Dans CHER BURKINA, le Dr Thierry-Paul IFOUNDZA, médecin-pneumologue et écrivain, ouvre une fenêtre sensible et engagée sur le Burkina Faso, pays qu’il a longtemps admiré avant de le découvrir réellement. Nourri par l’héritage de Thomas Sankara et attentif aux dynamiques sociales sahéliennes, il propose un récit à la fois politique, humain et profondément personnel.
À l’approche de sa participation au Festival International du Livre de Ouagadougou (FILO 2025), il revient avec nous sur les inspirations, les rencontres et les réflexions qui traversent son ouvrage et éclairent son regard sur l’Afrique d’aujourd’hui.
« Vous confiez avoir longtemps rêvé du Burkina Faso… Comment ce rêve ancien a-t-il façonné votre regard lors de votre premier séjour réel au Burkina en septembre 2022 ? »
TPI : Comme je l’ai dit dès l’entame de mon livre, mes liens avec le Sahel en général, le Burkina en particulier, ont d’abord été platoniques avant qu’ils ne deviennent physiques en septembre 2022. Mon regard a été façonné par les idées sankaristes qui m’ont marqué depuis mon adolescence et ma jeunesse. Évidemment, dès mon premier séjour, j’ai cherché à rencontrer les burkinabè, les jeunes de la société civile surtout, parce que ce sont eux qui forment la couche sociale la plus active dans le processus d’émancipation de l’Afrique. Même si cette passion a certes biaisé mon regard sur le Sahel, ce qui est normal. Parce que quand on défend une cause, il faut être patient et avoir de la passion. Puis les séjours suivants m’ont permis d’approfondir ma quête sur le Sahel.
« Comment expliquez-vous cette continuité presque mythique entre Thomas Sankara et Ibrahim Traoré dans votre perception ? »
TPI : Dans CHER BURKINA, je dis effectivement que le président Ibrahim TRAORÉ représente la continuité du combat de Thomas Sankara pour la libération de l’Afrique des maux de l’impérialisme. Il est en phase avec l’idéal sankariste. Avec le président I. Traoré, c’est donc la révolution qui reprend son élan après un arrêt de plusieurs années. De plus, il a l’âge de son idole au moment de son assassinat. L’avènement du président TRAORÉ et son mouvement MPSR2 sont directement l’émanation du sankarisme. Ce sont donc deux personnalités mythiques de la révolution Burkinabè.
« Quel moment vous a le plus rapproché de l’âme burkinabè ? »
TPI : Les moments marquants de mes séjours au Burkina sont ceux de mes échanges avec la société civile, entre autres les associations telles que 2H pour Kamita Afrique, les échanges avec mes amis et confrères burkinabè. Des échanges directs, des débats nourris. Sillonnant les quartiers populaires, j’ai touché du doigt les réalités du terrain. Dans mon quotidien, j’ai fait comme eux, les burkinabè, dans les quartiers populaires, loin des palaces destinés aux touristes nantis — c’est-à-dire vivre comme les sahéliens sans se soucier de la menace terroriste. C’est de la sorte que j’ai tenté de “disséquer une partie de l’âme burkinabè”. Je dis une partie, parce qu’on ne peut appréhender l’âme d’un peuple en si peu de temps.
« En quoi les contrastes du Burkina ont-ils transformé votre rapport à l’Afrique et au Congo ? »
TPI : Mes séjours au pays des hommes intègres m’ont permis de constater une jeunesse sahélienne structurée, traversée par un désir de dignité, en dépit de cette infamie qu’est le terrorisme. Ceci m’a permis de dresser un constat entre la jeunesse de l’Afrique de l’Ouest et celle de l’Afrique Centrale. Si la spontanéité et la hardiesse semblent caractériser la première, la dernière, quant à elle, n’est pas encline à réagir promptement face à ses conditions sociales. Ces contrastes signifient qu’il y a dans l’Afrique dite francophone deux attitudes diamétralement opposées face aux injustices sociales. Dans mon pays, le Congo-Brazzaville, la jeunesse est ethnicisée, politisée. Mais le malheur est que la référence intellectuelle et politique ne transcende pas l’ethnie, ce qui entrave la mutualisation des moyens pour lutter contre les injustices sociales et les dictatures.
« Quel rôle la littérature peut-elle jouer dans un Sahel traversé par les influences et les tensions géopolitiques ? »
TPI : Dans cet espace géopolitique sahélien devenu un théâtre d’affrontements des grandes puissances, la littérature, comme instrument de transmission des messages et d’expression des critiques sociales, est incontournable. Son rôle est même primordial ici.
« Si vous deviez proposer une priorité unique pour un réveil africain, laquelle serait-elle ? »
TPI : Pour moi, la priorité pour un “réveil africain” reste un travail de réflexion pour que les Africains prennent pleinement conscience de leurs conditions sociales nécessaires à leur vie — plutôt, leur survie — sur cette terre. Le président du Faso, le Capitaine Ibrahim TRAORÉ, ne disait-il pas que le combat se situe aussi au niveau des mentalités ? Le réveil, puis l’éveil africain passe par cette prise de conscience par les Africains eux-mêmes.
« Que représente pour vous votre participation au FILO 2025 ? »
TPI : Mes attentes avec les lecteurs de CHER BURKINA sont multiples. J’ai hâte d’échanger avec eux dans des débats contradictoires concernant les thèmes abordés dans mon ouvrage. De toute façon, le débat reste ouvert dans ce processus d’émancipation africaine des maux du colonialisme et du néocolonialisme. En somme, pour moi, Cher Burkina est l’amorce d’un dialogue avec les Burkinabè, un peuple que j’ai si longtemps contemplé, parce qu’il a connu à sa tête un homme devenu légendaire : Thomas Sankara.
Conclusion
Nous voici au terme de cet échange riche et passionnant. L’équipe de L’ivre Du Livre remercie chaleureusement le Dr Thierry-Paul IFOUNDZA pour sa disponibilité, sa clarté et la profondeur de ses analyses. À travers Cher Burkina, il nous invite à regarder le Sahel autrement — avec nuance, respect et lucidité — et à poursuivre ce dialogue essentiel sur la jeunesse, la dignité et la souveraineté africaine. Nous lui souhaitons une belle participation au FILO 2025 et un rayonnement toujours plus grand auprès des lecteurs burkinabè et africains.
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