Ces hommes qui m’expliquent la vie de Rebecca Solnit : La violence dont on ne parle jamais, le mansplaining ou la mecsplication 
Ces hommes qui m’expliquent la vie de Rebecca Solnit : La violence dont on ne parle jamais, le mansplaining ou la mecsplication 

Ces hommes qui m’expliquent la vie de Rebecca Solnit : La violence dont on ne parle jamais, le mansplaining ou la mecsplication 

Dans les discours féministes, il est fréquent, de voir décortiquer des sujets aussi brûlants que le viol, le harcèlement, le meurtre, l’assassinat. Bref, l’autoritarisme de l’homme sur la femme dans ce qu’il a de plus vilain. Mais, une violence, d’une importance capitale, est très souvent passée sous silence : la mecsplication, un sujet qui tient à cœur à Rebecca Solnit. Cette dernière est l’une des intellectuelles les plus influentes aujourd’hui sur la question de l’autoritarisme verbal de l’homme sur la femme. 

Ces hommes qui m’expliquent la vie de Rebecca Solnit

Solnit est une écrivaine américaine, féministe, historienne et grande théoricienne connue pour la polyvalence de sa plume. Elle aborde, dans ses œuvres, des thématiques aussi diverses que l’histoire de la modernité, l’environnement et le féminisme. Ces hommes qui m’expliquent la vie est un ouvrage portant une compilation, une mixture d’articles. 

Il a été publié en 2014 pour la première fois aux éditions Haymarket Books avec, pour titre original Men ExplainThings to Me. Ici, dans cette analyse, c’est une version traduite de l’ouvrage qui est utilisée. Celle publiée en 2021 à l’édition Points, à Paris et traduite de l’anglais par Céline Leroy. 

Ce livre comporte au total neuf essais qui sont tous des versions retravaillées des travaux précédemment publiés par l’auteur. « Les hommes qui m’expliquent la vie » est le tout premier essai de l’ouvrage, et probablement, l’essai phare de ce livre. Il a été publié en mars 2008 et fait partie des articles les plus lus et les plus commentés de l’histoire de l’Amérique.

Parce que le sujet qu’il aborde « a touché une corde sensible » et a « mit les nerfs à vif ». Mais ce qui a poussé l’autrice à rédiger en 2021 ce post-scriptum c’est surtout : 

  • le regain de popularité qu’a connu son article ;  
  • ses retombées positives ;
  • les menaces qu’il a générées pour l’autrice. 

L’une des conséquences des divers commentaires et la pluralité des interprétations de cet article, c’est la naissance du mot « mansplaining » ou la « mecsplication ». C’est d’ailleurs  autour de ce terme que tourne la présente analyse. Il s’agit, pour introduire, de cette tendance ad nauseam que les hommes ont à vouloir tout expliquer à la gent féminine.

Même les sujets qu’ils maîtrisent eux-mêmes de façon biaisée. Autrement dit, le mansplaining est le fait pour un homme d’abord de penser que les femmes ne maîtrisent pas mieux que lui un sujet. Et même si elles le maîtrisaient, ne pourront pas l’expliquer clairement comme lui le ferait. 

Ensuite, le mansplaining se matérialise par des expressions comme : « je sais de quoi je parle » ou encore « il y a des choses que tu ne peux pas comprendre ». En gros, c’est vouloir tout expliquer à la femme, même les choses les plus évidentes. C’est juger, indirectement, la capacité cognitive féminine, trop faible pour qu’elle puisse appréhender les choses par elle-même. 

Ce sujet, selon Rebecca Solnit, est une violence qui « n’a ni race ni classe, ni religion ni nationalité ». C’est une violence genrée, présente un peu partout dans le monde. Pour avoir été assez ignorée, la mecsplication a créé tout un tourbillon d’autres problèmes. Ces derniers sont aujourd’hui ancrés dans les textes législatifs et dans la tête de tous les hommes. 

Il amène même certaines femmes à remettre en question leur propre crédibilité. Solnit estime que cette tendance pour l’homme de toujours dire « sur un ton catégorique que lui sait de quoi il parle alors qu’elle non, sur un sujet même mineur et dans la moindre conversation, perpétue la laideur de ce monde et en éclipse la lumière. » 

Parce que l’une de ses conséquences majeures, c’est la crédibilité de la femme qui est remise en cause par tout le monde. Parfois par elle-même, « on imagine sans problème des milliards de femmes s’entendant dire qu’elles ne sont pas des témoins fiables de leur propre vie, que la vérité ne leur appartient pas et que jamais, elle ne leur appartiendra.» 

Mais, c’est se tromper de combat. Parce que « l’entrejambe n’est pas le foyer de l’intelligence ». L’époque où la virilité définit l’intelligence est passée. Par conséquent, « les hommes ne possèdent pas de don particulier pour la véracité ». Alors, pourquoi apposer à tout ce qui sort de la bouche de la femme un discrédit ? 

Au nom de quel principe, il doit connaître et pas elle ? En réalité, il n’y en a aucun. Le problème est d’ordre aristocratique et cognitif. La barrière discriminatoire qui est érigée dans chaque compartiment de la tête de l’humanité, c’est cette théorie aussi ridicule qu’absurde selon laquelle, l’homme serait plus intelligent que la femme. 

