Comment calculer l’empreinte carbone d’un livre ? 

Combien de CO₂ est nécessaire pour fabriquer un livre ? La question paraît simple. Pourtant, le calcul de l’empreinte carbone d’un ouvrage demande de prendre en compte de nombreuses étapes : fabrication du papier, impression, façonnage, transport, distribution et parfois même fin de vie. Un livre ne commence pas son parcours environnemental au moment où il sort de l’imprimerie. Son empreinte se construit progressivement, depuis les matières premières jusqu’à sa mise à disposition du lecteur. Pour les éditeurs, les imprimeurs et les autres professionnels de la chaîne du livre, mesurer cette empreinte permet surtout d’identifier les étapes les plus émettrices et les choix susceptibles de réduire les émissions. 

L’empreinte carbone, qu’est-ce que cela signifie ?

L’empreinte carbone correspond à la quantité de gaz à effet de serre générée directement ou indirectement par une activité, un produit ou un service. Les émissions sont généralement exprimées en kilogrammes de CO₂ équivalent (kg CO₂e).  

Le terme « équivalent » est important : le calcul ne porte pas uniquement sur le dioxyde de carbone. D’autres gaz à effet de serre, comme le méthane ou le protoxyde d’azote, sont convertis en une unité commune permettant de mesurer leur contribution au réchauffement climatique. 

Pour un livre, l’objectif consiste donc à déterminer la quantité de CO₂e associée à l’ensemble des opérations nécessaires à sa production et, selon le périmètre choisi, à sa distribution et à sa fin de vie. 

La méthode de référence : l’analyse du cycle de vie

La méthode la plus complète repose sur l’analyse du cycle de vie (ACV). Cette approche examine les différentes étapes de l’existence d’un produit afin d’identifier les ressources consommées et les émissions générées. Pour un livre imprimé, le périmètre peut notamment inclure : 

  • la production des matières premières ; 
  • la fabrication du papier ; 
  • la production de la couverture et des autres matériaux ; 
  • l’impression ; 
  • les encres, colles et produits utilisés ; 
  • le façonnage ; 
  • les transports entre les différents sites ; 
  • le stockage et la distribution ; 
  • la fin de vie des exemplaires. 

La méthode permet donc de dépasser une vision limitée au seul passage du livre dans l’imprimerie. 

Première étape : connaître précisément le livre

Avant tout calcul, plusieurs caractéristiques doivent être renseignées. Le format du livre compte. Le nombre de pages compte. Le grammage et le type de papier comptent. Le nombre d’exemplaires imprimés compte également. Il faut aussi connaître, lorsque les données sont disponibles : 

  • le type de papier utilisé ; 
  • l’origine du papier ; 
  • la proportion de fibres recyclées ; 
  • le type d’impression ; 
  • les encres utilisées ; 
  • les procédés de finition ; 
  • le lieu d’impression ; 
  • les distances de transport ; 
  • le mode de transport ; 
  • le lieu de stockage et de distribution. 

Deux livres de 200 pages peuvent donc présenter des empreintes différentes. Un ouvrage imprimé sur un papier lourd, avec une couverture rigide, une finition particulière et une longue distance de transport n’aura pas nécessairement le même bilan qu’un livre de même pagination imprimé sur un papier plus léger et produit à proximité du marché de distribution. 

Deuxième étape : calculer l’impact du papier 

Le papier constitue généralement l’un des postes les plus importants dans l’empreinte carbone d’un livre. Le calcul doit prendre en compte la quantité de papier utilisée et le facteur d’émission correspondant à ce papier. Le poids du livre constitue donc une donnée importante. À titre pédagogique, imaginons un ouvrage utilisant 300 grammes de papier.

Le calcul ne consiste toutefois pas simplement à multiplier ces 300 grammes par un chiffre universel. Le facteur d’émission dépend notamment du type de papier, de son mode de production, de son contenu recyclé, de l’énergie utilisée dans la papeterie et des données disponibles auprès du fournisseur. 

La qualité des données constitue donc un élément essentiel de la fiabilité du résultat. Le nouveau GBA Book Carbon Calculator, par exemple, permet d’utiliser des données spécifiques fournies par les fabricants de papier lorsqu’elles sont disponibles. 

