La représentation des machines dans les arts et les discours (Gafsa, Tunisie)

  • Date de tombée (deadline) : 28 Février 2025
  • À : Institut supérieur des études appliquées en humanités de Gafsa – Université de Gafsa (TUN)

Institut supérieur des études appliquées en humanités de Gafsa (Université de Gafsa – TUN)

Laboratoire BABEL (EA 2649) Langages, Littératures, civilisations et sociétés (Université de Toulon – FRA)

Institut Français de Tunisie 

Colloque International pluridisciplinaire

« La représentation des machines dans les arts et les discours »

23, 24 et 25 Avril 2025 à l’ISEAH de Gafsa

Le terme “machine” trouve ses origines dans le latin “machina” et le grec “mēkhanē”. En latin, il désigne un dispositif, un engin ou une astuce. « En grec, il signifie également un dispositif, un outil ou une ruse » (« machine » Dans Online Etymology Dictionary, https://www.etymonline.com/fr/word/machine). Dès l’Antiquité, la notion de machine était donc associée à l’idée d’invention ingénieuse et de mécanisme. Les mythes grecs regorgent d’exemples intrigants : tout d’abord, les servantes en or d’Héphaïstos étaient des créatures artificielles douées de vie. Elles exécutaient des tâches et aidaient leur maître, anticipant ainsi les robots modernes. L’existence de créatures telles que le géant Talos, gardien de l’île de Crète, qui était constitué de bronze et animé par un sang divin, l’ichor, ou encore Galatée, la statue de Pygmalion devenue vivante, incarne la fusion entre la technique et la magie. Enfin, le cheval de Troie, mentionné dans l’épopée homérique, est lui-même une machine de guerre, un subterfuge ingénieux qui a permis la chute de la cité légendaire : « alors tu survins, Hélène ! en cet endroit, […] et, par trois fois, tu fis le tour de la machine »  (Odyssée, édition de la Bibliothèque de la Pléiade, 1955, p.604).  

Au Moyen Âge, les références littéraires reflètent également l’intérêt pour les machines, notamment dans les descriptions de châteaux fortifiés, de machines de guerre et d’autres dispositifs techniques qui marquèrent les dérives guerrières de cette époque. Mais il ne faut pas oublier que les machines faisaient partie intégrante des spectacles, des mystères et des pièces de théâtre. « Les engins mécaniques, tels que les trappes, les élévateurs et les artifices, servaient à créer des effets spéciaux et à susciter l’admiration du public » (Fabienne Pomel, « Représentations mécaniques et imaginaire médiéval ». Engins et machines, Presses universitaires de Rennes, 2015, https://doi.org/10.4000/books.pur.55653). Cet engouement permettra, plus tard, au genre de la pièce à machines de s’installer et de s’illustrer avec des pièces de l’ère classique comme le Don Juan de Molière ou l’Andromède de Corneille.

Durant la Renaissance, l’intérêt pour les machines se double d’une curiosité renouvelée pour les sciences et les technologies. Léonard de Vinci incarne cette fascination avec ses nombreux dessins et projets de machines, mêlant ingéniosité technique et beauté artistique. Le genre de l’utopie, fondamentalement humaniste, dans le sens où une utopie est une création purement humaine, sans interventions divines ou transcendantes, associe la machine à une vision idéaliste où la technologie est mise au service du bien commun : « les nouvelles machines restent soigneusement cachées jusqu’au moment d’être mises en usage » (Thomas More, L’Utopie, Traduction par Victor Stouvenel, Paulin, 1842).

Le mouvement des Lumières présente une vision mitigée du progrès puisque certains, comme Voltaire, saluent les avancées scientifiques de leur époque, contrairement à d’autres, comme Rousseau, qui prônent le retour vers la nature et fondent la défiance envers les apports de la civilisation. Les machines représentent une extension du pouvoir humain, pouvant l’aider à dominer la nature : « Il donna l’ordre sur-le-champ à ses ingénieurs de faire une machine pour guinder ces deux hommes extraordinaires hors du royaume. Trois mille bons physiciens y travaillèrent ; elle fut prête au bout de quinze jours » (Voltaire, Candide ou l’optimisme, Garnier, 1877, p.175).  

La révolution industrielle a profondément influencé la littérature du XIXe siècle. Les machines étaient omniprésentes dans la vie quotidienne, et les écrivains ont exploré leurs effets sur la société, le progrès et l’aliénation. Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley introduit des thématiques comme les risques de dérives de la technologie, et notamment la créature artificielle voulant devenir humaine. Des auteurs comme Émile Zola ont décrit les machines dans leurs romans, comme dans L’Assommoir où l’alambic devient symbole de la déchéance et destruction, et La Bête humaine où le train devient la métaphore de la fatalité et de la modernité implacables. Guy de Maupassant a également abordé la notion de progrès dans Bouvard et Pécuchet. Dans Le Horla, le bateau, symbole de la modernité, est un potentiel vecteur de l’arrivée d’une créature fantastique du Brésil en France. Le bateau assujettit d’autres thèmes comme la scène de rencontre amoureuse dans L’Éducation sentimentale.

L’époque moderne a vu l’émergence des dystopies et une méfiance croissante envers la technologie. La domination de l’homme par la machine est devenue un sujet de réflexion littéraire. Les écrivains explorent les dangers d’une société où la surveillance et le contrôle sont exercés par des machines et des systèmes informatiques omniprésents, où la machine est souvent représentée comme une force oppressive qui menace la liberté et l’individualité.

