Malgré une pluie battante qui aurait pu décourager plus d’un, la littérature a une nouvelle fois démontré son pouvoir de rassemblement à Lomé. Le jeudi 25 juin 2026, la salle de conférence du ministère de la Communication a accueilli un café littéraire consacré au roman Retour sur les lieux du crime de l’écrivain togolais Damien Etsè Akama. Organisée dans le cadre de l’initiative « Le Livre du mois », la rencontre a réuni lecteurs, passionnés de littérature et curieux autour d’une œuvre qui explore avec profondeur les blessures du passé, la culpabilité, les apparences et la difficile reconstruction de soi. À travers des échanges nourris et des interventions du public, cette soirée a permis de plonger dans l’univers d’un roman où le destin des personnages se construit à la frontière du tragique, de l’absurde et de l’espérance.
Retenu comme ouvrage du mois de juin 2026, Retour sur les lieux du crime a permis aux participants de découvrir ou de redécouvrir une œuvre marquante de la littérature togolaise contemporaine. Publié en 2024 aux Éditions Continents dans la collection Cris de cœur, le roman de 188 pages est actuellement disponible au prix de 4 000 FCFA.
Avec cette publication, Damien Etsè Akama signe son premier roman après plusieurs ouvrages de poésie. Spécialiste de littérature orale, il est également Coordinateur adjoint de l’Institut Alternatif aux Modèles et Méthodes de Développement Économique et Social (IAMDES-International), tout en exerçant comme formateur et enseignant-chercheur à l’École Normale Supérieure d’Atakpamé et à l’Université de Lomé.
Au cœur du récit se trouve une affaire criminelle dont les conséquences continuent de hanter profondément les personnages. Dès les premières pages, un policier chargé de l’enquête révèle qu’un homme nommé Lucien a reconnu les faits qui lui sont reprochés avant même son jugement.
Le présumé criminel exprime alors le souhait de rédiger une autobiographie intitulée La vie comme un film, afin d’expliquer les motivations de ses actes. À travers cette intrigue, l’auteur interroge la mémoire, la culpabilité, la responsabilité individuelle et la capacité de l’être humain à se reconstruire malgré les traumatismes du passé.
Lors des échanges, Damien Etsè Akama est revenu sur plusieurs dimensions de son œuvre. Selon lui, « le roman bascule de l’absurde au tragique après l’assassinat dont l’un des personnages centraux est victime ».
L’écrivain a également expliqué la portée symbolique du personnage de Lucien :
« Nous portons tous des masques, mais il peut arriver un jour que ces masques tombent. Et lorsqu’ils tombent, on nous découvre tels que nous sommes réellement, comme c’est arrivé avec le personnage de Lucien. »
Pour l’auteur, l’absurdité du monde ne doit pas empêcher les êtres humains de vivre pleinement leur existence.
« Le monde est absurde, mais nous ne devons pas rester confinés dans les méandres de l’absurde au point de nous empêcher de vivre véritablement. Nous devons faire des efforts pour reconstruire nos vies sur des bases assez solides afin de bénéficier d’un certain épanouissement. »
Damien Etsè Akama a également dévoilé les motivations profondes qui ont conduit son personnage principal au crime. Humilié durant son enfance et son adolescence par certains camarades d’école, Lucien nourrit progressivement une profonde rancœur qui façonne son destin.
« Il a juré qu’il deviendrait quelqu’un contre vents et marées et c’est à partir de là qu’il a commencé à créer sa propre vie. Sa femme n’a jamais su qu’il était meurtrier. C’est pourtant un couple heureux qui a quatre enfants brillants à l’école. Qui pourrait penser que ce papa modèle, ce père idéal, puisse vivre dans les ténèbres et être un tueur à gage ? »
À travers cette figure complexe, l’auteur invite le lecteur à réfléchir à la dualité de la nature humaine, à ce que chacun choisit de montrer aux autres et à ce qu’il garde enfoui dans ses zones d’ombre. Le message central du roman demeure cependant celui de la reconstruction et de la quête de sens :
« Reconstruisons nos vies, luttons contre notre destin puisque, après tout, nous allons partir. Mais avant de partir, il faut parvenir à jouir de certains plaisirs et donner un sens à notre existence, sinon nous aurions existé inutilement. »
Ces réflexions ont donné lieu à des échanges particulièrement interactifs avec le public. Les participants ont multiplié les questions et les interventions, s’intéressant aussi bien à la psychologie des personnages qu’aux thèmes du destin, de la résilience, de la responsabilité individuelle et des blessures de l’enfance.
Au terme de cette rencontre, une conviction semblait faire l’unanimité : Retour sur les lieux du crime est bien plus qu’un simple roman policier. À travers l’histoire de Lucien, Damien Etsè Akama propose une méditation profonde sur les traumatismes, les apparences, les secrets et la possibilité, malgré tout, de reconstruire sa vie. Et malgré la pluie battante qui aurait pu décourager plus d’un, la littérature a une nouvelle fois démontré son pouvoir de rassembler autour des grandes questions humaines.





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