Balance ton corps. Manifeste pour le droit des femmes à disposer de leur corps Bertoulle BEAUREBEC : Lilith et Ève ou le statut de la femme-côte
Balance ton corps. Manifeste pour le droit des femmes à disposer de leur corps Bertoulle BEAUREBEC : Lilith et Ève ou le statut de la femme-côte

Balance ton corps. Manifeste pour le droit des femmes à disposer de leur corps Bertoulle BEAUREBEC : Lilith et Ève ou le statut de la femme-côte

Après la grande manifestation #MeToo qui a secoué l’univers du débat sur le genre, le caractère secret, tabou ou sacré de la sexualité féminine est tombé. Le monde a assisté, à cet effet, à la libération de la parole autour de la sexualité féminine. Dans cette collision des idées, plusieurs voix, essentiellement jeunes, se sont faites entendre parmi la génération des féministes pro-choix. 

Balance ton corps. Manifeste pour le droit des femmes à disposer de leur corps de Bertoulle BEAUREBEC

Celle de Bertoulle Beaurebec en est une très retentissante. De son vrai nom Binta Rosadore Diallo-Dieng, l’autrice d’origine française est connue sous plusieurs pseudonymes. Parmi ceux-ci figurent Bebe Melkor-Kadior ou encore Bertoulle Beaurebec. C’est d’ailleurs sous ce dernier qu’elle a publié en 2020 son ouvrage à polémique. « Balance ton corps : Manifeste pour le droit des femmes à disposer de leur corps » porte donc cette signature. 

Beaurebec, il faut le souligner, est, en plus de son statut d’écrivaine, une performeuse et une travailleuse du sexe dans la pornographie. Alors qu’elle embrassait sa vingt-quatrième année, Beaurebec s’appuie sur son expérience déjà très étendue de travailleuse dans un secteur industriel très controversé pour livrer sa vision de la condition féminine et, par la même occasion, sa philosophie de vie. Balance ton corps : Manifeste pour le droit des femmes à disposer de leur corps a été publié sous la direction d’Octavie Delvaux. Le livre  est paru à l’édition Musardine à Paris, en France.

Sur les 172 pages de cet ouvrage, Bertoulle Beaurebec livre une critique très acerbe de notre société. Celle-ci s’accentue sur le regard de la société sur les femmes. Parallèlement, Balance ton corps est aussi une plaidoirie pour l’éducation sexuelle des plus jeunes. Parce que l’autrice y revendique, avec un accent très prononcé une société où le sexe ne serait plus un tabou.

Mais un sujet intégré et rigoureusement enseigné, comme les mathématiques, dans les écoles et universités pour la formation des citoyen·nes éclairé·es. Elle s’appuie fondamentalement sur ses expériences professionnelles d’actrice de film X. Certes, l’utilité de la politique pour une éducation sexuelle a toute son importance. Elle réduit les risques de viol et d’autres pratiques.

Cependant, elle n’est pas le sujet consubstantiel de cette analyse. Ici, il s’agit de présenter le statut de la femme vu par Beaurebec.  Le statut de la femme dans la société est le plus vieux sujet du féminisme.

Il est intrinsèquement lié à ce courant de pensée. Ce qui n’a pas empêché l’autrice de Balance ton corps de s’y intéresser. Cela se comprend. Il s’agit d’un sujet très discuté, mais jamais tranché. Ici, l’écrivaine s’est plus attaquée au sujet sur le plan religieux, selon la conception judéo-chrétienne pour être plus précis. 

Pour le faire, elle prend appui sur trois grandes figures des Écritures saintes : Lilith, Ève et Adam. Selon elle, « pour comprendre le traitement qu’on réserve aujourd’hui aux femmes libres…, il est important de prendre en considération les textes saints judéo-chrétiens. » 

Cette invitation de Bertoulle Beaurebec n’est pas anodine. Parce que c’est là où tout a commencé, c’est là où tout a été normalisé et codifié. Et cela ne choque que le nouveau-né lorsqu’on sait que leur interprétation a façonné, et continue de le faire, les valeurs morales depuis des siècles. La nouveauté de Beaurebec, c’est de ne pas s’arrêter à Adam et à sa femme. 

