La Fédération Nationale du Livre (FENALI) a officiellement lancé, vendredi 19 juin 2026 à la librairie Savoir d’Afrique à Cotonou, son nouveau programme « Livre en scène », une initiative ambitieuse destinée à redonner toute sa place à la littérature théâtrale béninoise. Pour cette première édition, le public a été invité à redécouvrir Comme un avant d’apocalypse, la première pièce de théâtre de l’écrivaine Adélaïde Fassinou, publiée en 2025 aux Éditions Béninlivres.
Bien plus qu’une simple présentation d’ouvrage, cette soirée littéraire a proposé une véritable immersion scénique dans l’univers de l’œuvre, illustrant la volonté de la FENALI de faire sortir les livres des rayons des bibliothèques pour leur offrir une nouvelle existence à travers la lecture vivante, l’interprétation et les échanges avec le public.
Un projet pour remettre le théâtre au cœur de la lecture
Dans son mot d’ouverture, le Secrétaire général de la FENALI, Axelle Adiho a rappelé les fondements de cette fédération créée en 2021 afin de rassembler l’ensemble des acteurs de la chaîne du livre au sein d’un même creuset.
Constituée à l’origine de cinq organisations, la Fédération regroupe aujourd’hui huit structures : Plumes Amazones, Amis du Livre et de la Culture, l’Association des Libraires Professionnels du Bénin, les Écrivains Humanistes du Bénin, l’Association Soxami, Bookconnekt, Afrik’Arts ainsi que Les Éditions IdS.
Son ambition demeure inchangée : organiser les professionnels du livre, défendre leurs intérêts et porter plus haut le livre béninois comme outil de développement culturel et social. C’est dans cette dynamique qu’est né « Livre en scène », un projet entièrement consacré à la promotion de la littérature théâtrale béninoise.
L’initiative entend offrir aux œuvres dramatiques une visibilité nouvelle en faisant dialoguer littérature, oralité et spectacle vivant. L’objectif est de permettre aux livres d’être non seulement lus, mais aussi entendus, écoutés, interprétés et pleinement vécus par le public.
Une lecture-spectacle saluée par le public
Le moment fort de cette première édition a été la lecture théâtralisée de Comme un avant d’apocalypse. Les étudiants en Lettres modernes Fulgence Camel Amoussou et Merveille Sara Djilan ont porté avec intensité le texte d’Adélaïde Fassinou, plongeant les spectateurs au cœur de l’intrigue grâce à une prestation saluée pour sa qualité d’interprétation.
Le public a ainsi redécouvert la puissance dramatique de cette œuvre consacrée à la pandémie de Covid-19, transformant la lecture en une véritable expérience émotionnelle. La soirée a également observé une minute de silence en mémoire des victimes de la pandémie, donnant une résonance particulière au texte interprété.
Une œuvre qui ravive la mémoire collective, des acteurs plaident pour sa diffusion dans les établissements scolaires
Invité à partager son ressenti, Jérôme Tossavi, journaliste, écrivain et acteur culturel majeur a estimé que cette pièce constitue une véritable incarnation de la dramaturgie de la pandémie. Selon lui, Comme un avant d’apocalypse replonge les lecteurs dans les années marquées par la Covid-19 et rappelle les épreuves traversées par les populations.
Il a également souligné l’importance de l’action de la FENALI, estimant que sans ce type d’initiative, certains ouvrages risqueraient de rester méconnus malgré leur qualité. Pour lui, la mutualisation des acteurs du livre apparaît aujourd’hui comme une nécessité pour sauver et promouvoir la création littéraire béninoise.
Prenant la parole à son tour, Komi Ezin, commissaire général du Festival International du Livre et des Arts assimilés du Bénin a rappelé avoir très tôt souhaité que cette pièce fasse l’objet d’une vaste campagne de diffusion.
Selon lui, Comme un avant d’apocalypse constitue un véritable travail de mémoire sur une période de terreur sanitaire qui mérite d’être présenté dans les établissements scolaires afin de sensibiliser les jeunes générations. Il a d’ailleurs promis une tribune spéciale pour cette œuvre lors de la 4ème édition du FILAB qui se tiendra du 08 au 10 octobre 2026.
Adélaïde Fassinou : « Le livre est notre mémoire »
Très émue après avoir entendu son texte interprété sur scène, Adélaïde Fassinou a confié avoir redécouvert son propre ouvrage. « Nous écrivons parfois sans mesurer pleinement la portée de ce que nous produisons. L’entendre ce soir m’a replongée dans ce malheur que nous avons tous vécu », a-t-elle déclaré.
L’autrice a rappelé que cette pièce est directement inspirée de son expérience personnelle de la Covid-19. Elle a raconté avoir elle-même contracté le virus, évoquant notamment la fatigue extrême ressentie durant cette période. Elle a également expliqué avoir souhaité laisser une trace écrite de cette pandémie après avoir constaté l’absence de témoignages comparables sur la grippe espagnole.
Pour elle, le livre demeure un outil essentiel de transmission. « Le livre est notre mémoire, celle des générations présentes comme de celles qui viendront », a-t-elle affirmé. Elle a enfin invité chacun à continuer d’observer les règles d’hygiène afin de prévenir de nouvelles pandémies.
Florent Couao-Zotti salue une contribution majeure à la mémoire des pandémies
Parmi les personnalités présentes figurait Florent Couao-Zotti, Conseiller technique à la Culture. Présent en qualité d’ami et compagnon de longue date de l’autrice, il a expliqué avoir tenu à assister personnellement à cette première représentation. Il a rappelé avoir suivi la genèse du projet dès son écriture et salué le choix de l’autrice d’aborder un sujet encore peu exploré par la littérature béninoise.
Selon lui, cette pièce dépasse largement le seul cadre de la Covid-19. Elle ouvre une réflexion plus large sur les pandémies et sur les bouleversements provoqués par la mondialisation, qui s’est révélée, selon ses mots, « avec une puissance inédite, mais de manière négative ».
La Vice-présidente de la FENALI et directrice de la librairie Savoir d’Afrique, Prudientienne Gbaguidi, a exprimé sa satisfaction d’avoir accueilli cette première édition de « Livre en scène ». Elle a remercié les participants ainsi que les organisateurs et a formulé le souhait que cette initiative s’inscrive durablement dans le paysage culturel béninois.
Une première réussie pour la FENALI
Clôturée au environ de 21 heures, cette première édition de Livre en scène a démontré tout le potentiel d’une nouvelle manière de promouvoir le livre. En associant lecture publique, théâtre, échanges et réflexion, la FENALI ouvre une voie originale pour valoriser les œuvres béninoises, en particulier celles du répertoire dramatique souvent moins visibles que les romans ou les essais.
À travers cette initiative, la Fédération confirme sa volonté de rapprocher les auteurs de leurs lecteurs et de rappeler que les livres ne sont pas seulement faits pour être conservés dans les bibliothèques, mais aussi pour être incarnés, partagés et vécus sur scène.





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