Parce qu’à y voir de très près, ce réflexe qui consiste à rejeter la parole de la femme fait retomber dans les mêmes accusations d’incohérence ou d’hystérie. La vérité, c’est que les hommes-pas tous- sont prêts à tout pour maintenir le système patriarcal. Dans cette guerre des sexes, rappelle Rebecca Solnit, la crédibilité occupe une place très déterminante. 

La crédibilité est un outil, une arme, un pouvoir fondamental. Et l’on « accuse les femmes d’en manquer cruellement ». Pour preuve, « des générations de femmes se sont entendu dire qu’elles délieraient, qu’elles étaient confuses, manipulatrices, malveillantes, conspiratrices, cognitivement malhonnêtes, souvent toutes ces choses à la fois » comme ce fut le cas de Simone de Beauvoir. 

Une autre conséquence et pas la moindre que le mansplaining ou la mecsplication engendre, c’est la violence physique et sexuelle. En effet, le langage en lui-même est une source majeure de conflits. La plupart des conflits de l’humanité partent de l’incompréhension. Quid dans un contexte d’autoritarisme verbal ? La violence physique est une conséquence directe de cette autorité mansplained. 

Solnit estime à ce propos que la violence « est avant tout autoritaire. Elle commence avec ce postulat : j’ai le droit de te contrôler », de contrôler ton verbe et ton corps. Par ricochet, le corps de la femme apparait comme relevant du droit de l’homme. Le viol et les agressions sexuelles une légitime défense contre une débitrice qui refuse d’assumer les obligations qui lui échoient. 

En vrai, c’est le viriarcat qui perd la tête. Aujourd’hui, on exige que la femme victime de viol, de harcèlement ou autres agressions sexuelles, apporte la preuve qu’elle a été vraiment violée. La preuve qu’elle a subi un préjudice. Dans le même temps, on prend a priori une distance discriminatoire par rapport à tout ce qu’elle dit. 

Il y a là une confrontation, sinon, un problème d’ordre épistémologique majeur, un contraste terrible. Du coup, la violée et la sexuellement déshumanisée préfère se taire. Se détruire de l’intérieur pour éviter ce qu’Angela Kpeidja appelle dans son ouvrage à polémique Bris de silence, « le lynchage médiatique ». 

Et parfois, je me demande si le masculinisme sait réellement ce qu’il veut. Vu tous les moyens qu’il déploie, même les plus immoraux, les plus inhumains, parce que le système tangue et il faut le solidifier. La conséquence directe de ce laisser-faire, ce sont les meurtres et les assassinats.  

Ceux-ci se perpétuent dans les couples et dans chaque coin de cette planète terre. C’est le tas de viol que nous enregistrons chaque année dans nos collèges et universités. C’est l’ampleur que prend le harcèlement en milieu professionnel aujourd’hui. Dans nos universités et dans nos familles, on préfère apprendre aux femmes comment éviter le prédateur que de dire aux jeunes garçons comment ne pas se comporter en prédateur. 

Le problème est de l’ordre des droits civiques, le droit à l’expression. L’éradication de ce problème, c’est le combat de nous tous. C’est le moment pour nous qui avons connaissance que la « vérité est fille de la discussion » de supprimer de nos habitudes langagières, cette autorité qui consiste à dénier la crédibilité à la femme. Trop de confiance crée des crétins présomptueux.

Dans Ces hommes qui m’expliquent la vie, Rebecca Solnit a passé sous examen plusieurs autres thématiques dont le meurtre ou l’assassinat des femmes. Ce que l’on appelle aujourd’hui le féminicide, la politique, l’histoire et même l’économie. Rebecca Solnit a le mérite de réveiller la conscience sur un problème de tous les jours dans un style explicatif très tendre à déguster et très captivant.

Ses explications sont appuyées de beaucoup d’exemples tirés non seulement de son expérience personnelle, mais aussi de l’actualité politique. La canalisation de mon analyse autour de mansplaining est donc un choix assumé. J’invite les lecteurs, dans l’espoir que cette analyse leur sera utile, à entrer en contact avec ce livre plein d’émotions. lls pourront se faire leurs propres idées.


Edmond BATOSSI

Étudiant inscrit à la Faculté des Sciences Humaines et Sociales (FASHS) et à la Faculté du Droit et des Sciences Politiques (FADESP) à l’Université d’Abomey-Calavi. 

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Un commentaire

  1. Tadagbé Aimée Aspinel KOUKPO

    Belle analyse. Comme tu l’as su dit, je préfère entrer en contact du livre en vue de me faire d’autres idées. L’autrice il faut le dire est une distinguée parmis beaucoup d’autres ; et devant des sujets où reculent d’autres elle a fait le contraire. Elle est à féliciter. Par contre , elle a abordé des thèmes qui aujourd’hui suscitent beaucoup de polémiques surtout dans le monde de l’écriture masculine. Et ce n’est que par ce canal qu’on pourra comprendre la femme, ce qu’elle vit vraiment et ce qu’elle veut aussi, puisqu’elle est faible et muette devant certaines situations. Que toutes les autrices lui emboîte les pas serait pour le monde une facilité de voir que la femme souffre.

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