Troisième étape : intégrer l’impression 

Après le papier vient l’impression. Cette étape mobilise notamment : 

  • les presses ; 
  • l’électricité ; 
  • les encres ; 
  • les plaques pour certaines technologies d’impression ; 
  • les produits de nettoyage ; 
  • les éventuels vernis ou traitements de surface. 

Le procédé d’impression peut donc influencer le résultat. L’impression offset et l’impression numérique ne présentent pas exactement les mêmes caractéristiques techniques et environnementales. Le choix dépend notamment du nombre d’exemplaires. Pour un petit tirage, l’impression numérique peut être pertinente. Pour des volumes importants, l’offset peut devenir plus adaptée. 

L’empreinte carbone doit donc être calculée à partir des caractéristiques réelles du projet plutôt qu’à partir d’une règle générale affirmant qu’une technologie serait toujours plus écologique que l’autre. 

Quatrième étape : ne pas oublier le façonnage

Un livre ne sort pas simplement de la presse. Les feuilles doivent être pliées, assemblées et transformées en ouvrage. Cette étape peut comprendre :

  • le pliage ;  
  • la coupe ; 
  • l’assemblage des cahiers ; 
  • la couture ; 
  • le collage ; 
  • la pose de la couverture ; 
  • le pelliculage ; 
  • certains traitements de finition. 

L’énergie consommée et les matériaux utilisés lors de ces opérations peuvent être intégrés au calcul. Plus les finitions sont nombreuses, plus le nombre de paramètres à prendre en compte augmente. 

Cinquième étape : calculer les transports

Le livre peut voyager plusieurs fois avant d’arriver chez le lecteur. Le papier peut être produit dans un pays. L’impression peut avoir lieu dans un autre. Le livre peut ensuite rejoindre un entrepôt, puis un distributeur, une librairie et enfin le domicile du lecteur. Le transport doit donc être analysé en fonction : 

de la distance × du poids transporté × du mode de transport × du facteur d’émission correspondant. 

Un transport maritime, ferroviaire, routier ou aérien n’a évidemment pas le même impact. La localisation des différents acteurs de la chaîne peut donc avoir une influence importante sur le résultat final. 

Sixième étape : prendre en compte la fin de vie

Que devient le livre lorsqu’il n’est plus utilisé ? Plusieurs scénarios sont possibles :

  • conservation ; 
  • don ; 
  • vente d’occasion ; 
  • prêt ; 
  • recyclage ; 
  • destruction. 

La fin de vie peut être intégrée dans le périmètre d’une analyse. Le nouveau calculateur de la Green Book Alliance inclut par exemple une catégorie consacrée à la fin d’utilisation, notamment pour les exemplaires invendus ou retournés. Cette dimension rappelle également une idée importante développée dans cette série : la durée de vie d’un livre ne se limite pas à sa première vente. 

Un exemple simplifié de calcul

Prenons un exemple fictif pour comprendre le principe. Supposons qu’une analyse attribue :

  • 0,70 kg CO₂e au papier ; 
  • 0,20 kg CO₂e à l’impression et au façonnage ; 
  • 0,15 kg CO₂e au transport et à la distribution ; 
  • 0,05 kg CO₂e à d’autres postes retenus dans le périmètre. 

L’empreinte totale serait alors : 

0,70 + 0,20 + 0,15 + 0,05 = 1,10 kg CO₂e par exemplaire. Ce chiffre est uniquement pédagogique. Il ne représente pas l’empreinte réelle d’un livre standard. L’intérêt de l’exemple réside dans la méthode : chaque poste est calculé séparément avant d’être additionné. 

Pourquoi les chiffres varient-ils autant d’une étude à l’autre ? 

Il est fréquent de trouver des chiffres très différents concernant l’empreinte carbone d’un livre. Certains travaux évoquent environ 1,3 kg CO₂e pour un livre neuf, tandis que d’autres études aboutissent à des valeurs beaucoup plus élevées. Cette différence ne signifie pas nécessairement qu’une étude est fausse. Les résultats peuvent varier en fonction :

  • du poids du livre ; 
  • du nombre de pages ; 
  • du type de papier ; 
  • de l’origine des matières premières ; 
  • du lieu de fabrication ; 
  • du mix énergétique ;  
  • du tirage ; 
  • des transports ; 
  • du périmètre retenu ; 
  • des données utilisées pour les facteurs d’émission. 

