Dans la soirée du samedi 27 juin 2026, l’Université d’Abomey-Calavi a servi de cadre au lancement-spectacle de L’ombre des aveux manquants, la première pièce de théâtre de l’auteur béninois Withiney Osnel Nonvignon Adounsiba. Plus qu’une simple cérémonie de présentation d’ouvrage, l’événement s’est transformé en une véritable célébration du théâtre, de la littérature et de la création artistique béninoise. Amis, proches, acteurs du monde culturel, amoureux des lettres et du spectacle vivant ont effectué le déplacement pour découvrir cette œuvre publiée aux Éditions Encres Universelles, mais également pour partager un moment d’émotion autour d’un auteur dont le parcours témoigne de la force de la passion et de la persévérance.
Une aventure éditoriale née de « Conte-Moi l’Afrique »
Prenant la parole au nom du président de l’Association Écrivains Humanistes et directeur des Éditions Encres Universelles, Camille Segnigbinde, empêché, le Dr Catira Dodo est revenu sur la genèse de cette publication.
Il a rappelé que cette cérémonie constitue l’aboutissement d’un processus entamé il y a près de deux ans, à l’occasion de la troisième édition du programme « Conte-Moi l’Afrique », organisé en 2024 par l’Association Écrivains Humanistes. À l’issue de cette initiative, plusieurs finalistes, dont Osnel Adounsiba, avaient bénéficié de bons d’édition.
Pour les Éditions Encres Universelles, la publication de L’ombre des aveux manquants s’inscrit dans une volonté constante de révéler et d’accompagner les jeunes talents littéraires béninois et africains afin de contribuer au rayonnement des lettres du continent sur les scènes nationale et internationale.
Le représentant de la maison d’édition a ainsi souhaité une belle carrière d’écrivain au nouvel auteur et plein succès à cette première pièce de théâtre.
Un homme de scène avant d’être un auteur
La présentation de l’ouvrage a été assurée par Chimène Fifamè Fagbohoun, dans une intervention à la fois littéraire et biographique, qui a permis au public de mieux comprendre la personnalité et l’univers créatif de l’auteur.
Elle est revenue sur les premiers pas artistiques d’Osnel Adounsiba. Dès l’âge de sept ans, au sein d’un groupe de jeunes de la paroisse Saint-François Xavier, il découvre le théâtre. Sa présence assidue et son aisance sur scène lui valent très tôt d’incarner le rôle de Jésus lors des représentations dominicales, au point d’être affectueusement surnommé « Petit Jésus » par ses aînés.
Cette passion ne le quittera plus. Malgré certaines inquiétudes familiales face aux exigences du milieu artistique, le jeune Osnel fait le choix de concilier études et pratique théâtrale. Chaque semaine, il parcourt de longues distances pour rejoindre son groupe et nourrir sa vocation. Son parcours connaît un tournant décisif en 2015 lorsqu’il rejoint la troupe Les Optimistes.
D’abord figurant dans les concours organisés à Radio Bénin Culture, il se fait véritablement remarquer le jour où, face à un texte de quatre pages que personne ne parvenait à mémoriser, il relève le défi de l’apprendre en moins de vingt minutes avant de livrer une prestation saluée par tous et de conduire sa troupe à la victoire.
Ce jour-là, expliquera la présentatrice, ses pairs découvrent non seulement un comédien, mais également un véritable conteur.
Une plume nourrie par la scène et la vie
Autodidacte, enrichi au contact de plusieurs mentors et par diverses formations, Osnel Adounsiba est aujourd’hui un encadreur culturel, mais aussi un artiste aux multiples casquettes : slameur, conteur, acteur de théâtre et désormais auteur publié.
Son goût pour l’écriture remonte aux années collège, où plusieurs de ses enseignants voyaient déjà en lui une âme littéraire. Après un baccalauréat scientifique obtenu avec mention et une licence en analyse biomédicale, il poursuit discrètement son aventure avec les mots.
Sa consécration littéraire débute véritablement grâce au programme « Conte-Moi l’Afrique », qui invitait les candidats à produire des contes intégrant les Objectifs de Développement Durable liés à la préservation de l’environnement.
