L’auditorium de l’Institut français du Bénin a accueilli, le mercredi 1er juillet 2026, le lancement officiel de DOKOUN, la nouvelle bande dessinée de l’auteur et dessinateur béninois Constantin Adadja. Organisée dans le cadre du rendez-vous littéraire « Le Canapé Littéraire », animé chaque premier mercredi du mois et modéré pour cette édition par Jérôme Tossavi, la rencontre a réuni passionnés de livres, amateurs de bande dessinée, dessinateurs et curieux autour d’une œuvre qui se distingue par sa dimension historique et patrimoniale.
Le titre même de l’ouvrage est déjà une invitation à l’appropriation. « Dokoun », qui renvoie à la notion d’héritage et de trésor dans l’univers culturel d’Abomey, a été choisi pour parler directement aux Béninois et susciter un lien immédiat avec la thématique abordée.
Une histoire des trésors royaux racontée autrement
DOKOUN est une œuvre consacrée aux trésors royaux du Bénin, à leur départ du territoire national et à leur retour plus d’un siècle plus tard. Pour Constantin Adadja, il était important d’utiliser le langage de la bande dessinée pour raconter cette histoire et la rendre accessible au plus grand nombre.
L’auteur a expliqué que le projet a connu plusieurs vies avant de devenir la bande dessinée présentée au public. L’idée est d’abord née sous la forme d’un dessin animé. Puis, le projet a évolué vers la bande dessinée, nécessitant de nombreuses adaptations et modifications pour lui donner une identité profondément béninoise.
« Nous savons comment les œuvres sont parties et comment elles sont revenues, mais nous nous sommes également intéressés à ce qu’elles ont vécu pendant plus de 128 ans », a-t-il expliqué.
L’ouvrage se veut à la fois un objet de divertissement et un document de transmission. Images d’archives, coupures de presse, illustrations et personnages de fiction s’entremêlent pour offrir au lecteur une expérience de lecture originale qui plonge au cœur de l’histoire tout en suscitant la réflexion.
Une couverture chargée de symboles
La première de couverture de DOKOUN est dominée par le rouge. Un choix assumé par l’auteur. « Le rouge attire l’attention. Il évoque aussi le sang et la terre d’Abomey. Mais surtout, il traduit l’importance du message porté par cette œuvre », a-t-il précisé.
Loin d’être un simple choix esthétique, cette couleur participe ainsi pleinement au discours de la bande dessinée et rappelle le caractère sensible et mémoriel de la question patrimoniale.
De caricaturiste à auteur de bande dessinée
Au cours des échanges, le public a également découvert le parcours de Constantin Adadja. Son talent pour le dessin s’est révélé très tôt, presque par surprise. « Je ne savais pas que je pouvais dessiner. C’est en observant un voisin dessiner par terre, puis à l’école, en nous mesurant entre camarades, que l’envie de progresser m’a conduit vers l’univers du dessin », a-t-il raconté.
Lauréat d’un concours organisé par la Fondation Zinsou, il a progressivement intégré l’univers professionnel du dessin avant de rejoindre une association de dessinateurs et de devenir caricaturiste de presse au journal. Ce parcours l’a finalement conduit vers la bande dessinée.
L’auteur a également tenu à distinguer les différents métiers de l’image.
« Le dessin ne se spécialise pas forcément. La caricature, elle, possède ses codes et une dimension plus journalistique puisqu’elle accompagne souvent le travail des médias. Quant à la bande dessinée, elle obéit également à des codes précis et suppose une véritable compréhension du langage narratif », a-t-il expliqué.
Il a rappelé qu’en bande dessinée, le travail repose souvent sur la collaboration étroite entre scénariste et dessinateur. Une expérience qu’il a lui-même vécue et qui lui a permis de mieux comprendre les exigences du métier.
Une œuvre collective et documentaire
Le projet DOKOUN est aussi le fruit d’un travail collectif. Plusieurs jeunes dessinateurs formés au sein des Studios de Ouidah ont participé à sa réalisation sous l’impulsion de TARDIVEL et de l’équipe de Bénin BD.
L’ouvrage se distingue également par sa forte approche documentaire. Les sources utilisées sont en grande partie mentionnées dans la bande dessinée, permettant aux lecteurs de vérifier les informations et d’approfondir leurs connaissances.
Pour Constantin Adadja, cette démarche est essentielle.
« Nous avons voulu mettre une documentation à la disposition des lecteurs et montrer que la bande dessinée n’est pas uniquement destinée aux enfants. Elle peut aussi s’adresser aux adolescents, aux jeunes adultes et aux adultes », a-t-il affirmé.
Le public visé est donc particulièrement large, même si l’auteur reconnaît avoir pensé en priorité aux Béninois, notamment aux préadolescents à partir de 12 ans, aux adolescents et aux jeunes adultes.
Une bande dessinée au service du patrimoine
L’auteur s’est dit agréablement surpris par l’accueil réservé à cette première bande dessinée béninoise consacrée spécifiquement à la question patrimoniale. Il espère qu’elle ouvrira la voie à d’autres créations sur des sujets historiques et culturels encore peu explorés.
« Les œuvres patrimoniales permettent à la jeunesse de mieux comprendre son histoire. Il y a encore beaucoup de sujets à aborder », a-t-il estimé.
Cette volonté de transmission est également au cœur du projet éditorial de Bénin BD. Face aux difficultés rencontrées par la bande dessinée auprès des maisons d’édition traditionnelles, Constantin Adadja et son équipe ont fait le choix de créer leur propre structure afin de combler un vide et offrir un cadre de publication aux auteurs béninois.
Les défis de la production et de la diffusion
L’auteur n’a pas éludé les difficultés auxquelles reste confrontée la bande dessinée au Bénin, notamment en matière d’impression.
« La qualité de l’impression demeure un véritable défi. Les imprimeurs capables de proposer des rendus de qualité sont rares », a-t-il regretté.
Bénin BD ambitionne désormais de proposer des albums cartonnés de très belle facture et de renforcer la diffusion des œuvres au-delà des frontières béninoises.
Les premiers retours des libraires et diffuseurs sont d’ailleurs très encourageants.
« Nous avons reçu de belles réactions. Cela nous conforte dans l’idée que nous avons eu raison de miser sur cette bande dessinée. C’est un sujet qui intéresse tout le monde », s’est réjoui l’auteur.
Des échanges riches avec le public
La seconde partie de la rencontre a été consacrée aux questions du public. Formation des jeunes dessinateurs, adaptation au format webtoon, visibilité sur les réseaux sociaux, protection des projets contre le plagiat, choix du titre, traduction des réalités culturelles locales ou encore avenir du secteur de la bande dessinée au Bénin : les échanges ont été nombreux et particulièrement interactifs.
Constantin Adadja a notamment insisté sur la nécessité de travailler avec des personnes de confiance, de protéger les projets en cours et de toujours chercher à améliorer la qualité de ses créations. Il a également réaffirmé sa conviction que la bande dessinée constitue un formidable outil de transmission des savoirs et de diffusion de la pensée.
La soirée s’est achevée dans une ambiance conviviale, l’auteur remerciant chaleureusement le public d’avoir effectué le déplacement malgré la saison pluvieuse.
À travers DOKOUN, Constantin Adadja signe une œuvre ambitieuse qui conjugue mémoire, histoire, patrimoine et création graphique. Plus qu’une simple bande dessinée, l’ouvrage se présente comme une invitation à redécouvrir une partie essentielle de l’histoire béninoise et à se réapproprier un héritage commun à travers le pouvoir des images et du récit.





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