RecycLivre cite par exemple une estimation de 1,3 kg CO₂e pour un livre neuf, issue d’une étude Hachette, tandis que son propre bilan historique distingue les émissions liées à son activité de seconde main. Ces chiffres ne doivent donc pas être transformés en une valeur universelle applicable à tous les livres. 

Une donnée récente change la manière de calculer

Depuis juin 2026, les professionnels du livre disposent d’un nouvel outil international : le GBA Book Carbon Calculator, développé par la Green Book Alliance. L’outil est accessible gratuitement en ligne et permet d’estimer les émissions de gaz à effet de serre associées à un livre imprimé. 

Sa méthodologie s’appuie sur le GHG Protocol et une approche d’analyse du cycle de vie allant de la production jusqu’à la sortie du produit vers le commerce. Le calculateur distingue six grandes catégories : opérations internes, création du contenu, production du papier, impression, transport et fin d’utilisation. L’un de ses intérêts majeurs réside dans le moment du calcul : avant même la production du livre. 

Un éditeur peut ainsi comparer différents scénarios avant de valider un tirage. 

Calculer avant d’imprimer : une nouvelle pratique pour les éditeurs ? 

Cette possibilité ouvre une évolution importante. Jusqu’à présent, la mesure environnementale intervenait souvent après la production, dans le cadre d’un bilan ou d’un rapport. Un calcul réalisé en amont permet de comparer plusieurs options : Quel papier choisir ? Quel grammage retenir ? Quel format privilégier ? Quel tirage prévoir ? Où imprimer ? Quel mode de transport utiliser ? Quelle finition est réellement nécessaire ?

L’objectif n’est pas forcément de choisir systématiquement l’option présentant l’empreinte la plus faible. Il s’agit plutôt de connaître les conséquences environnementales des choix de production avant de les rendre définitifs. La Green Book Alliance présente précisément son calculateur comme un outil permettant de prendre des décisions de production plus éclairées avant le tirage, mais également d’établir des bilans après production. 

ClimateCalc : un autre outil pour l’industrie graphique

Le secteur de l’impression dispose également de ClimateCalc, un outil consacré au calcul de l’empreinte carbone des produits imprimés et de l’emballage. ClimateCalc prend en compte les émissions des scopes 1, 2 et 3 du GHG Protocol et s’appuie sur des standards internationaux et des données spécifiques aux matériaux et aux procédés d’impression. 

L’outil permet notamment de calculer l’empreinte d’un produit imprimé et d’identifier les éléments du processus qui contribuent le plus au résultat. La qualité du calcul dépend toutefois fortement de la qualité des données disponibles. ClimateCalc souligne lui-même l’importance de données représentatives des entreprises et des matières premières utilisées. 

Le calculateur ne remplace pas l’analyse scientifique

Un chiffre unique peut être très séduisant. Il donne l’impression d’une grande précision. Pourtant, une empreinte carbone n’est jamais qu’une vérité universelle indépendante du contexte. Le résultat dépend de la méthode, du périmètre, des hypothèses et des données utilisées. Il est donc préférable de présenter un résultat avec sa méthodologie : 

« X kg CO₂e par exemplaire, calculés selon telle méthode et pour tel périmètre. »

Cette transparence permet aux lecteurs, éditeurs et partenaires de comprendre ce que signifie réellement le chiffre. 

Et le nombre de lecteurs dans tout cela ?

Cette question rejoint directement la notion de rentabilité écologique du livre développée précédemment dans cette série. L’empreinte carbone calculée lors de la fabrication correspond à l’impact associé à l’exemplaire selon le périmètre choisi. Mais un même exemplaire peut ensuite être lu par une personne, dix personnes, cent personnes ou davantage. 

L’empreinte par lecture peut alors être envisagée, à titre pédagogique, comme : Impact carbone par lecture = empreinte carbone du livre ÷ nombre de lectures. Cette formule ne constitue pas une méthode officielle d’analyse du cycle de vie. Elle permet simplement d’ajouter une dimension d’usage à la réflexion environnementale. 

Un livre affichant une empreinte de 1,3 kg CO₂e et lu par une seule personne n’a pas le même rapport impact/usage qu’un exemplaire identique lu par 100 personnes. Cette distinction donne une importance particulière aux bibliothèques, au prêt, au don et au marché de l’occasion. 

