Économie du livre en Côte d’Ivoire : 10 données clés pour comprendre le marché ivoirien du livre 

La Côte d’Ivoire dispose de l’un des écosystèmes du livre les plus structurés d’Afrique francophone. Porté par un important marché scolaire, un cadre juridique relativement développé et un réseau dense d’institutions publiques et privées, le secteur constitue une référence du marché du livre dans la sous-région ouest-africaine. Toutefois, il demeure confronté à des défis majeurs, notamment la piraterie, le poids de l’informel, la dépendance aux importations et une faible compétitivité de l’impression locale. Voici dix données essentielles pour comprendre l’économie du livre en Côte d’Ivoire. 

1. Un secteur structuré autour de 62 maisons d’édition

Selon la cartographie de l’UNESCO, la Côte d’Ivoire comptait 62 maisons d’édition en 2023, même si certains acteurs professionnels estiment leur nombre à 75 (données de l’Association internationale des éditeurs) voire plus. L’essor du secteur remonte à la libéralisation de l’édition au début des années 1990, qui a favorisé l’émergence de nombreuses maisons privées aux côtés d’acteurs historiques comme le CEDA, NEI, Éburnie, EDILIS ou Passerelle Éditions. 

2. Une production éditoriale de 224 titres, dominée par le scolaire 

En 2022, 224 titres ont été publiés contre 115 en 2021, soit quasiment un doublement en une année. Le marché reste largement porté par le manuel scolaire : 

  • 70 % des titres publiés relèvent du secteur scolaire ; 
  • 30 % concernent la littérature générale. 

Cette spécialisation explique en grande partie la solidité économique du secteur ivoirien. 

3. Un réseau de diffusion parmi les plus développés de la sous-région

La Côte d’Ivoire dispose de 61 librairies, dont environ 60 librairies physiques agréées, auxquelles s’ajoute une librairie numérique (YouScribe). Les principaux distributeurs sont : 

  • Edipresse ; 
  • Librairie de France Groupe ; 
  • Alliance Biblique de Côte d’Ivoire ; 
  • Éburnie Distribution. 

Le pays accueille également 11 manifestations littéraires, parmi lesquelles le Salon International du Livre d’Abidjan (SILA), Le MILA et le Salon du Livre pour Enfants et Adolescents (SALEA)

4. Un important réseau de bibliothèques publiques

Le pays compte 235 bibliothèques publiques, soit environ une bibliothèque pour 132 800 habitants, ce qui constitue l’un des meilleurs maillages documentaires de la sous-région. 

Les 19 Centres de Lecture et d’Animation Culturelle (CLAC) ont enregistré plus de 53 000 lectures en 2023, illustrant les efforts de promotion de la lecture publique. 

5. Près de 2 000 emplois dans la filière 

L’UNESCO estime à 2 000 le nombre de personnes travaillant directement dans la chaîne du livre. 

La majorité des entreprises éditoriales restent toutefois de petites structures, tandis que le secteur informel occupe encore une place importante dans la distribution. 

6. Une politique publique relativement ambitieuse

La Côte d’Ivoire dispose d’un cadre institutionnel particulièrement développé. Plusieurs organismes pilotent la politique nationale du livre : 

  • Direction de l’Industrie du Livre et de la Promotion de la Lecture (DILPL) ; 
  • Centre National Technique de Lecture Publique et d’Animation Culturelle (CENATELPAC) ; 
  • Bureau Ivoirien du Droit d’Auteur (BURIDA). 

Le secteur bénéficie également d’une exonération de TVA sur le livre ; de droits de douane réduits à 2,5 % ; de prix homologués pour les manuels scolaires ; de financements via le Guichet Unique de la Culture, doté d’environ 1,63 million USD ; de subventions du Fonds de Soutien à la Culture et à la Création Artistique (FSCCA)

En 2023, les investissements publics directs en faveur du secteur du livre étaient estimés à 408 497 USD

7. Une balance commerciale largement déficitaire

Le commerce extérieur du livre reste fortement déséquilibré. En 2023, 18,69 millions USD de livres ont été importés et 592 530 USD seulement ont été exportés. Les importations proviennent principalement : 

  • France (95 %),
  • Angleterre (3 %),
  • Canada (2 %).

Les exportations sont dirigées essentiellement vers : 

  • Burkina Faso (50 %),
  • Mali (40 %),
  • Togo (5 %),
  • Bénin (5 %).

Cette dépendance s’explique notamment par le coût élevé de l’impression locale, moins compétitive que celle réalisée au Maroc, en Tunisie, en Afrique du Sud ou en France. 

8. Un cadre juridique parmi les plus complets d’Afrique francophone 

La Côte d’Ivoire dispose d’un arsenal législatif couvrant l’ensemble de la chaîne du livre : 

  • politique culturelle ; 
  • industrie du livre ; 
  • métiers du livre ; 
  • droit d’auteur ; 
  • copie privée ; 
  • dépôt légal ; 
  • acquisition publique des ouvrages. 

En revanche, le pays ne dispose pas d’agence nationale ISBN : les éditeurs sollicitent directement l’AFNIL. 

