BRIS DE SILENCE :  L’ostracisme, le viol et le harcèlement en milieu professionnel en République du Bénin. Autopsie de la face noire de l’insertion des femmes dans les milieux professionnels
BRIS DE SILENCE :  L’ostracisme, le viol et le harcèlement en milieu professionnel en République du Bénin. Autopsie de la face noire de l’insertion des femmes dans les milieux professionnels

BRIS DE SILENCE :  L’ostracisme, le viol et le harcèlement en milieu professionnel en République du Bénin. Autopsie de la face noire de l’insertion des femmes dans les milieux professionnels

Pour passer sous examen une société axée sur le respect des droits de l’Homme comme le Bénin, on se borne généralement aux plans économiques et politiques. La bonne gouvernance et la floraison des activités économiques sont, cependant, très faibles pour qualifier substantiellement la sérénité d’un État de droit comme la République du Bénin. Le respect de la liberté des citoyens et leur égalité devant la loi sont des traits prépondérants dont l’absence dans un pays, juridiquement démocratique, est un crime. Si le pays « des amazones » adhérant à la charte africaine des droits de l’homme peut présenter un visage très séduisant sur les écrans, il s’avérait qu’il cache aussi des crimes aussi aberrants que le viol, le harcèlement et une exclusion accrue des femmes de tous les secteurs d’activité professionnelle. En tout cas, c’est ce que nous livre Angela KPEIDJA, dans son ouvrage à polémique Bris de silence paru aux éditions abcd en août 2021 à Cotonou.

Angela KPEIDJA est une ingénieure biotechnologiste de formation, ayant une passion très pointue pour l’écriture et la réalisation audiovisuelle. Avec plus d’une vingtaine d’année d’expérience dans le journalisme, elle est l’actuelle directrice du service Web à l’Office de Radio et de Télévision Nationale du Bénin, l’ORTB. Elle a eu une vie plutôt parsemée de violences sexuelles, car violée « dès l’âge de 7 ans, puis à 10 ans, puis à 17 ans ». Bris de silence est une autobiographie écrite rigoureusement sur 240 pages subdivisées en six différentes parties. Il s’agit donc d’un cri de cœur, d’un témoignage de « ce que des milliers de femmes vivent au quotidien ici » en République du Bénin, dans les lycées et collèges, dans les universités publiques et privées, dans les hôpitaux et surtout, dans le secteur de l’audiovisuel où l’auteure fait carrière.

L’ouvrage est écrit dans un contexte de vive polémique. Tout est partie d’une publication que l’auteure a faite via sa page Facebook le 1er mai 2020, à travers lequel elle dénonçait, en plein cœur de la fête de travail, les nombreux harcèlements qui ont cours dans les coulisses de l’ORTB. Cette publication va susciter une vive tension jusqu’à provoquer l’intervention du Président de la République, S.E.M Monsieur Patrice Guillaume Athanase TALON, qui a demandé à voir clair dans ses accusations.

L’affaire s’est finalement retrouvée sur le bureau de la juridiction compétente. Ce livre, ce n’est pas seulement le récit d’une femme sexuellement maltraitée et aspergée d’agressions morales et sexuelles, mais l’autopsie de ce que vivent beaucoup de femmes au Bénin et ailleurs. Pour la simple raison que si elle a été victime, c’est que plusieurs d’autres femmes l’ont été et le vivent encore sous diverses facettes, dans nos universités, dans les administrations publiques, dans les centres d’informations et dans les hôpitaux.

Bref, dans tous les secteurs. Dès lors, de sérieuses questions méritent d’être posées ! Où est passé le respect de la dignité humaine ? « Est-ce vraiment ce monde que nous avons envie de léguer à nos enfants ? » Pendant encore combien de temps cela va perdurer ? Jusqu’à quel moment, nos jeunes sœurs cesseront d’être harcelées, violées dans les universités pour des notes, pour de simples stages dans nos administrations et pour des postes de responsabilités qui, pourtant, font partie intégrante de leur droit ? Durant encore combien de temps le sexe sera un critère de qualification à un poste de responsabilité ? Pourquoi avoir un enfant, être marié ou être enceinte devrait constituer des obstacles à l’insertion professionnelle ?

