Le Sénégal figure parmi les marchés du livre les plus structurés d’Afrique francophone. Héritier d’une longue tradition éditoriale portée notamment par les Nouvelles Éditions Africaines du Sénégal (NEAS), le pays s’appuie sur un cadre institutionnel relativement développé, un fonds public de soutien à l’édition, un important réseau de bibliothèques et de nombreuses manifestations littéraires. Toutefois, le secteur demeure confronté à plusieurs défis, notamment le coût élevé des livres, la faiblesse des ventes de littérature générale et le piratage. Voici dix données essentielles pour mieux comprendre l’économie du livre sénégalais.
1. 51 maisons d’édition actives en 2023
Selon les estimations de l’UNESCO1, le Sénégal comptait 51 maisons d’édition actives en 2023. L’Association Sénégalaise des Éditeurs (ASE) regroupe à elle seule 42 éditeurs membres couvrant aussi bien la littérature générale que les ouvrages scolaires, universitaires ou encore les publications en langues nationales.
Le paysage éditorial est dominé par quelques acteurs historiques comme les Nouvelles Éditions Africaines du Sénégal (NEAS), Falia Édition, Amalion Publishing ou encore Saaraba Éditions, créée en 2022 par le groupe Editis pour développer la littérature africaine.
2. 125 titres publiés chaque année
La production éditoriale est estimée à 125 nouveaux titres par an. Le marché reste fortement porté par le secteur scolaire, qui représente près de 80 % des ventes, tandis que la littérature générale demeure plus modeste, les tirages dépassant rarement 1 000 exemplaires par ouvrage.
Le Sénégal se distingue également par une production jeunesse ancienne et dynamique ainsi que par une édition en langues nationales (wolof, pulaar, sérère…), soutenue par plusieurs éditeurs spécialisés.
3. Une dizaine de librairies concentrées principalement à Dakar
Le pays compte environ 10 librairies, essentiellement implantées dans la capitale. Parmi les plus connues figurent :
- Aux 4 Vents ;
- Clairafrique ;
- Librairie-Papeterie Le Sénégal (LPS) ;
- La Bouquinerie ;
- Plumes du Monde ;
- Mona Lisa.
Cette concentration géographique limite encore l’accès au livre dans plusieurs régions du pays.
4. Près de 500 bibliothèques publiques
Le Sénégal dispose d’environ 500 bibliothèques publiques, soit une bibliothèque pour 36 200 habitants, l’un des meilleurs ratios observés en Afrique francophone. La politique de lecture publique est portée par la Direction du Livre et de la Lecture, avec l’appui de nombreuses associations et partenaires internationaux.
Malgré ce réseau relativement dense, plusieurs acteurs soulignent le manque de moyens financiers, d’équipements modernes et de ressources documentaires.
5. Environ 2 250 emplois dans la filière
L’industrie du livre sénégalaise représente environ 2 250 emplois directs. Les activités concernent notamment :
- l’édition ;
- l’impression ;
- la distribution ;
- les librairies ;
- les bibliothèques ;
- les manifestations littéraires.
Même si les revenus restent encore modestes, cette filière constitue un secteur culturel important dans l’économie créative sénégalaise.
6. Une vie littéraire particulièrement dynamique
Le Sénégal accueille plusieurs manifestations majeures consacrées au livre :
- la Foire Internationale du Livre et du Matériel Didactique de Dakar (FILDAK) ;
- le Salon International du Livre et de la Presse de Dakar (SILDA) ;
- le Salon International du Livre de Thiès (SILT) ;
- le Festival International de Poésie de Dakar ;
- la Biennale des Lettres ;
- la Rentrée littéraire du Sénégal.
Ces événements jouent un rôle essentiel dans la promotion de la lecture, la visibilité des auteurs et le développement du marché.
7. Un important soutien public à l’édition
Le Sénégal est l’un des rares pays africains disposant d’un Fonds d’Aide à l’Édition. En 2023, ce fonds représentait 750 millions de francs CFA, soit environ 1,23 million USD. Il finance notamment :
- l’édition de livres ;
- l’achat d’ouvrages auprès des éditeurs ;
- les bibliothèques ;
- les salons du livre ;
- les représentations internationales ;
- les animations autour de la lecture.
Le livre bénéficie également d’une exonération de TVA, améliorant son accessibilité.
8. Une balance commerciale encore largement déficitaire
En 2023, les importations de livres atteignaient environ 7,19 millions USD, contre seulement 141 830 USD d’exportations. La France demeure de très loin le principal fournisseur de livres du Sénégal, ce qui place le pays au 6ᵉ rang des importateurs de livres français en Afrique.
Cette forte dépendance illustre les difficultés de la production locale à répondre pleinement à la demande nationale.
9. Une vingtaine d’associations professionnelles
Le secteur s’appuie sur un tissu associatif particulièrement développé. Parmi les principales organisations figurent :
- l’Association des Écrivains du Sénégal (AES) ;
- l’Association Sénégalaise des Éditeurs (ASE) ;
- l’Union des Écrivains Sénégalais en Langues Nationales (UESLN) ;
- le Cercle des Jeunes Écrivains du Sénégal (CJES).
Ces organisations participent activement à la promotion de la lecture, au plaidoyer en faveur des politiques publiques du livre et au développement professionnel des acteurs de la filière.
10. Un marché porté par une démographie favorable
Avec 18,1 millions d’habitants en 2023, le Sénégal dispose d’un important potentiel de développement pour son industrie du livre. Quelques indicateurs permettent de mesurer ce potentiel :
- Population : 18,1 millions d’habitants ;
- Taux d’alphabétisation : 58 % ;
- PIB par habitant : 1 706 USD ;
- Population urbaine : 50 % ;
- Abonnements mobiles : 120 % de la population ;
- Utilisateurs d’Internet : 60 %.
La progression du numérique, l’urbanisation et l’amélioration progressive de l’alphabétisation constituent autant de leviers susceptibles de soutenir la croissance du marché du livre dans les prochaines années.
Un secteur structuré mais encore confronté à plusieurs défis
Le Sénégal dispose aujourd’hui d’une filière du livre relativement mature à l’échelle ouest-africaine. Son cadre juridique, son fonds national de soutien à l’édition, ses politiques publiques en faveur du manuel scolaire, son réseau de bibliothèques et la vitalité de ses manifestations littéraires témoignent d’un engagement durable des pouvoirs publics en faveur de la lecture.
Le secteur reste néanmoins confronté à plusieurs défis : faibles ventes de littérature générale, coût élevé des ouvrages, concentration des librairies à Dakar, piratage, déficit commercial et insuffisance des formations spécialisées aux métiers de l’édition.
Malgré ces contraintes, les perspectives demeurent encourageantes. Les projections réalisées dans le cadre des États généraux du livre en langue française estiment que, sous l’effet de politiques publiques favorables, de la croissance démographique et de l’amélioration des conditions économiques, le Sénégal pourrait devenir l’un des principaux moteurs du marché francophone du livre en Afrique de l’Ouest à l’horizon 2050.
Sources
- UNESCO (2025), L’industrie du livre en Afrique : tendances, défis et opportunités de croissance : https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000394051
- Le Point Afrique (24 octobre 2021), « Sénégal : le livre francophone, un bon tremplin pour les industries culturelles » : https://www.lepoint.fr/afrique/senegal-le-livre-francophone-un-bon-tremplin-pour-les-industries-culturelles-24-10-2021-2449039_3826.php





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