Le livre Mon corps, c’est mon corps d’Intisor K. Busari a été officiellement présenté au public vendredi 4 septembre 2026 à la salle Guézo de l’hôtel Azalaï à Cotonou. Bien plus qu’une cérémonie de présentation, la rencontre a ouvert un espace de sensibilisation autour des violences sexuelles faites aux enfants, de la nécessité de libérer leur parole et de la responsabilité collective dans leur protection.
La salle Guézo de l’hôtel Azalaï a accueilli, vendredi soir, une rencontre littéraire particulière. À travers le lancement officiel de Mon corps, c’est mon corps, Intisor K. Busari a choisi de placer la littérature jeunesse au cœur d’une question de société particulièrement sensible : la prévention des attouchements et des violences sexuelles sur les enfants.
La cérémonie a réuni plusieurs personnalités publiques, parmi lesquelles le ministre porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, la ministre des Affaires sociales et de la Microfinance, Véronique Tognifodé, ainsi que des représentants de la justice, des tribunaux et de différents organismes intervenant dans la protection de l’enfance.
La soirée a alterné projection, expression artistique, présentation littéraire et échanges avec des spécialistes. Une manière de rappeler que la protection de l’enfant dépasse largement le cadre familial et implique également l’école, les institutions, les professionnels de santé, la justice, les acteurs culturels et l’ensemble de la société.
Une histoire personnelle à l’origine d’un livre
Avant de présenter l’ouvrage, la soirée a été marquée par le témoignage personnel de la présentatrice Annette Bonou. Celle-ci est revenue sur une expérience vécue durant l’enfance, par une petite fille alors qu’elle avait environ huit ans.
Malade, elle avait été envoyée seule dans un centre de santé situé à proximité du commerce de sa mère. L’examen médical, qui avait commencé normalement, a progressivement pris une tournure inappropriée. L’enfant s’est retrouvée confrontée à des gestes et à des paroles qu’elle ne comprenait pas encore comme une agression.
Des années plus tard, une expérience similaire surviendra avec un enseignant auquel son père l’avait confiée.
Ce récit personnel a permis à la présentatrice d’expliquer la motivation profonde qui accompagne Mon corps, c’est mon corps de Intisor K. Busari. À travers son expérience, une question centrale s’est imposée : comment protéger un enfant lorsqu’il ne dispose pas encore des mots nécessaires pour identifier ce qui lui arrive ?
C’est précisément à cette difficulté que l’ouvrage entend répondre.
Deux enfants pour apprendre à dire non
Mon corps, c’est mon corps de Intisor K. Busari prend la forme d’une bande dessinée destinée à sensibiliser les enfants aux attouchements inappropriés et à leur apprendre à identifier les limites qui entourent leur corps.
L’histoire suit Morayo et Ayomidé, deux jumeaux âgés de huit ans. Aimés et entourés par leur famille, les enfants sont confiés à Tonton Muyiwa, leur voisin, pendant l’absence de leur mère. Leur séjour va cependant les exposer à des gestes inappropriés.
À partir de cette situation, Intisor K. Busari construit un récit pédagogique qui cherche à donner aux enfants des outils simples pour comprendre, reconnaître et signaler une situation qui les met mal à l’aise ou en danger.
L’ouvrage compte 50 pages réparties en plusieurs séquences. La bande dessinée est accompagnée de contenus éducatifs destinés à faciliter la compréhension des notions abordées. Des questions-réponses, des exercices et des activités de coloriage prolongent ainsi la lecture.
Le dispositif pédagogique vise également les parents et les éducateurs. Une partie du livre encourage le partage de témoignages et la participation des enfants à la sensibilisation.
La couverture elle-même donne le ton : un garçon et une fille lèvent les mains pour signifier leur refus tandis que deux mains adultes apparaissent derrière eux. Une représentation volontairement simple d’un message essentiel : l’enfant doit pouvoir dire non et savoir qu’il peut demander de l’aide.
Une soirée pensée comme un prolongement du livre
La cérémonie de lancement n’a pas été limitée à la présentation de l’ouvrage. Une projection audiovisuelle consacrée à Mon corps, c’est mon corps de Intisor K. Busari a permis d’introduire la problématique sous une autre forme et de prolonger le travail de sensibilisation. Une prestation artistique réalisée par un groupe d’enfants a également ponctué la rencontre, donnant une place particulière aux premiers concernés par le message du livre.
La présentation de l’ouvrage a été assurée par la chroniqueuse Annette Bonou. Dans son intervention, elle a insisté sur la vocation préventive de la bande dessinée et sur la nécessité d’armer les enfants par la connaissance.
Le propos s’est notamment appuyé sur les données disponibles concernant les violences sexuelles subies pendant l’enfance. Les chiffres présentés au cours de la rencontre ont contribué à rappeler l’ampleur d’un phénomène souvent dissimulé derrière le silence, la peur ou la difficulté des victimes à parler.
Mais derrière les statistiques, le livre cherche surtout à replacer l’enfant au centre du dispositif de prévention.
« Protéger, informer et agir ensemble »
La deuxième grande séquence de la soirée a été consacrée à un panel autour du thème : « Protéger les enfants : informer, prévenir et agir ensemble ». Modéré par Jocelyne Zossougbo, l’échange a réuni plusieurs intervenants issus de domaines complémentaires.
Zinsou A. Moïse, chef du service de la protection de l’enfant au ministère de la Famille et de l’Action sociale, a rappelé l’existence de plusieurs dispositions légales destinées à protéger les enfants contre les violences et les agressions sexuelles. Son intervention a également permis de souligner que les actes commis contre les enfants peuvent entraîner de lourdes conséquences judiciaires.
