Dans « Pourquoi il y a tant d’araignées dans les murs lézardés », quatrième conte du recueil Les Contes de Madrenvidé, Destin Mahulolo Akpo renoue avec une tradition très ancienne des récits africains : expliquer, à travers une histoire symbolique, l’origine d’un phénomène observé dans la nature. Mais derrière cette apparente explication se cache une réflexion bien plus profonde sur la confiance, la trahison et les conséquences des mauvaises intentions.
Le lecteur est transporté dans un temps où les animaux vivaient comme les hommes, parlaient leur langue et partageaient le même territoire. À Madrenvidé, chacun occupait sa place dans une communauté harmonieuse où régnaient solidarité et entraide. Parmi eux figurent Yévi l’araignée, Tingli la panthère, Djanta le lion, Gbété et plusieurs autres animaux qui donnent vie à cet univers peuplé de personnages aussi attachants qu’évocateurs.
Cette harmonie est toutefois bouleversée lorsqu’une terrible famine s’abat sur le village. Face à cette crise, chacun doit prendre des décisions qui mettront à l’épreuve les liens d’amitié, la confiance mutuelle et le sens des responsabilités. C’est dans ce contexte de fragilité que se noue l’intrigue du conte.
Au cœur du récit se trouve Yévi, une araignée décrite comme l’une des créatures les plus appréciées de Madrenvidé. Attachée à la promesse faite à son père, elle refuse d’abandonner son village malgré les dangers qui s’accumulent. Sa fidélité contraste avec les inquiétudes de ceux qui cherchent à la protéger en la mettant en garde contre certaines fréquentations.
Destin Mahulolo Akpo construit ici un récit où la confiance devient une véritable épreuve. Peut-on continuer à croire en quelqu’un lorsque les circonstances changent ? Les liens anciens résistent-ils toujours aux périodes de crise ? Jusqu’où faut-il écouter les conseils de ceux qui nous veulent du bien ?
L’auteur ne répond jamais de manière simpliste à ces interrogations. Au contraire, il laisse les événements parler d’eux-mêmes, permettant au lecteur de mesurer progressivement les conséquences des choix effectués par chacun des protagonistes.
Comme dans l’ensemble du recueil, le merveilleux s’intègre naturellement à l’histoire. Les animaux possèdent une personnalité très humaine, les dialogues sont vivants et les éléments de la nature participent pleinement au déroulement du récit. Cette anthropomorphisation permet à l’auteur de traiter des comportements humains avec une certaine distance, tout en rendant son message accessible aussi bien aux enfants qu’aux adultes.
L’un des grands intérêts de ce conte réside dans son caractère explicatif. À partir d’une simple observation — la présence d’araignées dans les murs fissurés — l’auteur imagine une origine légendaire qui mêle aventure, émotions et enseignement moral. Cette manière de raconter appartient à la grande tradition des contes étiologiques africains, qui cherchent moins à démontrer scientifiquement les choses qu’à leur donner un sens culturel et symbolique.
Au fil des pages, le suspense s’installe avec subtilité. Les mises en garde, les décisions prises par les personnages et les événements qui se succèdent conduisent progressivement vers une issue que le lecteur pressent sans jamais pouvoir totalement l’anticiper. Cette progression donne au récit une véritable tension dramatique.
À travers cette histoire, Destin Mahulolo Akpo rappelle que les actes malveillants produisent rarement les effets espérés. Les intentions cachées, les calculs intéressés ou les comportements guidés par la méchanceté finissent presque toujours par atteindre leur auteur avant leurs victimes.
Mais que s’est-il réellement passé entre Yévi et ceux qui partageaient autrefois son quotidien ? Pourquoi les araignées vivent-elles aujourd’hui dans les murs lézardés plutôt qu’au cœur de la communauté ? Et quelle faute ancienne explique cette étrange destinée ?
Pour découvrir la réponse imaginée par Destin Mahulolo Akpo, il faudra lire « Pourquoi il y a tant d’araignées dans les murs lézardés », un conte qui rappelle avec justesse que « le mal que nous projetons de faire aux autres finit toujours par se retourner contre nous-mêmes. »





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