Le dernier mot des dieux  suivi Tu es trop belle pour mourir : Robert Asdé
Le dernier mot des dieux  suivi Tu es trop belle pour mourir : Robert Asdé

Le dernier mot des dieux  suivi Tu es trop belle pour mourir : Robert Asdé

L’écrivain est celui qui dit tout haut ce que le peuple pense tout bas. Avec sa plume et son art, il dépeint la société tout en montrant ses vices et ses maux qui semblent sombrer dans des abysses. Il met en lumière la réalité de son temps et embarque le lecteur pour un voyage de découverte des maux de sa cité. Robert Asdé se plaît bien dans ce rôle essentiel à travers sa pièce théâtrale Le dernier mot des dieux  suivi de Tu es trop belle pour mourir publiée aux Éditions Plurielles en 2015. À travers cette pièce théâtrale, il ôte le voile invisible qui pèse sur les sociétés.

Présentation de l’ouvrage Le dernier mot des dieux suivi de Tu es trop belle pour mourir et impressions 

La pièce théâtrale Le dernier mot des dieux, s’offre sur une pâle blancheur présentant à la première de couverture l’identité de l’auteur en rouge suivi du titre principal de l’œuvre ainsi que du titre de la pièce secondaire en noir. Apparaît juste après, le genre de l’œuvre auquel précède l’image d’un espace vers en mode flou sur lequel transparaît une corde bleue enroulée précédé du nom de la maison d’édition sur un petit fond blanc. 

La quatrième de couverture présente une brève introduction précédée d’un commentaire des deux pièces théâtrales. Ensuite, une petite image de l’auteur près de laquelle se trouve une brève présentation de lui précédé complètement en bas du numéro ISBN.

Résumé de la pièce théâtrale le dernier mot des dieux suivi de tu es trop belle pour mourir

La première pièce théâtrale, Le dernier mot des dieux, met en scène des personnages dans une république africaine. Il s’est agit dans cette pièce des préparatifs pour l’anniversaire de Cica, l’unique fille du président. Les préparatifs pour cet anniversaire à détourner l’attention de son père qui met une pause à ses devoirs étatiques. 

Pourtant la population végète dans la misère et meurt de faim. Au cours des préparatifs de cet anniversaire, quelques ministres du gouvernement ont été limogés car considérés comme incompétents par le président. Malheureusement, un incident vint perturber l’organisation des préparatifs : il s’agit de la transformation en sang des boissons et mets. 

Après consultation, le fâ révèle qu’il s’agit du signe d’une malédiction. Cette dernière est la résultante d’une promesse non tenue. Pour pallier aux maux de la cité, le président doit soit démissionner ou sacrifier son unique fille. Arrivera t-il à obéir aux prescriptions du fa ? Le président était-il informé de l’éventualité d’un coup d’État ?

Tu es trop belle pour mourir est le titre de la deuxième pièce théâtrale. Elle présente les mésaventures de Liz, une jeune fille de dix-sept ans très talentueuse dans l’art de la musique. Cependant, un événement viendra bouleverser le cours de sa vie impliquant son ancien directeur de production. Pourra-t-elle s’en remettre ? Quelles sont les différentes affaires louches auxquelles ce dernier est mêlé ?

Analyse et avis sur la pièce théâtrale de Robert Asdé

La pièce théâtrale Le dernier mot des dieux, suivie de Tu es trop belle pour mourir, met en scène les réalités vécues dans les sociétés africaines. Il s’agit d’une œuvre réaliste. 

Le dernier mot des dieux

À travers la première pièce intitulée Le dernier mot des dieux, Robert Asdé montre l’inviolabilité des principes traditionalistes. 

Par les personnages du Président et de sa fille, l’auteur fait une caricature des réalités politiques en Afrique. Les dirigeants relèguent au second plan les besoins du peuple. La mauvaise gestion des États en Afrique est selon l’auteur l’une des principales sources du sous développement. 

Les dirigeants africains ne se préoccupent guère du peuple qu’ils ont à la charge mais plutôt se contentent de faire ce que bon leur semble. Le peuple tient à cœur cet état de chose et ne cesse de se plaindre. On peut citer à titre illustratif, le dialogue entre les personnages Assouka et Awadagbé : 

<< La maladie et la famine achèvent les gens du peuple tous les jours ici. >> , << La misère dicte ses lois et étend ses tentacules partout.>> 

Robert Asdé nous montre également l’esprit puéril de certains dirigeants qui mettent de l’énergie là où ils ne devraient pas. Les membres de leur gouvernement ou les différentes organisations sont pour eux comme des marionnettes. Des marionnettes qu’ils manipulent à leur avantage. Cela s’illustre à la page 24 à travers les propos du président à sa fille : 

<< C’est pourquoi j’ai mis à ta disposition le Comité national des cérémonies et manifestations officielles pour mieux s’occuper de ton anniversaire.>> 

Aussi note-t-on à travers la pièce le peu d’intérêt qu’on accorde aux talents nationaux. Ces derniers sont jetés comme de vieilles éponges au profil de ceux de l’extérieur, souvenirs jugés comme mieux. Autrement dit, l’auteur nous peint dans l’œuvre la dévalorisation des artistes nationaux qui souvent est fondée sur des arguments vides. 

