Comprendre ses règles, un droit aussi : quelle place pour le livre dans la justice menstruelle ?

Une tache de sang sur un vêtement. La honte. La peur. Mais surtout, l’incompréhension. Au CEG de Banikoara, dans le nord-ouest du Bénin, Yvette Ahamidé raconte avoir vécu cette situation lorsqu’elle était plus jeune. Elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Aujourd’hui paire éducatrice, elle sensibilise à son tour ses camarades à la gestion de l’hygiène des menstrues. « Parler des menstrues est normal », rapporte l’UNICEF à partir de son expérience. Son histoire pose une question simple : que se passe-t-il lorsqu’une jeune fille ne sait pas ce qui arrive à son corps ? Elle peut avoir peur, se sentir honteuse, croire à certaines idées stigmatisantes ou ne pas savoir vers qui se tourner. L’Organisation mondiale de la Santé souligne que l’absence de connaissances avant les premières règles peut avoir des conséquences sur les attitudes, l’estime de soi et la préparation à la ménarche. La question menstruelle ne se résume pas aux protections hygiéniques. Elle concerne aussi l’accès au savoir.

Quand comprendre devient une question de dignité

La santé menstruelle est aujourd’hui considérée par l’OMS comme une question qui dépasse l’hygiène. Elle suppose notamment de disposer d’informations exactes et adaptées à l’âge, d’avoir accès aux produits menstruels, à l’eau et à des installations sanitaires appropriées, de pouvoir recevoir des soins et de ne pas subir de stigmatisation.

L’information n’est donc pas un élément secondaire.

Pourtant, elle reste insuffisante. Selon les données internationales présentées par l’OMS et l’UNICEF en 2024, seulement 39 % des écoles dans le monde fournissent une éducation à la santé menstruelle. Dans les écoles d’Afrique subsaharienne, seulement 11 % disposent de poubelles pour les déchets menstruels dans les toilettes des filles. Ces chiffres montrent que la réponse doit être globale : il faut pouvoir se protéger, disposer d’eau et d’installations adaptées, mais aussi comprendre ce que l’on vit.

Au Bénin, des initiatives vont déjà dans ce sens. Dans plusieurs localités, grâce aux organisations de la société civile et aux gouvernements, des pairs éducateurs sont formés pour aborder notamment la santé sexuelle et reproductive, la gestion de l’hygiène des menstrues et les violences basées sur le genre. À Banikoara, selon l’UNICEF, 3 759 pairs éducateurs ont été formés dans la commune et ont mobilisé plus de 37 000 camarades autour de différentes thématiques. L’implication des garçons fait également partie de cette démarche : mieux comprendre les menstruations peut contribuer à réduire les moqueries et le rejet des filles.

Mais que reste-t-il lorsque la séance de sensibilisation est terminée ?

Et si le livre permettait au savoir de rester ?

Le livre, lui, peut rester. C’est précisément là que le livre peut trouver une place durable dans cette justice menstruelle aussi. Un ouvrage adapté à l’âge de son lecteur peut être relu lorsqu’une question revient, consulté à son rythme, partagé avec un parent ou utilisé par un enseignant pour ouvrir une discussion.

Une adolescente qui n’ose pas poser une question peut trouver une réponse dans un livre.

En Indonésie, l’UNICEF a développé, avec des adolescentes, des garçons, des parents, des enseignants et des responsables religieux, un livre consacré à la puberté et à la santé menstruelle. L’organisation le présente comme un outil créatif destiné à transmettre des informations et à lutter contre les idées reçues.

L’expérience rappelle une chose essentielle : le livre ne remplace pas la sensibilisation ; il peut la prolonger.

Mais quel livre pour quelle réalité ?

Faire du livre un outil de justice menstruelle ne signifie pas simplement publier davantage d’ouvrages sur les règles. Il faut d’abord s’interroger sur leur qualité. Les contenus doivent être exacts, adaptés à l’âge et suffisamment clairs pour ne pas reproduire les mythes que l’on cherche justement à combattre. L’OMS rappelle que les adolescents ont besoin d’informations scientifiquement exactes, adaptées à leur âge et pertinentes culturellement.

D’ailleurs au Bénin grâce à Choose Yourself, en consortium avec Filles en Action et Héroïnes d’Aujourd’hui, le livre : Le guide sur l’éducation menstruelle au Bénin paru en Août 2026 est un outil fort.

Un livre inaccessible financièrement, absent des bibliothèques scolaires ou difficile à trouver en dehors des grandes villes ne peut pas pleinement jouer son rôle d’outil d’égalité.

Au Bénin, le droit prévoit déjà des réponses matérielles

Cette réflexion s’inscrit aussi dans un cadre juridique.

La loi n° 2022-04 portant hygiène publique en République du Bénin prévoit notamment, dans les établissements publics, des espaces sanitaires respectueux de l’intimité, l’accès à l’eau et au matériel nécessaire à l’hygiène, ainsi que la présence de matériels de protection hygiénique dans les infirmeries des établissements d’enseignement. Le texte encadre également la gestion des déchets menstruels.

Les politiques publiques ont également apporté des réponses concrètes. En janvier 2022, l’UNICEF et le Gouvernement béninois ont remis 56 000 kits à 14 000 adolescentes de 51 collèges du Zou. Ces actions sont indispensables. Mais elles montrent aussi que la justice menstruelle doit être pensée comme un ensemble : protections, eau, toilettes, soins, information, éducation et lutte contre la stigmatisation.

Le livre n’a pas vocation à remplacer l’un de ces éléments. Il peut cependant agir là où les autres dispositifs ne suffisent pas : dans la durée.

Donner des protections, mais aussi des mots

La justice menstruelle commence aussi par une question : Que sait une jeune fille de ce qui lui arrive ?

Recevoir une protection est essentiel. Comprendre ce que l’on vit l’est aussi.

Pour l’OMS les personnes menstruées doivent pouvoir accéder à des informations précises et adaptées à leur âge, avant même les premières règles.

Le livre peut contribuer à rendre cette connaissance disponible. Il peut raconter une histoire dans laquelle une adolescente se reconnaît, répondre à une question que l’on n’ose pas poser, donner à un parent des mots pour engager une conversation ou permettre à un enseignant d’aborder le sujet autrement. Il ne résoudra ni la précarité menstruelle, ni l’absence de toilettes adaptées, ni les difficultés d’accès aux soins.

Mais il peut empêcher que le savoir disparaisse lorsque la campagne se termine.

Faire une place au livre dans la justice menstruelle, c’est donc reconnaître que l’accès aux protections ne suffit pas : il faut aussi garantir l’accès à la connaissance.

Parce que vivre ses menstruations dans la dignité, ce n’est pas seulement avoir de quoi se protéger. C’est aussi pouvoir comprendre, poser des questions et chercher des réponses sans honte.

Et dans cette quête du savoir, le livre lui aussi est un outil de justice menstruelle.

#RegleMoiÇa

#SDJMBenin

#HeroinesDAujourdhui

Sources :

Santé Menstruelle 

Unicef Bénin « Parler des menstrues est normal. »

Unicef Bénin Santé et Bien être des adolescentes

Using a storybook to demystify Menstrual Health and Hygiene for Adolescent Girls and Boys

Teacher participation a key factor in successful Menstrual Health and Hygiene Management program

OMS/UNICEF — Rapport sur la santé et l’hygiène menstruelles dans les écoles

Pour les chiffres mondiaux sur l’éducation menstruelle et les équipements scolaires

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