En effet, on pense directement à Ève lorsqu’on aborde le statut de la femme selon la conception judéo-chrétienne. C’est le cas de beaucoup de féministes. Pourtant, nous apprend l’autrice, avant Ève, Dieu créa Lilith. Façonnée elle aussi à l’image d’Adam, Lilith était la première compagne d’Adam. 

Seulement, elle ne lui a pas été obéissante. Comme l’aurait voulu Dieu. Elle souhaite « naturellement, être son égale. » Et pour cela, elle sera « bannie du jardin d’Eden et remplacée par Ève » puis condamnée à la stérilité. Elle deviendra par ce fait « un démon de la tradition juive ». 

Elle prendra alors l’apparence du serpent ayant ordonné à Ève, la femme soumise et pieuse, d’aller contre les règles du créateur. 

Vous vous posez une question. Probablement. Le créateur, l’omniprésent avait ses yeux où en ce moment ? Dormait-il au moment où le démon de la tradition juive entrait dans son jardin ? Moi je ne sais pas. Et Bertoulle Beaurebec non plus. Une chose est sûre, à travers ces deux personnages de la religion judéo-chrétienne, l’écrivaine nous livre deux versions de la femme : 

« une qui fait le mal en toute conscience et l’autre qui fait le mal en étant persuadé de faire le bien », comme si ce qu’elle pense comptait. 

Derrière cette comparaison se cache une autre analogie très réfléchie. Celle de la femme prototype de la femme au foyer, soumise, pieuse et vertueuse, et celle de la femme « acariâtre », insoumise et possédée. L’écrivaine estime à ce propos qu’il existe en réalité « deux types de femmes. Celles qui vont vivre en suivant les préceptes de Lilith et celles qui vont vivre dans la pénitence en adoptant le comportement d’une Ève obéissante. »

Explicitement, une femme qui brise les chaînes de la connaissance et de la liberté, et une autre femme qui accepte la servitude volontaire. Elle reste cette femme à qui seront apposés, par définition, tous les défauts des hommes. Peu importe qu’elles appartiennent à l’une ou à l’autre des deux catégories. « elles seront toujours responsables de ce que feront les hommes ». 

Aujourd’hui, le viol se justifie par la forme arrondie ou trop dessinée de la femme ou de son style vestimentaire. En effet, toutes les femmes sont porteuses, qu’elles soient Lilith ou Ève, de « ce caractère de viles tentatrices. » Selon les principales religions, « tout chez la femme pousse irrémédiablement l’homme au vice : sa voix, son corps, ses cheveux, son regard… » 

Conséquence, Adam serait toujours la victime. Pour la raison la plus évidente aujourd’hui, « faire porter à Adam la responsabilité de sa seule action – celle de juste ouvrir sa bouche pour cloquer un bout de pomme – aurait desservi la morale du récit qui, n’a en aucun cas prévu de mettre en cause l’homme. » 

Néanmoins, « que personne n’ait pensé à tenir Adam responsable de sa décision finale de cloquer la pomme » échappe à Bertoulle Beaurebec. À moi aussi d’ailleurs. Car, ce n’est pas comme si « Ève la lui avait fourrée dans la bouche non plus ».

La conséquence directe d’une telle analogie, c’est la responsabilité des deux figures de femmes que l’autrice tente de mettre à nu. Vivre dans la peau de Lilith, ça a un coût. Mais vivre comme Ève en a encore plus. Être une Ève ici, c’est accepter de vivre selon des règles préétablies. 

Ce qui est pire, c’est qu’Ève n’a jamais été invitée à la codification de ces règles. La femme pieuse, souligne Bertoulle Beaurebec, «tente… par tous les moyens» de s’annihiler. Parce que c’est la condition sine qua non «si elle veut pouvoir coexister avec les hommes.» Seulement, cette servitude aurait valu le coup si cela changeait quelque chose à comment elle est perçue dans la société. 