Son texte intitulé Sèdo-gbêtin lui permet de se classer parmi les finalistes d’Afrique de l’Ouest et de décrocher la deuxième place au niveau national. Son conte est publié aux côtés de neuf autres textes dans le recueil collectif Le Pacte rompu, édité chez Encres Universelles.
Le bon d’édition obtenu à cette occasion devient alors le précieux sésame qui conduira à la publication de L’ombre des aveux manquants.
Une pièce née de l’observation des blessures du silence
Derrière cette œuvre se cache une profonde introspection.
En observant le parcours de ses propres parents, Osnel Adounsiba a très tôt pris conscience du pouvoir destructeur des non-dits dans la vie de couple. Il a vu comment l’absence de communication authentique pouvait progressivement éroder les fondations les plus solides et conduire à des ruptures qui auraient peut-être pu être évitées.
C’est cette expérience intime qu’il choisit de transposer dans son œuvre à travers les personnages de Sèdjro et Houéfa. Loin de toute opposition simpliste entre victimes et bourreaux, l’auteur met en scène deux êtres profondément humains, fragiles et imparfaits.
Sèdjro apparaît comme un homme qui fuit certaines responsabilités et tente de minimiser ses erreurs, dissimulant derrière cette attitude une profonde insécurité. Houéfa, quant à elle, est une femme déterminée, blessée et lucide, qui cherche moins à détruire qu’à comprendre et à sortir de la solitude affective qui la ronge.
À travers ce huis clos conjugal d’une grande intensité dramatique, l’auteur explore les thèmes universels du mensonge, de la quête de validation, de la fragilité des relations humaines et surtout du manque de communication dans le couple moderne.
Une écriture au fort potentiel scénique
Selon Chimène Fifamè Fagbohoun, l’écriture d’Osnel Adounsiba se distingue par sa fluidité, sa sincérité et son caractère profondément humain. Le dialogue est vif, moderne et percutant. Les répliques, tantôt courtes, tantôt plus longues, reproduisent avec justesse la dynamique des disputes réelles et maintiennent la tension dramatique jusqu’à la fin.
La pièce est construite en trois tableaux et exploite un espace scénique volontairement restreint pour matérialiser la distance invisible qui s’est progressivement installée entre les deux époux. Le texte rappelle finalement une vérité simple mais fondamentale : dans un couple, communiquer ne suffit pas ; il faut également parvenir à se comprendre.
L’ombre des aveux manquants nous rappelle ainsi que l’ombre qui menace le plus souvent les relations n’est pas nécessairement l’infidélité physique, mais plutôt le poids des non-dits, des aveux différés et des silences partagés.
Une œuvre portée à la scène
La cérémonie s’est poursuivie par les témoignages de plusieurs amis et proches de l’auteur, qui ont tour à tour salué ses qualités humaines, sociales et intellectuelles. L’un des moments forts de la soirée a sans doute été la représentation-spectacle de la pièce par un duo d’artistes particulièrement talentueux. Cette mise en scène a permis au public de vivre concrètement l’univers de l’œuvre et d’en percevoir toute la puissance émotionnelle.
Les réactions du public, faites d’émotions, d’admiration et de longues salves d’applaudissements, ont témoigné de l’intérêt suscité par cette création. Prenant enfin la parole, Osnel Adounsiba est revenu sur son rapport au théâtre, à l’écriture et à ses différentes pratiques artistiques. Il a exprimé sa gratitude à toutes les personnes présentes pour leur affection et leur soutien, sans oublier l’équipe ayant assuré la représentation scénique de son texte.
L’auteur a également laissé entrevoir la possibilité de mettre en place une tournée autour de cette pièce afin de permettre à un public plus large de découvrir l’univers de L’ombre des aveux manquants. La soirée s’est achevée par une vente à l’américaine qui a permis de céder le premier exemplaire du livre à 104 500 FCFA, avant une séance de dédicaces particulièrement conviviale.
Publié aux Éditions Encres Universelles, L’ombre des aveux manquants est d’ores et déjà disponible en librairie, auprès de l’éditeur et de l’auteur au prix de 2 500 FCFA.
Renseignements : +229 01 97 70 01 05 / +229 01 62 03 70 29.





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