu d’un complot de coup d’État. Quel message souhaitez-vous véhiculer aux lecteurs en utilisant un personnage animal pour dévoiler les intrigues politiques ?

MAH :  Les coups d’État existent et se font de plus en plus présents. Les acteurs de ces putchs sont des Hommes. Le choix de l’animal a été pour tester la neutralité face à ces événements, avoir le recul nécessaire et aussi user du virtuel pour décrire comment sont formés ces coups d’État. 

LDL : La transformation de la taupe en femme est une surprise dans l’intrigue. Quelle signification symbolique attribuez-vous à cette transformation et comment cela contribue-t-il à l’exploration des thèmes plus larges de l’histoire ?

MAH : La forme de l’inattendu. La chute qui fait réfléchir et/ou qui fait sursauter ou étonne. Après, derrière chaque création fictionnelle, il y a qu’un auteur peut tuer, faire vivre ou transformer ses personnages. C’est le seul lieu où il a droit de vie ou de mort sur un être vivant sans être inquiété. 

Entretien avec l’écrivaine béninoise Myrtille Akofa HAHO

LDL : En explorant des sujets aussi profonds et diversifiés, quelles ont été vos principales sources d’inspiration pour la nouvelle « La taupe intelligente » et comment avez-vous réussi à lier les éléments fantastiques et politiques de manière cohérente et convaincante ?

MAH : Quand on est très observateur et très cérébral, l’imagination est débordante. Tout le recueil de nouvelles de Kidal répond à cela. Les lectures aussi influencent un écrivain qu’il le veuille ou non. Si le fantastique invite l’irréel et même l’invisible dans un récit, c’est qu’il a bien sa place dans la création littéraire. 

LDL : La nouvelle « Assanhoun conjugal » explore les tensions et les rivalités entre coépouses dans un mariage polygame. Pour vous, la polygamie est-elle systématiquement mauvaise et à bannir des sociétés africaines ou existe-t-il des nuances pour fonder un bon foyer polygamique (Sourires) ?

MAH : Ce qui était une prescription il y a un siècle peut devenir désuet aujourd’hui surtout face aux réalités de vie d’aujourd’hui. Conduire un foyer est comme diriger une entreprise. Contrairement à ce que les gens pensent. Sans sérieux et dévouement, un foyer qu’il soit monogamique ou non tombe à l’eau. Sans me départir de ma ligne de réflexion sur cette interview, je dirai qu’on fait nos choix selon nos aspirations et au moment opportun, on tire toujours une leçon de nos choix personnels.  

LDL : « La quête sainte » traite des manipulations autour de la quête d’église. Qu’est-ce qui vous a inspiré cette histoire satirique et comment voulez-vous que les lecteurs réfléchissent aux manipulations et aux superstitions dans leur quête du salut ?

 MAH : Les lecteurs savent mieux que quiconque ce qu’ils vivent et on n’a pas besoin de leur donner des pistes de réflexion sur ce qu’ils vivent dans leur recherche du salut. Quand vient l’éveil, tout reprend sa bonne place.

LDL : Un mot pour conclure !

MAH : Je vous remercie pour l’opportunité offerte pour parler de mon recueil de nouvelles Kidal. Merci beaucoup aux lecteurs qui continuent de s’offrir Kidal. Bonne suite à vous. 

Entretien avec l’écrivaine béninoise Myrtille Akofa HAHO

Merci à vous !


                                            Propos recueillis par Ruth AMOUSSOUGA

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