Le Tchad perd l’un de ses intellectuels et hommes d’État les plus marquants. L’écrivain et homme politique tchadien Antoine Bangui s’est éteint le 28 janvier 2026 à Vallon, en France, à l’âge de 92 ans. Il était né le 22 septembre 1933, dans le département de Kouh-Est, à Bodo, dans la région du Logone Oriental.
Figure emblématique de la vie politique et littéraire tchadienne, Antoine Bangui fut ministre au sein du premier gouvernement post-indépendance, sous la présidence de feu Ngarta Tombalbaye, père de l’indépendance du Tchad. Entre 1962 et 1972, il occupa plusieurs responsabilités gouvernementales, dont le poste stratégique de ministre des Affaires étrangères.
Son parcours politique fut cependant marqué par une rupture brutale avec le régime en place. Tombé en disgrâce, il fut emprisonné de 1972 à 1975, une épreuve fondatrice qu’il transformera plus tard en œuvre majeure. En 1980, il publie Le Prisonnier de Tombalbaye, livre devenu une référence incontournable de la littérature politique africaine, témoignage poignant sur la prison, l’arbitraire du pouvoir et la résistance intérieure.
Trois ans plus tard, en 1983, Antoine Bangui poursuit ce travail de mémoire avec Les Ombres de Kôh, un roman autobiographique qui retrace une large part de son enfance et éclaire les racines humaines et sociales de son engagement. À travers cette œuvre, l’écrivain revisite son parcours intime, donnant chair à une trajectoire forgée dans les tourments de l’histoire tchadienne.
Engagé jusqu’au bout, Antoine Bangui ne s’est jamais éloigné de la scène publique. Il fut candidat à l’élection présidentielle de 1996 et devint le chef du Mouvement pour la reconstruction nationale du Tchad (MORENAT), parti politique agréé, porteur d’une vision critique et réformatrice de l’État tchadien.
En 1999, il publie Tchad : élections sous contrôle (1996-1997), une analyse sévère et documentée du système politique sous le régime d’Idriss Déby, confirmant son rôle d’intellectuel engagé et de vigie démocratique.
Antoine Bangui laisse l’image d’un homme debout, fidèle à ses convictions, qui a su faire de l’écriture un prolongement du combat politique. Sa plume, à la fois lucide et courageuse, aura contribué à documenter l’histoire contemporaine du Tchad, à interroger le pouvoir et à transmettre aux générations futures une mémoire précieuse.
Aujourd’hui, une étoile s’est éteinte ici-bas, mais sa lumière demeure. Car un écrivain ne meurt jamais : il survit dans ses livres, dans ses idées et dans les consciences qu’il a éveillées.
Paix à son âme.
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