Calculer l’empreinte pour mieux agir

L’intérêt d’un bilan carbone ne réside finalement pas uniquement dans le chiffre obtenu. Le véritable intérêt réside dans les décisions que ce chiffre permet d’éclairer. Si le papier représente la principale source d’émissions, les efforts peuvent porter sur son choix, son grammage, son origine ou sa part de fibres recyclées. Si le transport pèse fortement dans le bilan, la chaîne logistique peut être repensée. 

Si la surproduction entraîne des destructions d’invendus, la question du tirage devient centrale. Si un ouvrage possède une longue durée de vie et circule entre de nombreux lecteurs, la valeur environnementale de chaque exemplaire augmente. 

Vers une culture du « livre mesuré »

L’industrie du livre dispose désormais de davantage d’outils pour mesurer son impact. Cette évolution pourrait progressivement faire entrer la donnée environnementale dans les décisions quotidiennes de la chaîne du livre. Demain, un éditeur pourrait comparer plusieurs scénarios avant de lancer un tirage. Un imprimeur pourrait proposer plusieurs options avec leur empreinte respective.

Une maison d’édition pourrait suivre l’évolution de son impact d’un titre à l’autre. Une bibliothèque pourrait également intégrer des critères environnementaux dans certains achats. La mesure ne constitue donc pas une fin en soi. Elle devient un outil d’aide à la décision. 

Conclusion : mesurer pour mieux fabriquer

Calculer l’empreinte carbone d’un livre revient à suivre son parcours et à identifier les émissions générées à chacune des principales étapes de sa vie. Papier, impression, façonnage, transport, distribution et fin de vie : chaque poste peut contribuer au résultat final. Il n’existe donc pas un chiffre universel représentant « l’empreinte d’un livre ». 

Il existe des calculs réalisés selon des méthodes, des données et des périmètres précis. Cette nuance est essentielle pour éviter les comparaisons trompeuses. Les outils comme ClimateCalc et, depuis juin 2026, le GBA Book Carbon Calculator montrent toutefois que la filière dispose progressivement de moyens plus accessibles pour passer de l’intention à la mesure. 

La prochaine étape consiste désormais à transformer ces mesures en décisions : produire avec moins d’impact, éviter les impressions inutiles, optimiser les transports et surtout prolonger la vie des exemplaires fabriqués. Car mesurer l’empreinte carbone d’un livre ne sert pas seulement à savoir combien il « coûte » à la planète. Cela doit surtout permettre de comprendre comment fabriquer de meilleurs livres, avec moins de ressources et davantage d’utilité. 

Sources et références 

RecycLivre, « Infographie : le cycle de vie d’un livre », publié le 20 septembre 2021. Disponible sur : https://www.recyclivre.com/blog/actualites/infographie-le-cycle-de-vie-dun-livre-2/ ; consulté le 1er septembre 2026. 

RecycLivre, Rapport V.1 – Bilan carbone RecycLivre, 2015. Disponible sur : https://www.recyclivre.com/blog/wp-content/uploads/2024/06/Bilan-carbone-Recyclivre-2015.pdf ; consulté le 1er septembre 2026.

Green Book Alliance, « GBA Book Carbon Calculator », 2026. Disponible sur : https://gbacarboncalculator.org/en/about ; consulté le 1er septembre 2026.

Green Book Alliance, « The GBA Book Carbon Calculator Launch », publié le 27 juillet 2026, mis à jour le 17 août 2026. Disponible sur : https://www.greenbookalliance.org/post/the-gba-book-carbon-calculator-launch ; consulté le 1er septembre 2026.

ClimateCalc, « Print and packaging – Carbon footprint calculations », 2026. Disponible sur : https://uk.climatecalc.eu/ ; consulté le 1er septembre 2026.

ActuaLitté, Nicolas Gary, « Livre imprimé : calculer le carbone avant le tirage », publié le 22 juin 2026. Disponible sur : https://actualitte.com/article/132140/economie/livre-imprime-calculer-le-carbone-avant-le-tirage ; consulté le 1er septembre 2026.

Publishers Weekly, Jim Milliot, « Green Book Alliance Launches Carbon Calculator », publié le 17 juin 2026. Disponible sur : https://www.publishersweekly.com/pw/by-topic/industry-news/manufacturing/article/100643-green-book-alliance-launches-new-carbon-calculator.html ; consulté le 1er septembre 2026.

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