Parue en 2016 aux Les Éditions Plurielles, la pièce de théâtre Trop de diables sous leurs jupes de Nathalie Hounvo Yékpé et Michel Berreti propose une plongée saisissante dans le quotidien des femmes africaines, notamment béninoises. À travers cette œuvre théâtrale de 104 pages, les auteurs mettent en scène des personnages vivant dans une cour commune, révélant avec humour et ironie les défis liés à la condition féminine, à l’émancipation, aux relations conjugales et aux pressions sociales. Cette pièce contemporaine se distingue ainsi par sa richesse culturelle et sa réflexion sociale profonde.
Présentation du livre Trop de diables sous leurs jupes : Nathalie Hounvo Yékpé et Michel Berreti
Deux âmes clairvoyantes. Deux plumes averties. D’origine différente, de couleurs différentes et de tradition bien opposées, ils sont arrivés à briser ces barrières pour accoupler leurs imaginations et leurs créativités. L’union entre les plumes Nathalie Hounvo Yékpé et Michel Berreti ont donné vie dans le théâtre de la vie à la pièce de théâtre Trop de diables sous leurs jupes.
Parue en 2016 à la maison d’édition « Les Éditions Plurielles » après avoir été créée et jouée en 2015, cette pièce contemporaine traite des différents faits qui jalonnent le quotidien de la femme africaine en général et celle béninoise en particulier. La pièce est composée de onze scènes au total, dont la majorité se déroule dans une cour commune à l’exception des scènes 5 et 9 qui se déroulent respectivement à un carrefour et au bord d’un fleuve.
La scène se déroule dans une cour commune où sont en location des femmes avec la maîtresse du propriétaire de la maison, Floris. Principalement, Sourou la folle sage qui ne sait plus où se trouve son enfant parce qu’on le lui a enlevé depuis des décennies, Akpé le couteau à double tranchant, mère de Agossi (jeune adolescente) et Ifèdé l’épouse légitime du propriétaire de la maison.
Personnages de l’eouvre Trop de diables sous leurs jupes
À ces personnages qui sont sur scène s’ajoutent des fictifs : Kèmi que le mari bat toujours, Boladji, l’époux infidèle et Codjo, le mari de Akpé. Entre les commérages quotidiens, Sourou, Floris, Akpé et Agossi discutent de tout ce qui les hantent, les femmes béninoises vivant au Bénin ayant la marque béninoise et subissant le lot des femmes béninoises.
Floris se trouve être la maîtresse de Boladji, l’époux de Ifèdé. Et Akpé n’a pour ambition que de donner en mariage sa fille Agossi à Monsieur Rémy, riche homme ayant plus du triple de l’âge de Agossi. Agossi quant à elle, véritable fille de son époque, développe et entretient déviances et fougue amoureuse.
Tantôt avocate, tantôt juge, tantôt conseillère, Sourou a le sarcasme des mères africaines. En réponse à l’une des ambitions sournoises de Akpé, elle répond par exemple : << Parfois, les pieds ne touchent pas tout à fait la terre et la tête pas tout à fait le ciel. >> p.15.
Ressassant leurs efforts passés et cherchant toujours à avoir leurs hommes pour elles, certaines fouillent et discutent longuement soit de charmes ensorceleurs soit d’aphrodisiaques capables d’amener à se casser les reins.
Thèmes abordés dans le livre Trop de diables sous leurs jupes : Nathalie Hounvo Yékpé et Michel Berreti
La souffrance des femmes au foyer, l’acculturation, l’oisiveté de certaines femmes qui les fait dépendantes de leurs époux, le regard et la pression des parents et de la société sur les femmes en âge de se marier ou de faire un enfant mais qui ne l’ont pas encore fait etc… sont autant de thématiques abordées par les deux auteurs dans la pièce. Tout ceci dans une ironie et un humour à couper le souffle avec des emprunts du patois ivoirien.
Il faut louer la présence dans cette œuvre des mots de la langue fon :
<< Djigbó >>, << afintin >> ; des mots minan : << gnanman gnanman >>, << évignin >>. La richesse de la sagesse populaire fon est valorisée à travers des proverbes tels que : << To man sé noudé a, homè non djê adan an >> ( si l’oreille n’entend rien de mal, le ventre ne produit pas de la bile), << Ni dan douwé ó, amon dovon, anan bè ahwa >> ( quand tu t’es fait mordre par un serpent, tu hurles lorsque tu vois le ver de terre ), << Avóé é do nu légba o, vodoun ti só non do a >> (la toile avec laquelle on a habillé le lêgba (l’esprit), plus aucun esprit vodoun ne peut la porter).
Le Yoruba aussi y est présent avec les phrases : << Nitori kiloun lémi ? >>, << Oto bèèè ! Efi min lè ki oun so’ro’ ! … >>.
Analyse de l’ouvrage Trop de diables sous leurs jupes : Nathalie Hounvo Yékpé et Michel Berreti
Au final, Trop de diables sous leurs jupes est une pièce de théâtre, certes. Mais à la lire, le lecteur découvre qu’elle est en même temps la pièce qui contient les réels soubassements de la vie que supportent les mères et sœurs du Bénin. Cette œuvre n’a pas manqué de toucher du doigt, pour finir, le problème qui bloque l’émancipation de la femme.
C’est à Sourou de dire : << La guerre… pauvre petite… c’est son tour maintenant… et cela recommence… éternellement… Que sommes-nous devenues ? Que sommes-nous devenues, nous, les femmes ? Nous qui étions les bourgeons d’un peuple libre et fier ?… >>. Tout cela pour rappeler à la gent féminine que le code pour ouvrir le coffre de sa bravoure et de son émancipation est bien sous son nez mais qu’elle n’a pas fini de se livrer la guerre à elle-même pour le voir.
Références
- Titre : Trop de diables sous leurs jupes
- Auteurs : Nathalie Hounvo Yékpé et Michel Berreti
- Genre : Théâtre
- Édition : Les Éditions Plurielles
- Année : 2016
- Nombre de pages : 104 pages
Ce texte est de M. Ulrich-Florent KPODONOU, issu des compte-rendus de lecture du challenge Je Lis Chaque Jour de 2024.





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