Kamel Daoud, trois ans de prison ferme en Algérie pour l’écrivain franco-algérien après la publication de son roman Houris 

L’écrivain franco-algérien Kamel Daoud a été condamné à trois ans de prison ferme par la justice algérienne pour son roman Houris, publié à l’été 2024 chez Gallimard et récompensé par le Prix Goncourt en novembre 2024. Cette décision, rendue le 21 avril 2026, intervient à l’issue d’une procédure judiciaire entamée après la parution de l’ouvrage, qui évoque la décennie noire algérienne. 

Algerian writer and journalist Kamel Daoud poses during a photo session in Paris on February 20, 2017. / AFP PHOTO / JOEL SAGET

Une condamnation fondée sur la Charte pour la paix et la réconciliation nationale

Selon les éléments communiqués, la condamnation de Kamel Daoud repose sur la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, adoptée par référendum en 2005. Ce texte fixe un cadre légal relatif à l’évocation publique de la période de violence des années 1990, avec pour objectif affiché de favoriser la réconciliation nationale. 

La justice algérienne estime que le roman Houris contrevient à ce dispositif légal, en abordant directement la décennie noire, période marquée par une guerre civile qui a duré près de dix ans et fait environ 200 000 morts selon les estimations officielles. 

Dans un message publié sur le réseau social X (anciennement Twitter), l’écrivain a réagi à la décision judiciaire : 

« Fait unique dans l’histoire algérienne : le verdict du procès du 7 avril 2026 est tombé le 21 avril courant. Je suis condamné à trois ans de prison ferme et à cinq millions de dinars algériens d’amende, en application de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. »  

Il a également dénoncé les conséquences de ce dispositif légal :

« Le texte réprime l’évocation publique de la guerre civile. Dix ans de guerre, près de 200 000 morts selon les estimations, des milliers de terroristes amnistiés… et un seul coupable : un écrivain. »

Un roman au cœur de la controverse

Le roman Houris — terme désignant dans la foi musulmane les jeunes filles promises au paradis — met en scène le destin d’Aube, une jeune femme devenue muette après qu’un islamiste lui a tranché la gorge le 31 décembre 1999. L’histoire se déroule en partie à Oran et plonge dans la mémoire traumatique de la décennie noire. 

L’ouvrage ne peut pas être édité en Algérie, car il tombe sous le coup d’une loi interdisant la publication d’ouvrages évoquant directement la période 1992-2002. 

Accusations de violation du secret médical

L’affaire s’est complexifiée après les accusations formulées par Saâda Arbane, une Algérienne rescapée d’un massacre durant la décennie noire. Celle-ci accuse l’auteur d’avoir utilisé son histoire personnelle pour construire l’intrigue du roman.

Selon ses déclarations, Saâda Arbane était suivie depuis 2015 par l’épouse de l’écrivain, la psychiatre Aïcha Dahdouh, à l’hôpital d’Oran. Elle affirme que l’écrivain et son épouse lui auraient demandé à plusieurs reprises l’autorisation d’utiliser son histoire, ce qu’elle dit avoir refusé. 

Elle a alors engagé deux procédures judiciaires : 

  • en Algérie pour violation du secret médical;
  • en France pour atteinte à la vie privée. 

En mai 2025, la justice algérienne avait également émis deux mandats d’arrêt internationaux contre Kamel Daoud. La condamnation du 21 avril 2026 marque l’aboutissement de cette procédure judiciaire. 

Une affaire qui suscite de nombreuses réactions

Depuis l’annonce de la condamnation, les réactions se multiplient, notamment sur les réseaux sociaux. Plusieurs internautes dénoncent une atteinte à la liberté d’expression et à la mémoire historique, tandis que d’autres soulignent la reconnaissance judiciaire d’une victime.

Certains commentaires évoquent également les œuvres dystopiques 1984 de George Orwell et Fahrenheit 451 de Ray Bradbury pour illustrer les préoccupations liées à la liberté intellectuelle. D’autres internautes mettent en avant la distinction entre la consécration littéraire obtenue par l’auteur et la reconnaissance judiciaire d’une victime.

Une figure majeure de la littérature algérienne contemporaine

Né en 1970 à Mostaganem, Kamel Daoud est journaliste et écrivain. Il collabore notamment au magazine Le Point et figure parmi les auteurs algériens les plus connus à l’international. L’écrivain n’en est pas à sa première controverse. En 2014, il avait déjà été au centre d’une polémique en Algérie après certaines prises de position dans ses chroniques, suscitant un mouvement de solidarité autour de sa personne.

Installé en France depuis plusieurs années et détenteur de la nationalité française, l’écrivain ne se trouve pas actuellement en Algérie. À ce stade, aucune information n’a été communiquée concernant un éventuel appel de la décision.

Une inquiétude dans le monde littéraire

Depuis l’annonce du verdict, plusieurs organisations littéraires et de défense des auteurs ont exprimé leur préoccupation face à la situation de l’écrivain. L’affaire relance également le débat sur la liberté d’expression, la mémoire historique et la place de la création littéraire dans les sociétés contemporaines.

La condamnation de Kamel Daoud pour son roman Houris marque ainsi un épisode majeur dans les relations entre littérature, mémoire historique et droit, soulevant des questions fondamentales sur la liberté de création et la place du livre dans le débat public.

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