Lilith est condamnée à la stérilité. Mais c’est pitoyable que «quoi qu’il en soit, même la meilleure de toutes les enfants d’Ève ne saurait être l’égale d’un enfant d’Adam.» À l’opposé, Lilith est une révolutionnaire, une iconoclaste. Elle incarne la liberté et constitue un passage des ténèbres vers la lumière. 

Pour Beaurebec, la liberté, la réelle, « ne peut s’établir sur des actions qui sont effectuées en réaction à des stimuli extérieurs, mais sur des actes qui découlent d’une sincère volonté d’être soi.» Comme le souligne Fanon, chaque génération découvre la mission qui est la sienne. L’accomplir ou la trahir. 

C’est la façon dont Beaurebec invite la femme, dans sa généralité, à penser sa position, à se poser les bonnes questions. Mais aussi à désirer ce qui est bon pour elle «sans que le monde extérieur ait son mot à dire.» Bertoulle Beaurebec est très radicale dans sa réflexion. C’est probablement la conséquence de ses nombreuses expériences. 

Le style et le langage employés dans Balance ton corps. Manifeste pour le droit des femmes à disposer de leur corps peuvent choquer. Le langage est cru, parsemé de mots et d’expressions qui sont encore sous le manteau de la sacralité dans nos sociétés. 

Néanmoins, avec le niveau de langage très bas, la compréhension ne doit causer aucune difficulté majeure pour le lecteur moyen. Bertoulle Beaurebec a le mérite de verser de l’encre sur des problèmes qui rongent encore la société dans ce qu’elle a de moral. C’est le cas de l’éducation sexuelle, l’éducation par l’internet et les violences faites aux femmes.

Elle parle aussi de la place réservée aux femmes et bien d’autres thématiques dont je fais fi dans cet article. Je ne prétends donc pas avoir purgé l’ouvrage. Je me suis attaquée à ce que Bertoulle Beaurebec appelle le statut femme-côte. 

C’est un choix assumé. J’invite donc les lecteurs à entrer en contact avec Balance ton corps. Manifeste pour le droit des femmes à disposer de leur corps pour se faire leurs propres idées. Dans l’espoir que les lecteurs iront à la source pour savourer tous les sujets brûlants décryptés dans Balance ton corps.

Edmond BATOSSI Étudiant inscrit à la Faculté des Sciences Humaines et Sociales (FASHS) et à la Faculté du Droit et des Sciences Politiques (FADESP) à l'Université d'Abomey-Calavi/BÉNIN.

Edmond BATOSSI Étudiant inscrit à la Faculté des Sciences Humaines et Sociales (FASHS) et à la Faculté du Droit et des Sciences Politiques (FADESP) à l’Université d’Abomey-Calavi/BÉNIN.

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6 commentaires

  1. Thierry v. Hounye

    Moi j’ai aimé son analyse .Et je pense comme elle qu’on doit pas juger quelqu’un que la base de l’ensemble.Mais plutôt comprendre les motivations.

    Edmond en tout cas tu es vraiment le fils à ta mère .
    Un vrai féministe toi .

    Mais sache que je ne vous aime pas trop parce que la plupart d’entre vous roucoulent trop .
    Aussi tu me diras où je peux trouver le livre

    1. Edmond BATOSSI

      C’est marrant que tu aimerais que je t’indique où tu pourras trouver les livres écrits par ceux/celles que tu détestes. Chez moi, dans le milieu fon, on dit si un animal est mauvais, son sang l’est aussi. Si tu détestes les féministes, déteste leurs écrits.
      Maintenant, détester ou aimer, c’est un droit.
      Merci.

  2. Tadagbé Aimée Aspinel KOUKPO

    C’est une analyse bien fondée, j’avoue ❗ Je t’encourage pour le travail abattu. Ce n’est pas facile. J’aimerais bien entrer en contact du le livre pour pouvoir mieux appréhender son contenu.

  3. Tadagbé Aimée Aspinel KOUKPO

    C’est une analyse bien fondée, j’avoue ❗ Je t’encourage pour le travail abattu. Ce n’est pas facile. J’aimerais bien entrer en contact du livre pour pouvoir mieux appréhender son contenu.

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