Avec Les mystérieuses lettres de Ouidah, Frédéric Herman Tossoukpè invite le lecteur à un voyage poignant au cœur de Ouidah, ville chargée d’histoire et de mémoire. Entre secrets enfouis, héritages familiaux et blessures du passé, l’auteur tisse un récit sensible où la quête de vérité devient aussi une quête de paix intérieure. À travers les destins d’Adissa Kora et d’Éloi Mensah, ce roman explore les liens invisibles qui traversent les générations, rappelant que la mémoire, lorsqu’elle est partagée, peut devenir une force de reconstruction. Un récit émouvant et profondément humain, où le passé n’est plus un poids, mais une racine pour mieux avancer.
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À Ouidah, ville de mémoire et de vent salé, Adissa Kora vivait face à l’océan Atlantique. Elle tenait une petite librairie près de la Route des Esclaves, héritée de son père Mathurin Kora. Chaque matin, elle ouvrait la porte en parlant aux absents comme s’ils pouvaient encore l’entendre.
Un jour de saison sèche, Éloi Mensah, journaliste venu de Cotonou, entra dans la librairie. Il enquêtait sur des lettres anciennes retrouvées dans une maison coloniale d’Abomey. Dès leurs premiers échanges, Adissa sentit que cet homme portait une blessure silencieuse.
Les lettres parlaient d’un certain Sessi Tossou, arraché à sa famille au XVIIIᵉ siècle. Elles mentionnaient un fromager sacré planté à Ouidah, témoin de serments et de séparations. Adissa reconnut ce lieu, car sa grand-mère Maman Naya lui en avait souvent parlé.
Guidés par la mémoire orale, Adissa et Éloi se rendirent au fromager situé derrière le Temple des Pythons. Là, le sol semblait encore chargé de pas anciens et de prières étouffées. Éloi avoua que Sessi Tossou était son ancêtre direct.
Cette révélation bouleversa Adissa, car son propre nom apparaissait aussi dans les lettres. Les Kora avaient caché une partie de l’histoire pour survivre à la honte et à la douleur. Le silence était devenu leur héritage commun.
À Grand-Popo, chez Tante Afi, dernière gardienne des récits familiaux, la vérité éclata. Les deux lignées avaient été liées par un amour interdit brisé par la traite. Tante Afi pleura en racontant ce que personne n’avait osé transmettre.
De retour à Ouidah, Éloi écrivit un article qui fit trembler les consciences. Il ne parla pas seulement d’esclavage, mais de vies inachevées et de liens réparables. Adissa, elle, lut chaque mot comme une prière tardive.
La librairie devint un lieu de rencontres et de témoignages. Des jeunes de Porto-Novo, d’Abomey-Calavi et même de Parakou venaient écouter l’histoire sous le fromager. Le passé cessait d’être une tombe pour devenir une racine.
Un soir, sous un ciel chargé d’étoiles, Éloi demanda à Adissa de rester à ses côtés. Il ne promettait pas l’oubli, mais une mémoire partagée et vivante. Elle accepta, le cœur tremblant mais apaisé.
Sous le fromager de Ouidah, ils enterrèrent les lettres et plantèrent un nouveau livre. Les morts n’étaient plus seuls, et les vivants marchaient enfin ensemble. Le vent emporta leurs voix vers l’océan, comme une promesse tenue.
— Frédéric Hermann Tossoukpè
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