Rencontres Théraplume : pour son 8eme numéro la librairie Théraplume plonge au cœur d’un dialogue entre littérature, mémoire et patrimoine avec L’Alphabet du Vodun  de Gbétchédi Esckil Agbo 

La librairie Théraplume a accueilli, samedi 29 août 2026 dans ses locaux à Godomey, la huitième édition de ses Rencontres Théraplume. Pour ce rendez-vous littéraire, l’écrivain béninois Gbétchédi Esckil Agbo était invité autour de sa pièce L’Alphabet du Vodun. Entre lecture d’extraits, échanges avec le modérateur et interventions du public, la rencontre a ouvert un espace de discussion autour du vodun, de sa représentation et de sa place dans le patrimoine culturel béninois.  

La soirée du samedi 29 août avait une tonalité particulière à la librairie Théraplume, à quelques mètres du CEG Godomey. Pour le huitième numéro des Rencontres Théraplume, les habitués du rendez-vous et plusieurs passionnés de littérature et de patrimoine se sont retrouvés autour d’un ouvrage qui ne laisse pas indifférent : L’Alphabet du Vodun, première publication de l’écrivain béninois Gbétchédi Esckil Agbo. 

Dans l’espace de la librairie, les échanges ont progressivement dépassé le cadre d’une présentation classique de livre. La pièce de théâtre, publiée en 2024 aux Éditions Béninlivres, a servi de point de départ à une conversation plus large sur les représentations du vodun, la transmission culturelle, les rapports entre religions et la manière dont la littérature peut contribuer à interroger les imaginaires collectifs. 

Une rencontre construite autour du livre 

Fidèle à l’esprit des Rencontres Théraplume, la séance a privilégié l’échange. La présentation de l’ouvrage a été ponctuée par des lectures d’extraits, permettant au public d’entrer directement dans l’univers dramaturgique de l’auteur. 

Les questions du modérateur ont ensuite permis de revenir sur la genèse du texte, ses choix d’écriture et les différentes problématiques qui traversent la pièce. Le public a également pris part aux discussions, avec des questions et des contributions qui ont progressivement élargi les perspectives autour de l’œuvre. 

Cette dynamique a donné à la rencontre une dimension interactive. L’Alphabet du Vodun n’a pas seulement été présenté comme une pièce de théâtre à découvrir : plusieurs aspects du texte ont été soumis à la discussion, notamment la manière dont l’auteur construit ses personnages, met en scène la confrontation entre différentes visions religieuses et mobilise le théâtre pour aborder une question intimement liée à l’histoire et à la culture béninoises. 

Quand le théâtre devient espace de confrontation 

Dans L’Alphabet du Vodun, Esckil Agbo imagine une confrontation judiciaire entre Sossa Adan, prêtre vodun, et le pasteur David Michel. Accusé d’avoir eu recours à la sorcellerie, le personnage du prêtre est appelé à répondre devant une cour composée de personnes largement hostiles à la pratique qu’il représente. 

Ce dispositif dramatique permet à l’auteur de placer le débat au centre de la pièce. À travers les échanges entre les personnages, les différentes conceptions du vodun sont confrontées et questionnées. 

La pièce s’intéresse notamment aux mots employés pour désigner les pratiques traditionnelles africaines et aux représentations construites autour de celles-ci. Le personnage de Sossa Adan devient ainsi le principal vecteur d’un discours visant à distinguer le vodun de certaines notions qui lui sont fréquemment associées dans les représentations populaires. 

La démarche de l’auteur est donc moins celle d’un récit historique classique que celle d’une mise en scène du débat. Le tribunal imaginé dans la pièce devient un espace où les préjugés, les croyances, les héritages et les arguments peuvent entrer en confrontation. C’est précisément cette dimension qui a nourri une partie des échanges à Théraplume.

Le vodun comme question littéraire et culturelle 

Au fil de la rencontre, la discussion a également fait apparaître une autre dimension de l’ouvrage : la volonté de replacer le vodun dans une réflexion plus large sur le patrimoine. Pour Esckil Agbo, le sujet ne se limite pas à la dimension religieuse. Sa pièce interroge également la manière dont une société regarde ses propres héritages et les mots qu’elle utilise pour les décrire. 