En effet, dans les six parties de cet ouvrage, l’auteure met à nu le rejet dont les femmes sont les victimes dans cette société pourtant démocratique. Dans une université nationale comme l’UAC, son professeur, alors directeur du département des sciences au Collège Polytechnique, l’avait ciblé alors qu’elle était en première année. La conséquence de son refus a été les mauvaises notes qu’elle a trainées durant toute l’année dans la matière de ce dernier.

Mais qu’est-ce qu’il voulait à votre avis ? Un coup. Ce n’est pas pour autant le pis. Dans un hôpital, la plus grande et la mieux équipée d’ailleurs du Bénin, je veux dire au Centre National Hospitalier Universitaire CNHU de Cotonou, pour une simple demande de stage de deux mois, le docteur réclame lui aussi un coup. Elle lui notifia pourtant qu’elle est mariée avec, pour preuve, la bague à son doigt et quelle a été sa réponse ? « Et alors ? Voulez-vous le stage ou non ? » Cet ouvrage est la preuve tangible de la haute marginalisation des femmes qui persiste encore dans notre pays.

Ce qui est à craindre, c’est demain. Il est grand temps que le Bénin avance, milite à une société plus juste, plus équitable, une société dans laquelle tous les postes pourront être attribués non pas en fonction de ce qu’il y a entre les cuisses, non pas en fonction du genre humain, mais en fonction de la compétence requise, des qualités exigées. Nous ne pouvons plus, en 2023, conscient du droit que chacun a de contribuer au développement de son pays, continuer à cultiver cet ostracisme criard qui souille la réputation de tout le peuple du Bénin et promeut ce que le philosophe Hountondji appelle la culture de la médiocrité « où des esprits qualifiés sont écartés parce qu’ils habitent une femme ».

Et cela commence, en ce qui concerne le secteur éducatif, par la mise en place, d’un système permettant et encourageant les jeunes filles, collégiennes ou étudiantes, victimes de viols ou de harcèlements de dénoncer anonymement leur bourreau. Et c’est le moment de saluer le rigorisme des sanctions mises en place par le gouvernant de la rupture pour sanctionner les relations entre enseignants/ professeurs et étudiantes. Aussi, il faudra démocratiser le secteur de l’audiovisuel et le toiletter de toute discrimination sexuelle parce que le harcèlement dans les coulisses d’une télévision nationale n’a rien d’impressionnant.

Il faut reconnaitre la bravoure de l’auteure Angela KPEIDJA qui a osé l’imaginable pour se faire entendre et la réaction du gouvernement qui prouve l’œil attentif qu’il a sur tout ce qui se fait et se dit sur les réseaux sociaux. C’est un grand mérite que l’auteure a, de pondre ce témoignage pour montrer, à travers ce livre qu’elle a écrit dans un niveau de langue très familier, un style très simple et un discours narratif et descriptif dépouillé de toute ambigüité, ces maux que vivent les Béninoises. Bris de silence est un livre que tout le monde doit lire, homme et femme, pour prendre connaissance de la gravité de la situation. Parce que la guérison d’une maladie commence le jour où l’on se reconnaît en être souffrant. Et surtout, parce que nos actes d’aujourd’hui, font la société de demain.

Edmond BATOSSI. Etudiant inscrit en philosophie à la Faculté des Sciences Humaines et Sociales FASHS et en Droit à la Facultés de Droit et des Sciences Politiques FADESP à l’Université d’Abomey-Calavi.

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4 commentaires

  1. Honoré Sodinyessi

    L’harcèlement sexuelle est a découragé jusqu’à la dernière rigueur dans tous les secteurs de notre cité. Merci pour cet apport introductif orientant vers ce livre bien pimenté.

  2. ADOH Pauline

    Avant tout propos, je salue les efforts de Edmond BATOSSI, pour cette présentation,voire, une incitation sur la lecture de ce roman. Nous devons actuellement, déceler le roman pour examiner, en prenant tout les reculs possibles pour lire, ce témoignage poignant, écoeurant, misérable, mais très réaliste, voire illustrative des fardeaux, des entraves que les femmes, les jeunes filles subissent toujours et partout, au cours de la réalisation de leurs personnalités. Même les femmes ou jeunes filles, n’allant pas à l’école du colon,en sont fréquemment victimes.

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