Le samedi 14 mars 2026, l’Association Bénin Excellence a organisé une nouvelle édition de son magazine mensuel « L’Invité » à la Bibliothèque Bénin Excellence de Zogbadjè. Débutée à 10h30, la rencontre a réuni plusieurs figures féminines du monde du livre autour du thème « Les femmes et la littérature », dans un contexte marqué par les célébrations du mois de mars, dédié à la fois aux droits des femmes et aux lettres. Animée par la bibliothécaire et journaliste culturelle Larissa Padonou, l’émission a accueilli comme panélistes Prudentienne Gbaguidi, consultante et formatrice en librairie ; Carmen F. Toudonou, autrice et communicatrice ; Anicette Hounhatohou, enseignante de français et promotrice littéraire ; Anicile A. Foundohou, auteure et juriste ; ainsi que Anna Bai Dangnivo Koty, professeure certifiée de lettres et lauréate du Grand Prix Littéraire du Bénin 2019.
Une réflexion sur la place des femmes dans l’écriture
Au cœur des échanges, les intervenantes ont interrogé le rôle et la place des femmes dans la création littéraire. Les discussions ont notamment porté sur la perception, parfois condescendante, dont souffre encore ce que certains qualifient de « littérature féminine ». Les panélistes ont rappelé qu’au fil de l’histoire, de nombreuses femmes ont été contraintes d’écrire sous anonymat ou d’emprunter des pseudonymes masculins afin d’être prises au sérieux dans le monde littéraire.
Cette réalité témoigne, selon elles, des obstacles culturels et symboliques qui ont longtemps freiné l’expression des femmes dans les espaces intellectuels. Pourtant, l’écriture apparaît aujourd’hui comme un puissant moyen pour les femmes de faire entendre leur voix, d’exprimer leurs expériences et de contribuer aux débats de société.
Dans cette perspective, Anna Bai Dangnivo Koty a souligné l’importance pour les femmes de s’engager davantage dans l’écriture. Selon elle, aussi bienveillants soient-ils, les hommes ne peuvent pleinement traduire les réalités vécues par les femmes ni proposer des solutions adaptées à leurs problématiques spécifiques. Pour la lauréate du Grand Prix Littéraire du Bénin 2019, la littérature constitue donc un espace privilégié d’expression et de transformation sociale.
Miss Littérature, un cadre d’expression pour les femmes
Prenant la parole à son tour, Carmen F. Toudonou est revenue sur les défis organisationnels et les enjeux liés à l’initiative Miss Littérature Bénin, un concours qu’elle a initié pour promouvoir la lecture et l’expression littéraire chez les jeunes filles.
Elle a expliqué que ce projet offre un cadre inédit permettant aux femmes de se positionner dans le champ littéraire, au Bénin comme dans l’espace francophone africain. Pour l’autrice, le débat autour des femmes et de la littérature ne doit pas être interprété comme une opposition entre hommes et femmes, mais plutôt comme un appel à une meilleure reconnaissance du potentiel et des contributions féminines dans le monde des lettres.
L’écriture comme outil d’émancipation
De son côté, Anicile A. Foundohou a insisté sur la nécessité pour les femmes de s’imposer par le travail, la lecture et la persévérance. Selon elle, c’est en s’investissant pleinement dans la production intellectuelle et littéraire que les femmes pourront affirmer leur indépendance et conquérir leur place dans les espaces de réflexion.
Elle a également rappelé que les livres constituent des outils essentiels d’apprentissage et de connaissance de soi. À titre d’exemple, elle a évoqué le cas des ouvrages spécialisés qui accompagnent les femmes à différentes étapes de leur vie, notamment pendant la grossesse, en leur offrant des conseils et des informations utiles pour leur santé et celle de leurs enfants.
Un appel à lire et à écrire davantage
La deuxième partie de l’émission, traditionnellement consacrée au choix de livres par les invités, a permis aux panélistes de partager quelques recommandations de lecture avec le public.
À cette occasion, Prudentienne Gbaguidi s’est dite préoccupée par la faible représentation des jeunes filles dans l’assistance. Elle a encouragé celles qui étaient présentes à devenir des porte-flambeaux de la lecture, en les exhortant à ne jamais cesser de lire et d’écrire pour exprimer leurs idées et leurs convictions.
Pour Anicette Hounhatohou, si les femmes occupent aujourd’hui une place de plus en plus visible dans la littérature, elles restent néanmoins sous-représentées. Elle a ainsi invité les participantes à poursuivre leurs efforts et à ne pas se satisfaire des progrès déjà accomplis.
Dans l’ensemble, les intervenantes ont convenu que l’expression des femmes à travers les livres ne doit pas être perçue comme une forme de rébellion contre la société. Il s’agit plutôt d’un processus légitime par lequel elles revendiquent leur droit à contribuer à la construction d’un monde plus équilibré et plus prospère. Selon elles, les femmes n’ont pas à quémander leur place : elles doivent la conquérir et la mériter par la rigueur, la recherche et l’excellence.
Une animation maîtrisée et un accueil chaleureux
Tout au long de l’émission, Larissa Padonou a su conduire les échanges avec la maîtrise et l’élégance qui caractérisent son animation depuis plusieurs années. Grâce à sa capacité à relancer les débats et à structurer les interventions, elle a permis aux discussions de se dérouler dans un climat à la fois dynamique et constructif.
Avant même le début du magazine, les invitées ont eu l’occasion de découvrir le cadre qui les accueillait à travers une visite guidée des lieux. Leur présence a été saluée par le chef du pôle bibliothèque de Zogbadjê, Camille Kpadonou, et son équipe, qui leur ont offert quelques présents en signe de reconnaissance.
La séance de questions-réponses avec le public, suivie de photos de famille, a marqué la clôture de cette édition aux environs de 13 heures.
Un magazine au cœur des enjeux culturels
Le choix du thème « Les femmes et la littérature » s’inscrivait dans un calendrier symbolique : le mois de mars est marqué par la Journée internationale des droits des femmes célébrée le 8 mars, mais aussi par la Journée internationale de la Francophonie et la Journée mondiale de la poésie célébrées respectivement les 20 et 21 mars de chaque année.
Dans ce contexte, l’équipe du magazine a souhaité mettre en lumière les contributions féminines à la littérature et encourager une plus grande participation des femmes dans la création et la diffusion du savoir.
Porté par l’ONG Bénin Excellence et la Fondation Vallet, le magazine « L’Invité » se tient le deuxième samedi de chaque mois dans l’un des espaces du réseau des bibliothèques Bénin Excellence. L’émission propose régulièrement des débats et des immersions sur des sujets variés, allant de la littérature à l’intelligence artificielle, en passant par l’écologie, l’apprentissage des langues ou encore les questions de société.
Par la qualité de ses échanges et la pertinence de ses thématiques, ce rendez-vous mensuel s’affirme progressivement comme un espace important de dialogue intellectuel et culturel au Bénin.





Laisser un commentaire