À l’ère actuelle, l’intelligence artificielle ne se contente plus d’être un simple outil d’assistance ; elle est devenue un acteur actif dans le processus de création littéraire et artistique. Les avancées dans le domaine des modèles génératifs pré-entraînés ont permis à l’IA de produire des textes, des poèmes, et même des romans complets, parfois en collaboration avec des auteurs humains. Cela ouvre un nouveau champ métalinguistique, où la création littéraire elle-même est mise en dialogue avec des entités non-humaines, soulevant des questions sur la nature de l’auteur, l’originalité, et l’essence même de la créativité.

Dans les arts visuels et le cinéma, l’IA est souvent représentée comme une force potentiellement incontrôlable, suscitant des scénarios dystopiques où la machine dépasse l’intelligence humaine et mène à une perte de contrôle, voire à une apocalypse technologique. Des œuvres littéraires telles que Neuromancien de William Gibson ou 1984 de George Orwell explorent ces craintes : Gibson imagine un monde dominé par des IA et des mégacorporations, tandis qu’Orwell préfigure une société de surveillance technologique extrême. De même, dans Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley, la technologie est utilisée pour manipuler les masses au détriment de la liberté individuelle, reflétant les angoisses contemporaines face à une technologie perçue comme autonome et hostile. Isaac Asimov, dans certaines histoires de I, Robot, pose la question de la fiabilité des IA lorsqu’elles échappent aux règles censées les contrôler, illustrant les risques de la perte de contrôle humain.

Cependant, ces représentations pessimistes cohabitent avec des visions plus optimistes de l’avenir. Certains défenseurs de la technologie prônent l’idée d’une IA qui pourrait non seulement améliorer la qualité de vie, mais aussi libérer l’humanité des tâches répétitives et fatigantes. Cette vision trouve écho dans des œuvres telles que Les Dépossédés d’Ursula K. Le Guin, où la technologie sert le bien commun dans une société égalitaire et anarchiste. L’univers de Star Trek de Gene Roddenberry, à travers des personnages comme Data, l’androïde qui cherche à comprendre et à enrichir l’expérience humaine, illustre également cette utopie technologique de cohabitation pacifique et de progrès collectif. Dans les récits d’Asimov tels que Les Robots, la technologie, incarnée par des robots régis par les Trois Lois de la Robotique, est conçue pour servir et protéger les humains, suggérant une harmonie possible entre l’IA et l’humanité.

Enfin, R.U.R. de Karel Čapek montre que l’équilibre entre utopie et dystopie est fragile : initialement, les robots libèrent l’humanité des tâches ingrates, mais une révolte éclate, soulignant les potentialités ambiguës de l’IA. Ainsi, la représentation de l’IA dans la littérature et les arts oscille entre fascination et crainte, entre promesse de libération et prophétie de déclin. Ces récits sont non seulement le reflet de nos préoccupations sociétales actuelles, mais aussi un miroir des possibles futurs que nous imaginons pour notre relation complexe et ambivalente avec la technologie.

Ayant vocation à favoriser un dialogue interdisciplinaire, cet appel est ouvert à tous les chercheurs et jeunes chercheurs en littérature, en histoire de l’art, en arts visuels, en philosophie et en sociologie. Les communications pourront se faire dans les langues suivantes : Français, Anglais, Arabe, et  s’inscrire dans l’un de ces axes d’étude (liste non exhaustive) :

_ La question de l’auteur et la redéfinition de la créativité à l’ère de l’IA

_ Technophobie et technophilie dans les discours artistiques

_ La dualité utopie/dystopie dans la représentation des machines dans les arts et les discours

_ La machine comme miroir de l’humanité, anthropomorphisme et projections humaines

_ L’évolution des représentations des machines dans les discours culturels et médiatiques

_ Le rôle des machines dans la science-fiction et l’anticipation : imagination de futurs possibles

_ Les implications éthiques et philosophiques de l’IA dans l’art sur les plans de la forme et du fond

Comité scientifique : 

–       Houda Ben Hamadi (Université de Carthage)

–       Nizar Ben Saad (Université de Sousse)

–       Mohamed Chagraoui (Université de Tunis El Manar)

–        Mokhtar Farhat (Université de Gafsa)

–       Laure Lévêque (Université de Toulon)

–       Valérie Michel-Fauré (Université de Toulon)

–       Abderazzek Sayadi (Université de Kairouan)

–       Mustapha Trabelsi (Université de  Sfax)

Comité d’organisation : Wajdi Belgacem ; Rym Ben Tanfous ; Haythem Chiboub ; Najah Elouni ; Foued Ghorbali ; Jamil Ghouaidia ; Walid Hamdi ; Hatem Krimi ; Saber Raddaoui  

Modalités pratiques : 

Date limite de soumission des propositions de communication : 28 février 2025

Date de réponse au nom du comité scientifique : 9 mars 2025

Les propositions de communication doivent être envoyées en format Word et comporter : titre, auteur ( Nom, prénom, fonction et  établissement / université de rattachement ), résumé et bibliographie sélective.  

Adresses e-mails auxquelles les propositions doivent être envoyées conjointement : abrougui.mohamed.anis@gmail.com ; wijdene.bousleh@gmail.com 

Les communications ne dépasseront pas 20mn. 

Seules les interventions en présentiel seront acceptées, aucune communication à distance (visioconférence ou en ligne) ne sera possible.

Les actes feront l’objet d’une publication ultérieure après évaluation des travaux par le comité scientifique. Seuls les travaux des participants seront publiés.

Responsables du colloque : Mohamed Anis Abrougui, Wijdène Bousleh et Laure Lévêque 

  • Responsable :
    Mohamed Anis Abrougui, Wijdène Bousleh et Laura Lévêque
  • Url de référence :
    http://www.iseahgf.rnu.tn/
  • Adresse :
    Institut supérieur des études appliquées en humanités de Gafsa – Université de Gafsa (TUN)
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