Tunisie : Basma Omrani remporte le Prix Zoubeida Béchir 2026 avec son roman Sursis à volonté 

La romancière tunisienne Basma Omrani vient de remporter le Prix de la création littéraire en langue française du Prix Zoubeida Béchir 2026, décerné par le Centre de recherche, de documentation et d’information sur la femme (Credif). Cette distinction récompense son premier roman, Sursis à volonté, une œuvre qui explore les fractures sociales, les traumatismes intimes et les non-dits qui traversent la société tunisienne contemporaine. 

En consacrant Basma Omrani, le jury du Prix Zoubeida Béchir met en lumière une voix encore récente dans le paysage littéraire francophone tunisien, mais déjà remarquée pour une écriture qui refuse de détourner le regard des réalités humaines. À travers son premier roman, l’autrice propose une fiction où l’absurde, l’injustice et les blessures invisibles deviennent des outils pour interroger le réel. 

Une première œuvre déjà récompensée

Publié simultanément aux Éditions Zayneb en Tunisie et chez L’Harmattan en France, Sursis à volonté marque l’entrée de Basma Omrani dans le roman avec une ambition clairement affirmée : faire de la littérature un espace d’exploration des contradictions de la société. 

L’autrice explique d’ailleurs que son livre est né de la volonté d’exprimer « l’absurde, l’injuste et le refoulé », afin de mieux rendre compte du réel. Cette approche a trouvé un écho particulier auprès du jury du Credif, qui distingue chaque année des œuvres portées par des femmes dans différents domaines de la création intellectuelle et artistique. 

Une écrivaine entre la Tunisie et la France

Née à Sfax en 1979, Basma Omrani est docteure en littérature générale et comparée et exerce comme professeure de français. Installée aujourd’hui à Paris, elle entretient néanmoins un lien constant avec la Tunisie, où elle revient régulièrement. Cette double appartenance irrigue son écriture.

Son parcours universitaire nourrit une réflexion exigeante sur la langue, tandis que son expérience personnelle lui permet d’observer les transformations sociales qui traversent son pays d’origine. 

Avant l’écriture, la lecture occupait déjà une place centrale dans sa vie. Elle confie avoir été une lectrice passionnée depuis l’enfance, même si le désir d’écrire s’est imposé plus tardivement, après l’accumulation d’expériences, de rencontres et d’épreuves personnelles.

Le quotidien des Tunisiens au cœur du roman

Au centre de Sursis à volonté se trouve Sobhi, un homme d’une quarantaine d’années dont la vie reflète les difficultés rencontrées par de nombreux Tunisiens. Son revenu dépasse à peine le salaire minimum, tandis que les dépenses familiales, les frais scolaires et le coût de la vie pèsent lourdement sur son quotidien. 

À travers lui, Basma Omrani aborde plusieurs réalités contemporaines :

  • la précarité économique, 
  • la pression exercée sur les familles, 
  • le recours à plusieurs emplois pour survivre, 
  • les blessures héritées du passé, 
  • la quête de paix intérieure, 
  • les interrogations existentielles sur le sens de la vie. 

Le roman ne se limite toutefois pas à un constat social. Il s’intéresse également à la manière dont les traumatismes individuels façonnent les relations humaines.

La mère, figure centrale du récit

L’une des dimensions les plus fortes du livre réside dans sa réflexion sur la maternité. L’autrice explique que tout tourne, d’une certaine manière, autour de la figure féminine. 

Le rapport conflictuel entre Sobhi et sa mère constitue l’un des moteurs du récit. Incapable de construire des relations apaisées avec les femmes qui l’entourent, le personnage entreprend un retour vers son enfance pour comprendre l’origine de ces blessures. Pour Basma Omrani, cette thématique dépasse largement la fiction. 

Elle rappelle que la mère peut être à la fois une source d’épanouissement et, parfois, un vecteur de souffrance lorsqu’un amour devient toxique. Cette réflexion intime rejoint ainsi une interrogation plus large sur la transmission, les héritages émotionnels et les non-dits familiaux. 

Une récompense qui porte un héritage

Le Prix Zoubeida Béchir occupe une place particulière dans la vie culturelle tunisienne. Il porte le nom de Zoubeida Béchir, poétesse et romancière considérée comme l’une des pionnières de la littérature féminine en Tunisie. Au-delà de la récompense individuelle, ce prix entend encourager les nouvelles générations d’écrivaines et prolonger l’héritage de celles qui ont contribué à ouvrir la voie à la création littéraire féminine dans le pays.

Sa remise intervient traditionnellement dans le cadre des célébrations de la Fête nationale de la femme, donnant à cette distinction une portée symbolique particulière. 

Une reconnaissance et une responsabilité 

À l’annonce de son prix, Basma Omrani a exprimé sa « profonde gratitude » envers les membres du jury ainsi qu’au Credif pour son engagement en faveur de la culture et de la valorisation des écrits féminins. L’autrice voit dans cette récompense bien davantage qu’un encouragement.

Selon elle, un prix constitue également une responsabilité, en rappelant le rôle que peut jouer la littérature comme force d’émotion et de transformation. Une conviction qui résume sans doute l’esprit de Sursis à volonté : écrire non pour fuir le réel, mais pour le rendre plus lisible. 

Une scène littéraire tunisienne en pleine vitalité 

La consécration de Basma Omrani témoigne également de la vitalité de la littérature tunisienne de langue française. À travers son premier roman, l’écrivaine rejoint une génération d’autrices qui explorent les questions sociales, familiales et existentielles en proposant des récits où l’intime devient un miroir des mutations collectives. 

Le Prix Zoubeida Béchir 2026 vient ainsi offrir à Sursis à volonté une visibilité nouvelle. Pour Basma Omrani, cette distinction marque une étape importante dans un parcours encore naissant, mais déjà prometteur. Pour la littérature tunisienne, elle rappelle surtout que les nouvelles voix continuent d’enrichir le débat culturel, en donnant forme aux inquiétudes, aux espoirs et aux silences d’une société en mouvement. 

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