9. Une filière organisée autour d’associations professionnelles 

Le secteur s’appuie sur plusieurs organisations professionnelles : 

  • Association des Éditeurs de Côte d’Ivoire (ASSEDI) ; 
  • Association des Écrivains de Côte d’Ivoire (AECI) ; 
  • Association des Libraires de Côte d’Ivoire (ALCI) ; 
  • Association des Libraires et Détaillants de Livres de Côte d’Ivoire (ALDLCI) ; 
  • Association des Bouquinistes et Libraires de Côte d’Ivoire (ABOLICI) ; 
  • Association des Imprimeurs et Graphistes de Côte d’Ivoire (AIGCI) ; 
  • Association pour la Promotion des Sciences de l’Information Documentaire (APSID-CI). 

Ces réseaux contribuent à la structuration progressive de la filière.

10. Un marché porté par un fort potentiel démographique 

Avec 31,2 millions d’habitants, la Côte d’Ivoire représente l’un des plus importants marchés potentiels du livre en Afrique de l’Ouest. Quelques indicateurs illustrent ce potentiel :

  • Population : 31,2 millions
  • PIB par habitant : 2 531 USD
  • Population urbaine : 53 %
  • Taux d’alphabétisation : 50 %
  • Abonnements mobiles : 174 %
  • Utilisateurs d’Internet : 38 %

La progression de l’urbanisation, du numérique et de la scolarisation laisse entrevoir des perspectives importantes pour le développement du marché du livre. 

Une filière de référence, mais encore confrontée à plusieurs défis 

L’économie du livre en Côte d’Ivoire apparaît aujourd’hui comme l’une des plus structurées d’Afrique francophone. Son modèle repose largement sur la puissance du marché scolaire, soutenu par une politique publique volontariste et une préférence nationale qui réserve l’édition des manuels scolaires aux éditeurs ivoiriens. Cette mesure constitue depuis plus de vingt ans le principal moteur économique de la filière et explique la solidité de plusieurs maisons d’édition nationales. 

Toutefois, plusieurs défis demeurent : la piraterie, l’importance du secteur informel, la faiblesse des exportations, la dépendance aux importations de livres et la faible compétitivité de l’impression locale. À ces enjeux s’ajoute l’absence de données régulières sur les pratiques de lecture, qui limite l’évaluation précise du marché. Malgré ces contraintes, la Côte d’Ivoire demeure aujourd’hui l’un des marchés du livre les plus dynamiques de la sous-région et un modèle d’observation privilégié pour analyser l’économie du livre en Afrique de l’Ouest. 

Sources :

  • Rapport de l’UNESCO, L’industrie du livre en Afrique : tendances, défis et opportunités de croissance, juin 2025. 
  • Côte d’Ivoire, ministère de la Culture et de la Francophonie et autorités nationales citées dans le rapport de l’UNESCO. 
  • Article de Le Point Afrique, « Marché du livre francophone : l’Afrique de l’Ouest à 500 millions d’euros en 2050 », 23 octobre 2021.
Articles Similaires
Marché du livre en France : l’édition se maintient à 2,88 milliards d’euros malgré le recul des ventes en 2025

L’édition française a poursuivi son ralentissement en 2025, sans pour autant s’effondrer. Selon le Syndicat national de l’édition (SNE), le Lire plus

SILA 2026, du 28 avril au 2 mai à Abidjan : une édition record qui redéfinit l’économie du livre en Afrique 

Abidjan au cœur d’une renaissance culturelle portée par le livre et la jeunesse. Du 28 avril au 2 mai 2026, Lire plus

Économie du livre au Togo : 10 données clés pour comprendre le secteur

Le secteur du livre au Togo, encore peu structuré mais en mutation progressive, demeure marqué par une forte concentration géographique, Lire plus

Bibliothèque nationale du Bénin : une enquête pour améliorer le e-Service après plus de 5 000 numéros attribués

Trois ans après le lancement de sa plateforme numérique e-services.bnb.bj, la Bibliothèque nationale du Bénin (BNB) dresse un premier bilan Lire plus

Médias béninois, votre voix compte pour le futur du livre et de la lecture publique !

Dans le cadre de l’élaboration de la Stratégie nationale de promotion du livre et de la lecture publique au Bénin, Lire plus

Lecture Pour Tous – LPT Afrique : Un programme qui mobilise plus de 4 300 lecteurs au Burkina Faso

Entre le 21 octobre 2024 et le 31 mai 2025, l’Association Lecture Pour Tous – LPT Afrique a mené un Lire plus

Vers une stratégie nationale du livre au Bénin : contribuez en 5 minutes

Dans le cadre de la mise en place d’une stratégie nationale de promotion du livre et de la lecture publique Lire plus

10 données clés pour comprendre le marché du livre au Bénin

Le secteur du livre au Bénin, bien que dynamique par endroits, reste encore largement dominé par l’informel et confronté à Lire plus

Économie du livre : l’édition française enregistre 2,9 milliards d’euros en 2024, malgré un léger fléchissement

Le marché du livre en France amorce un retour à l’équilibre, après plusieurs années de forte croissance post-pandémie. Pour l’année Lire plus

Nouvelle-Aquitaine : un Contrat de filière 2025-2027 signé entre la DRAC, le CNL et l’Agence ALCA pour consolider l’avenir du livre sur le territoire

La Nouvelle-Aquitaine confirme une fois encore son ambition culturelle forte. L’État, représenté par la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) Lire plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Share via
Copy link