À l’heure où les sommets internationaux s’enchaînent sur les crises migratoires, il est temps de briser le tabou. La jeunesse africaine ne fuit pas par goût de l’aventure, elle est expulsée de l’intérieur par des systèmes politiques et sociaux qui ont transformé l’espérance en un luxe inaccessible. Un réquisitoire contre l’hypocrisie des élites.
Arrêtons l’hypocrisie
Les jeunes Africains ne sont pas des aventuriers. Ils ne sont pas inconscients. Ils ne sont pas impatients. Ils sont, dans leur immense majorité, des expulsés. Oui, expulsés de l’intérieur.
Expulsés par des systèmes qui ne leur laissent aucune place. Expulsés par des élites qui ont confisqué l’avenir. Expulsés par des États incapables — ou refusant — de créer les conditions minimales de la dignité humaine. Et après ce constat amer, on ose encore parler de « fuite des cerveaux » ?
Soyons sérieux : ce n’est pas une fuite. C’est une évacuation massive. Une évacuation forcée d’une jeunesse que l’on a méthodiquement découragée, humiliée, puis épuisée.
Le mérite assassiné par le privilège
Regardons la réalité en face : dans beaucoup de nos pays, le travail ne garantit plus rien. Le talent ne protège de rien. Le diplôme n’est plus un levier, mais un morceau de papier qui s’empoussière.
Ce qui compte désormais ? Les relations. Les réseaux. Les arrangements. Les loyautés intéressées. Voilà le vrai système. Et l’on voudrait que les jeunes restent pour jouer à un jeu dont les règles sont truquées dès le départ ? C’est une insulte à leur intelligence.
On leur parle de patriotisme, mais quel patriotisme exige-t-on d’une génération que l’on prive de perspectives ? On leur parle de sacrifice, mais sacrifice pour qui ? Pour des systèmes qui dévorent leurs enfants pour nourrir l’opulence d’une minorité ?
Une responsabilité africaine avant tout
Un pays qui n’investit pas dans sa jeunesse est un pays qui organise, de manière préméditée, son propre naufrage. Ce n’est pas un accident ; c’est une conséquence directe. Le plus grave est que tout le monde le sait : les dirigeants, les institutions, les élites. Mais rien ne change. Pourquoi ? Parce que l’échec collectif nourrit des réussites individuelles bâties sur le verrouillage des opportunités.
Pendant que les jeunes traversent le désert, d’autres traversent les budgets. Pendant que certains meurent en mer, d’autres prospèrent dans l’impunité la plus totale. Il faut avoir le courage de le dire : ce sont nos propres systèmes qui fabriquent les migrants clandestins. Pas l’Europe. Pas l’Occident. Nous. Parce qu’un jeune qui a une vraie opportunité ne risque pas sa vie sur un canot pneumatique. Un jeune qui croit en son pays ne fuit pas dans l’obscurité. Un jeune respecté ne va pas mendier sa dignité sous d’autres cieux.
Le drame commence dans nos administrations
Le drame, ce n’est pas la mer. La mer n’est que le cimetière final. Le drame commence bien avant : il commence dans nos ministères, dans nos politiques publiques défaillantes, dans nos silences complices. Tant que nous refuserons d’assumer cette responsabilité, nous continuerons à pleurer des morts que nous aurions pu éviter. La solution n’est pas de fermer les frontières des autres, mais d’ouvrir l’avenir chez nous.
Cela exige un courage que nous n’avons pas encore montré : le courage de réformer réellement, de bousculer les privilèges et de mettre fin à la confiscation du futur. Sans cela, soyons honnêtes avec nous-mêmes : nous ne sommes pas en train de perdre notre jeunesse.
Nous sommes en train de la sacrifier.
Par Tossoukpe Frédéric Herman
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