Cette approche donne à L’Alphabet du Vodun une portée qui dépasse la seule intrigue théâtrale. La pièce convoque des questions d’identité, de transmission et de mémoire culturelle, tout en invitant le lecteur à examiner les représentations qu’il peut avoir lui-même de ces réalités. 

La discussion avec le public a ainsi permis d’aborder la nécessité de mieux connaître les traditions africaines avant de les interpréter ou de les juger. Une préoccupation qui rejoint d’ailleurs le travail de l’auteur dans le domaine de la promotion littéraire et culturelle. 

Une écriture nourrie par la recherche 

La rencontre a également permis de revenir sur le travail effectué en amont de la rédaction de la pièce. 

Bien qu’il s’agisse d’une œuvre théâtrale, L’Alphabet du Vodun comporte des références et des éléments qui témoignent d’un travail de documentation. L’auteur mobilise notamment des explications terminologiques, des références historiques et des éléments liés aux pratiques et aux représentations du vodun. 

Cette dimension documentaire accompagne une écriture dramatique qui alterne dialogues, prises de parole et moments plus théâtralisés. La structure de l’œuvre repose sur deux grandes parties, « Jour J-1 » et « Jour J », réparties en sept scènes. Le choix du tribunal comme principal espace de confrontation permet à l’auteur de transformer une question culturelle en situation dramatique. 

Le théâtre devient alors un outil de discussion. Les personnages ne sont pas uniquement destinés à faire avancer une intrigue : leurs prises de position permettent de faire émerger les contradictions et les incompréhensions qui entourent le sujet. 

Un premier livre qui a marqué le parcours d’Esckil Agbo 

Cette huitième Rencontre Théraplume a également constitué une occasion de revenir sur le parcours de son invité, qui est à sa huitième causerie littéraire autour de l’ouvrage. Gbétchédi Esckil Agbo est enseignant de formation, journaliste culturel et promoteur littéraire. Il est notamment à l’initiative de la Foire internationale du livre d’histoire, des patrimoines d’Afrique et des Afrodescendants.  

Son engagement dans l’univers du livre ne se limite donc pas à l’écriture. Il intervient également dans la médiation et la promotion littéraire, avec un intérêt marqué pour les questions liées au patrimoine et à la transmission. 

Cette trajectoire éclaire en partie le choix du sujet de L’Alphabet du Vodun. Avec cette première publication, l’auteur a choisi de consacrer son entrée dans le monde éditorial à un sujet fortement lié à l’histoire culturelle du Bénin. Son travail lui a également valu le Grand Prix littéraire du Bénin dans la catégorie « Journaliste – chroniqueur littéraire ».

Le public au rendez-vous du débat 

L’un des principaux intérêts de cette rencontre aura été la place accordée au public. Après les premières présentations et les lectures d’extraits, les participants ont pu interroger l’auteur et apporter leurs propres réflexions. Les échanges ont porté aussi bien sur le contenu de la pièce que sur les questions culturelles et religieuses qu’elle soulève. 

Cette participation illustre l’un des objectifs fondamentaux des Rencontres Théraplume : créer un espace où le livre sert de point de départ à une conversation. 

À travers L’Alphabet du Vodun, cette conversation s’est naturellement orientée vers un sujet qui demeure particulièrement sensible dans la société béninoise. La diversité des interventions a rappelé que les rapports au vodun peuvent être multiples et que la littérature peut précisément offrir un cadre pour faire dialoguer ces perceptions. 

Théraplume poursuit son rendez-vous avec le livre

Avec cette huitième édition, les Rencontres Théraplume poursuivent leur rôle de rendez-vous régulier entre auteurs, lecteurs et acteurs du monde du livre. 

La rencontre du 29 août aura surtout montré la capacité d’un ouvrage à provoquer la discussion au-delà de son intrigue. Dans le cas de L’Alphabet du Vodun, le théâtre a servi de porte d’entrée vers des questions de patrimoine, d’identité, de transmission et de coexistence des différentes visions du monde. 

Plus qu’une simple séance de présentation, cette huitième Rencontre Théraplume aura donc été un moment de lecture, de questionnement et de dialogue autour d’un texte qui entend placer le vodun au centre d’une réflexion littéraire et culturelle. Une manière, aussi, de rappeler que les livres peuvent contribuer à ouvrir des conversations parfois difficiles, en donnant aux lecteurs des espaces pour interroger les héritages, les représentations et les récits qui façonnent les sociétés.

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