Ce mercredi 02 Septembre 2026, la salle d’animation de la Bibliothèque du Bénin a accueilli un nouveau rendez-vous des cafés littéraires Parole d’auteurs. Pour ce 5ème numéro, l’écrivaine béninoise Cécile AVOUGNLANKOU était invitée pour faire découvrir le contenu de sa pièce théâtrale Mes poupées noires, noires publiée aux éditions Bénin Livres en 2022.
Au cœur des échanges, la négritude, l’identité culturelle et la transmission des savoirs et valeurs ancestrales.
La négritude comme socle du roman
Enseignante de français, l’autrice raconte comment dans la quête d’avoir des outils pour enseigner la négritude à ces elèves de la classe de 1ère.Son exploration la conduira à la découverte du livre Pigments de Léon Gontran Damas publié aux éditions Présence Africaine.
Dans ce livre, elle tombera sur le poème Limbé qui la marquera profondément. D’ailleurs les premiers mots de ce poème Mes poupées noires inspirera plus tard le choix du titre de son ouvrage : Mes poupées noires, noires .
S’enraciner pour mieux se construire
Comment parler de fierté africaine si nous ne sommes pas fiers de porter nos cheveux ? Comment travailler l’estime d’un enfant africain s’il ne sait pas, s’il n’a pas conscience que le GPS, les deux tricolores, le fer à repasser, le réfrigérateur sont des inventions noires. Pourquoi accepter ce qui vient de l’ailleurs si on a pas cherché à comprendre, à connaître sa civilisation ?
Voilà autant de questions que l’autrice a soulevées lors de ces rencontres.
Pour elle, le retour aux valeurs ancestrales, l’enracinement, l’affirmation de notre identité noire est impératif dans ce nouveau monde. Qu’avez vous à apprendre aux autres ? L’église, ils connaissent déjà ? Le Jean, ils l’ont créé ? Qu’est ce qui fait la singularité du peuple noire ? C’est les danses, c’est les cérémonies de sorties, c’est la manière de s’habiller. Pour Cécile AVOUGNLANKOU, il est impératif de retourner aux sources, d’apprendre aux enfants l’acceptation de soi, l’acceptation de sa culture, la valorisation du patrimoine, leur permettre de connaître leur civilisation et de faire des choix de vie personnelle.
Des figures historiques comme modèles de résistance.
Cécile AVOUGNLANKOU évoque entre autres des figures historiques et actuelles de l’histoire et de la culture noire : Soundjata Keïta, Mansa Moussa, Behanzin, Nina Simone, Angela Davis, Miriam Makeba, Angélique Kidjo, Martin Luther King, Cheikh Anta Diop, …
L’autrice explique qu’il faut travailler l’estime de soi, la personnalité des jeunes et des enfants. L’histoire peint une image assez négative, réducteur des africains. Convoquer ces personnages, c’est rappeler l’histoire. Rappeler qu’en dépit de l’esclavage, de la colonisation et de tous les maux que l’Afrique a connu, il y a eu des résistances. C’est montrer aux jeunes que des gens ont porté cette lutte d’identité avant eux. C’est pouvoir leur donner des modèles à qui s’identifier et questionner ces modèles. C’est pour elle une manière de créer le déclic chez les jeunes.
L’enseignant, passeur de mémoire et modèle
Enseigner le cours de la négritude à l’élève, c’est pouvoir selon l’autrice être soi-même fier d’être noir malgré les stéréotypes. C’est être suffisamment à l’aise avec les valeurs prônées par ce courant et pouvoir les transmettre fidèlement en dépit de ses propres biais.
Enseigner la négritude nécessite et exige une totale objectivité de la part de l’enseignant.
Ce dernier devient lui-même un transmetteur de la mémoire et un modèle pour l’apprenant.
Cécile AVOUGNLANKOU ne déroge pas à cette règle. Il suffit de la regarder, de l’écouter pour comprendre qu’elle est et vit ce qu’elle enseigne.
L’autrice a également abordé des thématiques comme l’oralité, l’importance de laisser les enfants parler les langues maternelles. La question de la religion, de la tradition et de la perception sociale sur ces deux questions ont été aussi au cœur des échanges.
La parole laissée au public a suscité un moment de réflexion et de critique sur la tradition. Dans ce sens la question de l’excision a été abordé. L’autrice a expliqué son traumatisme lié à cette pratique alors même qu’elle n’était pas l’excisée mais qu’elle a vécu le calvaire d’une amie.
Les cheveux au cœur de cette pièce de théâtre, les participants ont ouvert le débat sur le port de cheveux par les hommes. Pour le public, si l’on parle de fierté africaine, il faudra déconstruire les préjugés autour du port des cheveux par les hommes et donc éduquer la société.
Les échanges ouvrent des perspectives sur le retour aux sources, à l’appropriation des valeurs africaines mais appellent aussi à la déconstruction, au retrait, au bannissement de certaines pratiques exhibées au nom de la tradition et de cette fierté africaine.





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