C’est ce qu’explique le personnage Cica la fille du président, à son père à la page 27 : << C’est une musique bruyante. Ils sont trop engagés par ici. Ils ne savent que chanter la misère, la famine, la pauvreté et la révolte.>> 

L’abus de l’autorité dont font usage les dirigeants d’États africains est également démontré dans l’œuvre à travers le personnage du président. Nombreuses sont les décisions des dirigeants qui souvent sont fondés sur l’arbitraire. La gouvernance qui, étant une fonction dans laquelle le dirigeant se met au service du peuple qu’il a à la charge  devient dans la plupart des cas en Afrique, un jeu d’échecs. 

Ce jeu-là auquel s’adonnent les dirigeants en déplaçant les membres de leur gouvernement comme des pions. Les propos du président l’illustre : 

<< D’ailleurs, le directeur du comité national des cérémonies et manifestations officielles sera limogé.>> 

L’auteur toujours dans le but de faire toucher du doigt au lecteur les réalités du milieu politique démontre la cruauté dont font usage les dirigeants. Cette cruauté souvent teintée d’un caractère versatile et soldé par un abus d’autorité. Les dirigeants Africains se prennent pour le nombril du monde et usent du peuple comme un objet. Les propos du président à la page 33 en sont la preuve : 

<< Ce n’est pas un problème, voyons ! Un chef d’État à tout. Un seul humain à sacrifier pour la paix dans ce pays, rien de compliqué.>> 

Un peu plus loin, Robert Asdé montre également à travers sa première pièce théâtrale la suprématie des lois, et en particulier celles ancestrales. Il le montre à travers le personnage Fagbé, le prêtre du fâ qui dit à la page 36 : 

<< …les principes ne meurent jamais. L’auteur d’une loi peut mourir mais la loi, elle, reste.>>  

Tu es trop belle pour mourir

La deuxième pièce théâtrale intitulée Tu es trop belle pour mourir, nous raconte l’histoire de Liz une jeune fille de dix-sept ans très talentueuse. À travers cette pièce, l’auteur cherche à montrer la force de l’argent mais aussi du pouvoir. Mieux, Robert Asdé nous montre les difficultés que rencontrent les jeunes filles qui se lancent dans la musique. 

C’est-à-dire dire les risques du showbiz. Parmi ces difficultés, figure le harcèlement sexuel mais surtout moral et physique. Il montre que certaines maisons de production ou directeur de production, utilisent les jeunes garçons ou filles talentueux pour atteindre des fins uniquement égoïstes. Les propos du personnage Dave témoigne de cette manipulation mais aussi de cette arrogance à outrance dont il fait preuve quand il parle à la jeune Liz :

<< Pose ta signature sur ce papier. Tu me dois ton succès. Je t’ai fabriquée. Je t’ai sortie de l’ombre pour t’exposer au public. Tu sais ce que ça coûte une pareille promotion ?>> p49. 

Plus loin il continue à la page 50 :  << J’ai sorti tes parents et toi des poubelles de cette ville.>> Robert Asdé, caricature à travers le directeur de production Dave, les différentes figures importantes du milieu artistique qui à cause de leur statut se permettent d’user des autres comme bon leur semble. 

Le monde artistique, principalement celui de la production musicale, est un univers dans lequel de nombreuses femmes ou jeunes filles sont harcelées. Par faute de moyens, elles sont obligées de payer de leur corps le prix de leur rayonnement dans le monde musical. Cette perversité de certains directeur de production ou chef artistique est démontré par l’auteur dans les propos de Dave : 

<< Oui, je vais me servir à ton buffet. Je vais me faire payer en nature.>> p52. << Je veux parcourir tes contrées, les contours de tes reliefs.>> p53. 

Comme nous l’avons dit tout haut, l’auteur nous montre principalement dans cette pièce théâtrale le pouvoir de l’argent. L’argent est la mère de tous les vices s’il tombe entre les mains de la mauvaise personne. Les personnes qui occupent d’importantes places dans la cité, considèrent l’argent comme une panacée. 