L’échange a ainsi replacé le livre de Intisor K. Busari dans un environnement plus large : celui de la prévention, de la connaissance des droits de l’enfant et du fonctionnement des mécanismes de protection.
Aux côtés du représentant de l’administration, Alexandrine Paraiso Ahlin, accompagnatrice de couples et de familles, a insisté sur la nécessité d’instaurer très tôt une communication simple entre parents et enfants.
Pour elle, l’enfant doit pouvoir parler de son corps sans que le sujet soit entouré de honte ou de peur. Les adultes doivent également apprendre à distinguer leurs propres émotions de l’état psychologique de l’enfant afin de créer un environnement propice à la parole.
Une idée s’est particulièrement dégagée des échanges : parler du corps et des limites personnelles ne doit pas attendre qu’un incident survienne. La prévention commence par l’éducation quotidienne.
Repérer les signes qui ne disent pas toujours leur nom
La dimension médicale et psychologique a été apportée par Marina Mbende Afognon, pédopsychiatre.
Son intervention a attiré l’attention sur les manifestations qui peuvent apparaître chez un enfant victime d’une agression sexuelle. Repli sur soi, baisse des performances scolaires, troubles du sommeil, cauchemars, changements dans les jeux, reproduction de comportements vécus, modifications dans les dessins ou encore douleurs physiques peuvent constituer des signaux d’alerte.
Certains enfants peuvent également présenter des comportements d’automutilation ou des attitudes de mise en danger. Ces signes ne constituent pas, pris isolément, une preuve d’agression. Ils peuvent toutefois attirer l’attention des adultes et justifier une écoute attentive et une orientation appropriée.
La spécialiste a ainsi contribué à déplacer le regard : protéger un enfant ne consiste pas seulement à attendre une révélation explicite. Il faut aussi savoir observer les changements de comportement et prendre au sérieux les signaux inhabituels.
Croire la parole de l’enfant, mais surtout le mettre à l’abri
Intisor K. Busari, autrice de l’ouvrage, également consultante en parentalité et en protection de l’enfance, a insisté durant les échanges sur l’importance de la parole.
Son approche repose notamment sur une idée simple : l’éducation à la protection du corps doit commencer tôt et être répétée régulièrement. Les enfants doivent savoir que certaines parties de leur corps sont intimes et que personne n’a le droit de les toucher de manière inappropriée.
La répétition joue ici un rôle pédagogique essentiel. Le message doit être suffisamment familier pour que l’enfant puisse le mobiliser lorsqu’une situation problématique survient. L’autrice a également insisté sur un réflexe fondamental : la protection de l’enfant doit passer avant toute autre considération lorsqu’une situation d’agression est signalée.
Cette approche rejoint l’un des objectifs fondamentaux de son livre : donner à l’enfant des mots et des repères avant qu’une situation dangereuse ne se présente.
L’État rappelle son engagement
Prenant la parole au cours de la cérémonie, le ministre porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, a souligné l’importance d’une initiative qui associe littérature, sensibilisation et protection de l’enfance.
Son intervention a porté également sur les dispositifs juridiques et institutionnels mis en place au Bénin pour lutter contre les violences faites aux enfants. Le ministre a notamment évoqué la possibilité pour l’Institut national de la Femme (INF) de s’autosaisir de certaines situations relevant de la pédocriminalité, y compris lorsque des arrangements familiaux auraient pu conduire à ne pas exposer publiquement les faits.
À travers ce rappel, le message institutionnel était clair : les violences sexuelles contre les enfants ne peuvent être réduites à des affaires privées susceptibles d’être réglées dans le silence.
Quand le livre devient un outil de prévention
Avec Mon corps, c’est mon corps, Intisor K. Busari fait ainsi le choix d’un support accessible pour aborder un sujet difficile avec les enfants.
La bande dessinée permet de mettre en scène des situations concrètes, de faire parler des personnages et de transformer des notions parfois complexes en messages compréhensibles. Les activités proposées après le récit donnent également à l’enfant un rôle actif dans son apprentissage.
Le livre ne s’adresse toutefois pas uniquement aux enfants. Sa vocation concerne également les parents, les enseignants, les éducateurs et les professionnels appelés à accompagner les plus jeunes.
La soirée de lancement l’a d’ailleurs confirmé : la prévention des violences sexuelles nécessite une approche collective. La littérature peut sensibiliser, l’école peut éduquer, les familles peuvent écouter, les professionnels de santé peuvent détecter, les services sociaux peuvent accompagner et la justice peut sanctionner.
Une vente aux enchères pour prolonger le message
La rencontre s’est achevée dans une atmosphère plus conviviale avec une séquence de vente à l’américaine animée par Charles Andy.
Après plusieurs prises de parole consacrées à la prévention et à la protection, cette dernière séquence a permis de rapprocher le public du livre et de transformer la cérémonie de lancement en véritable rendez-vous autour de l’ouvrage.
À travers cette soirée, Mon corps, c’est mon corps a donc dépassé le simple statut de nouveauté éditoriale. Le livre s’inscrit dans une démarche de sensibilisation qui cherche à donner aux enfants des outils pour comprendre leur corps, identifier les situations problématiques et trouver le courage de parler.
Dans une société où les violences sexuelles faites aux enfants restent encore largement entourées de silence, l’enjeu posé par Intisor K. Busari tient finalement en une question essentielle : comment apprendre à un enfant à se protéger avant qu’il ne soit confronté au danger ?
La réponse proposée par l’autrice commence par trois mots simples, placés au cœur du titre comme un principe à apprendre, répéter et transmettre : « Mon corps, c’est mon corps. »





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