Extrait de Lumières de Saint-Avold de Thierry-Paul Ifoundza : quand la diaspora médicale rêve de réformer le système de santé congolais 

À travers Lumières de Saint-Avold, Thierry-Paul Ifoundza mêle fiction et réalité pour explorer les parcours, les engagements et les dilemmes de médecins congolais entre l’Europe et leur pays d’origine. Dans cet extrait, l’auteur revient sur un congrès réunissant des professionnels de santé de la diaspora autour d’une ambition commune : contribuer à la reconstruction du système de santé du Congo-Brazzaville. Un passage qui interroge l’engagement citoyen, la gouvernance hospitalière et le rôle que peuvent jouer les compétences de la diaspora dans le développement du continent. 

Le Professeur Franck ne lâche pas le docteur Pierre. C’est comme si Brazzaville n’était qu’à une encablure de Saint-Avold… Cette opiniâtreté, ce presque harcèlement a quelque chose de typiquement congolais : beaucoup ne savent pas les refus de l’autre à travers une implicite ou une allusion. Cet entêtement, Franck en avait fait preuve les jours qui avaient précédé le Congrès des professionnels de santé d’origine congolaise, un événement qui s’était tenu en France. C’est lui qui, tel un maître d’école, regorgeant de lieux communs, martelait à ses confrères que c’était une obligation pour le médecin de se former tout au long de la vie, tous les jours même, et il se faisait passer au Congo pour le promoteur du “Développement professionnel continu”, une activité que finançait l’État…

De son bureau de Saint-Avold, dont la fenêtre laisse pénétrer un doux rayon de soleil, le docteur Pierre Chala se souvient de ce qu’il était excité à l’idée de participer à cette rencontre le premier week-end de décembre 2011 à Paris. Supervisé par l’ONG SDA (Synergies et Développement pour l’Afrique) en étroite collaboration avec la présidence de la République, il s’agissait de définir les moyens d’améliorer le système de santé du Congo-Brazzaville. Ce faisant, les médecins congolais éparpillés à travers le monde devaient s’impliquer davantage dans cet enjeu majeur. Franck les poussait à réfléchir sur cette phrase de Kennedy : “Ne demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, demande ce que tu peux faire pour ton pays.” Sensible à ces mots, le docteur Chala accepta d’y participer. Le 10 décembre 2011 donc, il rejoignit ses confrères-compatriotes à Paris pour ce qui s’apparentait à une grand-messe sur les moyens de soigner le système de santé comateux de leur pays d’origine. Salle comble, certains étaient venus du Congo, arborant des vestes, chemises et cravates noires, comme pour faire le deuil de la santé au Congo. Il faut dire que l’événement avait bénéficié d’une large publicité sur les réseaux sociaux et sur les plates-formes des professionnels de santé congolais. Ils avaient beaucoup échangé en amont, commencé à travailler les thématiques. 

Ayant fait de la transmission l’une de ses missions, Pierre prit la tête de la commission sur la formation médicale et paramédicale. Mais pas que… Quand il prit la parole, il insista aussi sur la logistique et l’instauration d’un plateau technique adéquat, la construction d’infrastructures conformes aux normes, la gouvernance hospitalière, etc. 

De concert, tous les participants décidèrent de se retrouver au Congo dans les semaines à venir, l’objectif étant de faire un diagnostic complet des maladies dont souffrait le système de santé. Sur place, Pierre alla d’émoi en émoi. Rien ne lui parut normal. Les professionnels intra-muros racontaient trop d’histoires, estima-t-il… Sous un soleil tropical du mois de décembre, animés d’une envie de vouloir faire quelque chose pour leur pays, les professionnels de santé de la diaspora sillonnèrent Brazzaville, visitant les hôpitaux de Mpissa dans le quartier de Bacongo, l’hôpital de Makélékélé et celui de Talangai, le CHU ainsi que quelques centres de santé intégrée. Puis ils s’envolèrent pour Oyo, au nord du pays. La visite ne donna rien de spécial puisque l’hôpital général était en pleine construction. Ils revinrent ensuite au sud, à Dolisie et à Pointe-Noire. 

Paru le 21 janvier 2025 aux Éditions Paari, Lumières de Saint-Avold est le nouveau roman du médecin-pneumologue et écrivain Thierry-Paul Ifoundza, originaire du Congo-Brazzaville. Dans cet ouvrage de 128 pages, l’auteur plonge le lecteur au cœur d’un hôpital de Moselle au moment de l’irruption de la pandémie de Covid-19, pour interroger les notions de tolérance, d’amour et de transmission.

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