Une solution adaptée à tous les problèmes. Et pour preuve la corruption s’est inéluctablement installée dans nos sociétés. Elle tient les rênes de toutes les activités sociales. L’auteur nous en donne la preuve dans cette seconde pièce toujours à travers son personnage Dave : 

<< Plusieurs innocents comme toi pourrissent dans nos prisons. L’argent gouverne le monde, il commande à l’intelligence et à la raison.>> p 64 

La structure de l’ouvrage 

L’ouvrage est composé de deux pièces de théâtre. La première pièce est subdivisée en trois parties (scènes) appelées « Tempête ». La deuxième pièce quant à elle est subdivisée en deux parties (scènes) appelées « Souffle ». L’ouvrage est écrit dans un style agréable et amusant rendant la lecture fluide et intéressante. 

Les thématiques abordées par l’auteur touchent les faits de nos sociétés et cette touche particulière octroie un réalisme saisissant à l’œuvre. Il faut également dire que l’auteur à travers son ouvrage, lance un appel ou du moins sensibilise le lecteur sur les faits qui paraissent invisibles. Ces faits qui pourtant sommeillent dans les profondeurs de nos réalités sociétales. 

Toutefois, les scènes de violences comme le viol de la jeune star de dix-sept ans, Liz dans la deuxième pièce peut choquer la sensibilité du lecteur non averti.  En dehors de cela, l’ouvrage s’inscrit dans une perspective de plaidoirie pour une prise de conscience des différents maux qui minent les sociétés africaines, surtout celles traditionnelles.

Études de quelques thématiques abordées dans la pièce théâtrale

La politique : L’auteur à travers la première pièce Le dernier mot des dieux, présente les réalités politiques. Mieux, il montre la politique « handicapée » que font certains dirigeants africains. Ces derniers, pour la plupart, ne pensent qu’à leur intérêt, confirmant ainsi la thèse machiavélienne selon laquelle en politique, c’est la fin qui justifie les moyens. Le personnage du père de Cica, le président dans la première pièce théâtrale, l’illustre bien.

Le militantisme : Face aux différents maux de la cité, des voix s’élèvent pour rappeler aux dirigeants les conditions de vie minables dans lesquelles vivent les populations. Les personnages de Assouka et Awadagbé sont dans la première pièce, les symboles du militantisme dans cette pièce.

L’obscurantisme : À travers ce thème, l’auteur montre dans la première pièce théâtrale que l’obscurantisme est souvent associé à la politique. Elle permet aux dirigeants d’avoir une idée des différentes façon dont ils devraient se comporter. Le personnage de Fagbé et du président l’illustre dans la première pièce.

Le pillage des fonds publics : Les chefs d’État une fois au pouvoir, s’accaparent des ressources de l’État qu’ils considèrent comme une propriété durant leur mandat politique. Ce thème transparaît toujours à travers le personnage du président dans la première pièce. Ce dernier qui, pour l’organisation de l’anniversaire de naissance de sa fille décaisse dans la caisse de l’État un montant d’un milliard.

La force des pratiques endogènes : À travers ce thème dont le prêtre du fâ Fagbé en est le symbole, l’auteur montre le rôle déterminant que joue les pratiques ancestrales.

La fidélité aux alliances faites aux dieux : Robert Asdé montre ici qu’il est primordial de tenir les promesses faites aux mannes des ancêtres. Car une promesse non tenue envers les ancêtres peut être source de malheur. La transformation en sang des différentes boissons et mets servant aux préparatifs de l’anniversaire de la fille du président en est la belle preuve.

L’immutabilité des lois ancestrales : Les lois ancestrales sont éternelles tout comme les révélations des dieux. L’auteur montre que ces lois demeurent et peuvent être appliquées malgré la mort de celui où celle qui l’a instauré.

Le showbiz : À travers ce thème qui est un thème majeur de la deuxième pièce, l’auteur montre que l’univers du showbiz est un monde très risqué. Il montre que tout succès à un prix à payer. Le viol de la talentueuse Liz par son directeur de production en est la preuve. 

L’égoïsme : C’est un thème transversal dans les deux pièces. L’auteur nous montre que c’est l’égoïsme qui conduit à l’arrogance, le mépris des autres et toutes autres pratiques contraires aux bonnes mœurs. Les personnages du directeur de production dans la deuxième pièce ainsi que celui du président dans sa première pièce en sont l’illustration.

Le dernier mot des dieux  suivi Tu es trop belle pour mourir : Robert Asdé

Bref aperçu sur l’auteur et Œuvres

Robert Asdé est un fonctionnaire béninois, passionné des lettres. Il est le président de l’association des Aiyé Culture, promoteur des Rencontres Littéraires et Culturelles (RELIC) et responsable du Club de Lecture et d’Animation Culturelle ( CLAC ) de l’Institut Français du Bénin.

Œuvres

– Lettre à Dieu ;

– Les amours litigieuses…

Régis Mahougnon HANTAN est poète slameur, écrivain, musicien, et chroniqueur littéraire à L’ivre du livre. Il est également philosophe de formation à l’université d’Abomey Calavi ( UAC )

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