No Home : Yaa Gyasi

Dans No Home, Yaa Gyasi déploie une fresque puissante qui traverse l’histoire de l’esclavage depuis la Gold Coast du XVIIIᵉ siècle jusqu’à l’Amérique contemporaine, en suivant deux sœurs séparées par la violence coloniale et les destins opposés de leurs descendances.

Que retenir du livre No Home de Yaa Gyasi ?

Tout remontait au XVIIIème siècle, temps où l’esclavage faisait rage. Des flammes. Des crépitements. Un feu enragé qui avalait le village fanti avant d’atteindre un autre ashanti. Cette nuit-là, après la naissance de Effia, l’incendie vit la fuite de Maame, sa mère, la servante. 

La femme de son père, l’aimant Cobbe, prit la responsabilité de s’occuper d’elle. Baaba – ainsi se nomme cette femme aigrie – en fit voir des couleurs à la petite. Battue, martyrisée, l’enfant connaissait l’histoire de chacune des blessures de son corps frêle. 

Cela s’empira avec la naissance de Fiifi, son demi-frère. N’eût été la vengeance que son père lui assurait en battant Baaba à chaque fois qu’elle se défoulait sur elle, Effia se serait sentie beaucoup plus délaissée. Mais elle savait qu’en dépit des menaces et exactions de sa belle-mère, elle pouvait compter sur l’amour de son père. 

Mais la petite Fantie grandissait, Effia la Beauté fleurissait. Une beauté à nulle autre pareille qui attirait les regards. Une splendeur qui aurait dû appartenir à Abeeku, le chef du village. Mais la mauvaise foi de Baaba ne serait jamais tarie tant que la Beauté resterait dans ce village. 

C’est pour cela qu’elle s’arrangea pour la marier à un Européen, à la grande douleur de Cobbe qui ne put l’en empêcher. Ainsi, la belle Effia devint la femme de James Collins, l’un des traitants dans le commerce des esclaves ashantis. « Exilée » alors qu’elle était innocente, Effia partit pour Cape Coast. 

Lors d’une visite du fort de son mari, elle entendit provenir des grilles qui occupaient une partie de la cour et donnaient sur le sous-sol, de faibles bruits de pleurs. Elle comprit très vite qu’en dessous se trouvaient des hommes réduits à une condition animale, des êtres humains dépouillés de leur dignité. 

Mais ce qu’elle ignorait et qu’elle ne pouvait soupçonner, c’est que sa demi-sœur se trouvait aussi là. Esi, la fleur fanée par les mauvais traitements des soldats anglais. La jeune ashantie aurait dû être mariée depuis. Fille du Grand Homme alias Kwame Asare et de Maame qui a trouvé bonheur auprès de ce personnage bienveillant, elle avait tout pour être heureuse, Esi. 

Le respect, l’admiration et l’amour de ses parents. Mais la nuit de la descente aux enfers ne manqua pas au rendez-vous. Une nuit tranquille où Maame et Kwame étaient au comble de l’extase, leurs corps mêlés dans une danse frénétique et sensuelle. Une nuit cependant troublée par les trois cris symboliques de la présence de l’ennemi. 

Débandade dans tout le village. Maame refusa de fuir une fois encore, et devant l’insistance de sa fille, elle lui parla, à demi consciente, de sa demi-sœur, cette partie d’elle qu’elle ne connut jamais, et qu’elle ne connaîtra jamais. Esi finit par s’enfuir, encouragée par sa mère, mais n’échappa pas à la capture. 

Comme tous les fugitifs, elle fut arrêtée, enchaînée et conduite d’abord dans le village Fanti où Abeeku, chef du village et Fiifi les vendirent aux Anglais. Ils furent donc emmenés à Cape Coast. Dans la cellule des femmes, Esi vécut les pires moments qu’il soit donné à un être humain de vivre. 

Entre malpropreté, torture, viol, mort et pleurs, la jeune fille connut une autre version de l’humanité. Celle de la barbarie qui n’avait rien à voir avec la démonstration de non faiblesse de son père qu’elle ne revit plus jamais d’ailleurs depuis cette fameuse nuit. Elle fut par la suite déportée pour travailler comme esclave dans les plantations en Amérique.

Ainsi, nées de la même mère mais vivant dans deux univers complètement parallèles, Effia et Esi évoluèrent, chacune avec sa descendance, la première mieux favorisée, éduquée aux règles de la métropole, et la deuxième plus malchanceuse, victime des affres de l’esclavage, connaissant la séparation douloureuse de la déportation et constamment remise en question à cause de sa couleur de peau. 

Et par le concours des manigances de Mère Nature, deux branches de cet arbre se connurent enfin. La descendante d’Effia, Marjorie, rencontra Marcus, celui de l’aïeule Esi. Deux êtres aux antipodes qui se lièrent d’amitié. Qui comprirent qu’ils étaient frères grâce à une descente dans l’histoire.

Note critique 

« Je parle de vous et moi. Je parle de nos quotidiennetés d’hier à aujourd’hui quand ma plume s’encre dans le sang de mes personnages. » Telle est la sentence que distille implicitement l’œuvre de Yaa Gyasi. En réalité, elle nous fait plonger, avec une plume héritée de Morrison, dans le vécu d’une grande famille de la Gold Coast de ce temps, déchirée et brisée par la sauvagerie humaine. 

Un récit poignant, voyage intemporel vers le siècle de l’esclavage. Explorant toutes les thématiques liées à ce sujet de l’histoire de notre continent, son incroyable saga est à dévorer sans modération.

Trinité Assiba GNANSOUNOU,

Ce texte a été produit dans le cadre des challenges de lecture Je Lis Chaque Jour – édition 2024.

Références

  • Titre : No Home
  • Auteure : Yaa Gyasi
  • Maison d’édition : Calmann-Lévy
  • Année de parution : 2017
  • Genre : Roman
  • Auteur du texte : Trinité Assiba GNANSOUNOU
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