Les 20 et 21 août 2026, la Bibliothèque Bénin Excellence de Godomey accueillera une foire littéraire consacrée à Paris attendra, le roman d’Ezin Pierre DOGNON. À cette occasion, l’auteur revient sur le sens de cette initiative, les grandes questions qui traversent son œuvre, l’influence de son parcours artistique et universitaire sur son écriture, ainsi que ses attentes pour ces deux journées placées sous le signe de la rencontre, du livre et du dialogue avec les lecteurs.
À l’occasion de la foire littéraire autour de son roman Paris attendra
Les 20 et 21 août prochains, une foire littéraire sera entièrement consacrée à Paris attendra. Que représente pour vous cette initiative et qu’attendez-vous de cette rencontre avec les lecteurs à la Bibliothèque Bénin Excellence de Godomey ?
DEP : Il y a quelque chose d’assez vertigineux là-dedans. On écrit un livre généralement seul, parfois pendant des mois ou des années, et un jour ce même livre devient un prétexte pour réunir des personnes qui, sans lui, ne se seraient probablement jamais rencontrées. C’est cela que représente cette Foire pour moi. Paris attendra en est le point de départ, mais l’ambition dépasse largement mon roman. Les 20 et 21 août, à Bénin Excellence de Godomey, nous voulons faire dialoguer des écrivains, des lecteurs, des artistes, des entreprises, des médias, des jeunes et des personnes qui ne fréquentent pas nécessairement les espaces littéraires. Et j’attends beaucoup de la rencontre physique avec les lecteurs. Les réseaux sociaux donnent des chiffres : des vues, des commentaires, des partages. Mais ils ne vous donnent pas toujours les visages. Là, quelqu’un pourra venir me dire : « Cette page m’a dérangé », « Je n’ai pas compris ceci », « Je ne suis pas d’accord avec vous » ou simplement : « Je me suis reconnu là. » C’est à cet endroit que le livre commence une deuxième vie. Je voudrais donc que ces deux journées soient moins une célébration de Paris attendra qu’une mise en circulation de la parole autour du livre.
Votre roman plonge le lecteur dans une histoire où se croisent exil, injustice, corruption, amour et résilience. Quel message essentiel souhaitez-vous transmettre à travers le parcours de De Medeiros ?
DEP : Je me méfie un peu du « message » unique, parce qu’un roman qui dit exactement au lecteur ce qu’il doit retenir ressemble parfois davantage à une leçon qu’à une œuvre littéraire. De Meideros est un homme qui croit encore maîtriser sa trajectoire. Il a des projets, un vol à prendre, une personne qu’il aime, une vie qui l’attend ailleurs. Puis, soudainement, tout bascule.
C’est cette fragilité du destin qui m’intéresse : il suffit parfois de quelques heures pour que la vie que nous avions minutieusement organisée cesse de nous obéir. Mais que reste-t-il lorsque tout échappe à notre contrôle ? C’est là, pour moi, que commence véritablement Paris attendra. De Meideros peut être privé de mouvement, confronté à l’arbitraire, à l’humiliation, à la peur ou à l’incertitude ; il lui reste pourtant un territoire que personne ne peut entièrement confisquer : sa conscience. Il pense. Il écrit. Il aime encore. Il imagine. Il essaie de comprendre. C’est pourquoi je ne réduirais pas le livre à un roman sur l’injustice ou la corruption. C’est aussi un roman sur la dignité intérieure. Sur cette petite part de soi qu’il faut essayer de préserver lorsque tout le reste vacille. Et si un jeune lecteur devait retenir quelque chose, ce serait peut-être ceci : protégez votre conscience autant que vos ambitions. Parce que la réussite ne se mesure pas seulement à l’endroit où l’on arrive, mais aussi à ce que l’on refuse de perdre en chemin. Cette idée traverse déjà très fortement la construction philosophique du personnage.
Le roman est préfacé par Olympe Bhêly-Quenum, tandis que le Professeur Bienvenu Koudjo et l’artiste Tita Nzebi saluent sa portée citoyenne. Comment avez-vous accueilli ces regards croisés sur votre œuvre et qu’apportent-ils, selon vous, à sa lecture ?
DEP : Avec beaucoup d’humilité, d’abord, parce qu’une fois qu’un livre est publié, l’auteur perd une partie de son autorité sur lui. Les autres commencent à y voir des choses que lui-même n’avait parfois pas complètement conscientisées. Et c’est précisément ce qui m’intéresse dans ces trois regards : ils ne lisent pas le même livre. Olympe Bhêly-Quenum arrive avec l’expérience d’un siècle, une mémoire littéraire et une profondeur historique extraordinaires. Le professeur Bienvenu Koudjo regarde aussi l’architecture intellectuelle et philosophique du texte. Tita Nzebi, artiste, compositrice et interprète, l’aborde avec une autre sensibilité, plus immédiatement liée à ce que le texte fait ressentir. J’ai donc autour de Paris attendra trois portes d’entrée : la mémoire, la pensée et le sensible. Et aucune de ces voix ne vient dire au lecteur : « Voici ce que vous devez comprendre. » Elles lui disent plutôt : « Voici ce que, moi, j’ai entendu. Maintenant, entrez. » C’est très important pour moi parce que je ne souhaite pas emprisonner mon propre roman dans mon interprétation. Si dix personnes lisent Paris attendra et qu’elles en sortent avec dix questionnements différents, le livre a peut-être mieux réussi sa mission que si elles en ressortaient toutes avec ma propre conclusion. C’est d’ailleurs ce que j’avais appelé ailleurs une forme de « triangulation » : mémoire, analyse et sensation, avec le lecteur au centre.
Vous êtes à la fois musicologue, enseignant, slameur et écrivain. En quoi votre parcours artistique et universitaire influence-t-il votre manière d’écrire et de raconter des histoires comme Paris attendra ?
DEP : Je crois que toutes ces dimensions se surveillent mutuellement lorsque j’écris. Le chercheur demande : « Est-ce que ce que tu racontes tient debout ? » L’écrivain répond : « Oui, mais laisse-moi rêver un peu. » Le slameur intervient : « Tout cela est très bien, mais est-ce que ça sonne ? »
Et l’enseignant finit par demander : « Est-ce que quelqu’un d’autre que toi va comprendre ? » (Sourire.) C’est peut-être cela, mon écriture. La recherche m’a donné le goût de la construction et de la profondeur. La musicologie m’a appris à penser en termes de rythme, de motifs, de variations, de tension et même de silence. Le slam m’a appris l’efficacité du mot : sur scène, une phrase qui ne touche personne ne peut pas se cacher derrière une note de bas de page. Et la littérature me donne la liberté de réunir tout cela. C’est aussi pour cette raison que je peux me permettre certaines expérimentations dans Paris attendra. La chronologie se fracture, des motifs reviennent, le silence de Samira prend presque autant de place que la parole de De Meideros, et même l’objet-livre est interrogé à travers le Narrative Placement™ et les pages volontairement soustraites au récit. Finalement, je ne sais pas vraiment où s’arrête le musicologue et où commence l’écrivain. Et je préfère ne pas le savoir.
Quel message souhaitez-vous adresser aux lecteurs, aux amoureux du livre et au grand public afin de les inviter à venir découvrir Paris attendra et à participer à cette foire littéraire des 20 et 21 août ?
DEP : Je voudrais justement m’adresser à ceux qui aiment les livres, mais aussi et peut-être surtout à ceux qui pensent que les foires littéraires ne sont pas faites pour eux. Venez. Vous n’avez pas besoin d’avoir lu Paris attendra. Vous n’avez pas besoin d’être écrivain. Vous n’avez même pas besoin d’être ce qu’on appelle un « grand lecteur ». Venez simplement avec votre curiosité.
Les 20 et 21 août, de 9 heures à 17 heures, à Bénin Excellence de Godomey, vous pourrez rencontrer des auteurs, découvrir des livres, échanger avec des entreprises partenaires, écouter des artistes, assister aux animations et prendre part à cette expérience que nous avons volontairement pensée à la croisée de la littérature, de la musique, de la création et de la rencontre. Et j’aimerais particulièrement voir des parents venir avec leurs enfants. Parce que si nous voulons une société qui lise davantage demain, nous devons arrêter de présenter le livre aux jeunes uniquement comme quelque chose qu’il faut étudier. Un livre doit aussi être un endroit où l’on entre par plaisir. Alors venez les 20 et 21 août. Paris attendra porte bien son nom : Paris peut attendre. Mais ces deux journées à Godomey, elles, n’attendront personne.





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