Abidjan au cœur d’une renaissance culturelle portée par le livre et la jeunesse. Du 28 avril au 2 mai 2026, la capitale économique ivoirienne a vibré au rythme de la 16ᵉ édition du Salon International du Livre d’Abidjan (SILA) 2026, un rendez-vous désormais incontournable de la scène littéraire africaine et francophone. Organisé par l’Association des Éditeurs (ASSEDI) de Côte d’Ivoire, cet événement s’est imposé, au fil des années, comme un véritable carrefour des idées, des savoirs et des imaginaires. Placée sous le thème « Lire pour bâtir », cette édition 2026 a tenu toutes ses promesses : une programmation dense, des personnalités de premier plan, une mobilisation exceptionnelle du public et surtout une ambition claire — faire du livre un levier de transformation sociale, culturelle et intellectuelle.
Une ouverture sous le signe de l’État et de l’engagement
La cérémonie officielle d’ouverture, tenue au Parc des Expositions d’Abidjan, a marqué les esprits par sa dimension institutionnelle et symbolique. La présence effective du Président de la République, SEM Alassane Ouattara, a donné un cachet particulier à l’événement.
Aux côtés du chef de l’État figuraient le Vice-Président Tiémoko Meyliet Koné, le Premier ministre Beugré Mambé, ainsi que plusieurs membres du gouvernement et présidents d’institutions. Une mobilisation qui envoie, selon les organisateurs, « un message clair : la culture et le livre occupent une place essentielle dans la vision et l’avenir de la nation ».
Le Commissaire général du SILA, Ange Félix N’dakpri, a donné le ton avec un discours à la fois engagé et visionnaire : « Si la culture et le livre constituent l’âme, le SILA est devenu le carrefour de l’intelligence africaine, là où la plume dialogue avec le monde. »
Insistant sur la portée pédagogique de cette édition, il a ajouté : « Nous voulons faire de ce rendez-vous une édition de transmission, où le livre s’impose comme un vecteur essentiel de savoir et de continuité générationnelle. ».
« Lire pour bâtir » : une thématique forte et fédératrice
Le thème choisi pour cette édition n’a rien d’anodin. Il s’inscrit dans une dynamique globale de valorisation du rôle du livre dans la construction des sociétés africaines contemporaines. La ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, a parfaitement résumé cet enjeu :
« Un enfant qui lit devient un adulte qui pense. Le SILA est une affirmation d’une Côte d’Ivoire qui croit aux idées. »
De son côté, le Grand Chancelier de la République, Ally Coulibaly, parrain de cette édition, a insisté sur la dimension civique de la lecture :
« Le SILA est un gage de la vitalité culturelle de notre pays, c’est une fête fraternelle de l’esprit. La lecture possède une vertu civique essentielle au développement des sociétés. »
Une programmation riche et multidimensionnelle
Durant cinq jours, le SILA 2026 a proposé une programmation variée :
- Journée Akwaba (28 avril) : accueil et proclamation des prix littéraires;
- Journée des écoles (29 avril) : forte mobilisation des élèves;
- Journée de la République (30 avril) : célébration nationale;
- Journée du Gbêkê – Bouaké (1er mai) : mise à l’honneur de la ville hôte;
- Journée des familles (2 mai) : clôture festive et inclusive;
Des conférences, tables rondes, masterclass et ateliers ont abordé des thématiques aussi diverses que :
- l’intelligence artificielle;
- la fabrique des best-sellers;
- les enjeux éditoriaux africains;
- le lien entre sport et culture;
- la place des médias dans la diffusion du livre.
Souvent invisibles dans les récits officiels, les bénévoles ont joué un rôle déterminant dans la réussite de cette édition. Accueil, orientation, logistique, accompagnement des visiteurs : leur engagement a permis de garantir la fluidité et la qualité de l’expérience. Le SILA repose ainsi sur une dynamique collective où chaque acteur, visible ou non, contribue à l’édifice.
Le Liban à l’honneur et Bouaké, ville-hôte : une couverture territoriale et une ouverture internationale affirmée
Pays invité d’honneur, le Liban a apporté une dimension internationale forte à cette édition. Représenté par son ministre de la Culture, Ghassan Salamé, le pays du Cèdre a marqué sa présence à travers auteurs, éditeurs et échanges culturels. « Ce salon est l’occasion de reconnaître le rôle croissant d’Abidjan dans la promotion du livre et des échanges culturels au-delà des frontières africaines », a déclaré Ghassan Salamé.
Cette ouverture témoigne de la volonté du SILA de s’inscrire dans une dynamique de diplomatie culturelle, favorisant les passerelles entre continents. Au-delà de la mention institutionnelle, la présence du Liban s’est traduite concrètement par :
- la participation active d’auteurs libanais;
- des stands dédiés;
- des échanges directs avec les lecteurs.
Une présence incarnée qui a enrichi les dialogues interculturels au cœur du salon.
Ville hôte de cette édition, Bouaké a occupé une place centrale, notamment lors de la journée du 1er mai. Le ministre-maire Amadou Koné a salué cette reconnaissance territoriale, tandis que les performances culturelles, notamment la danse Goly, ont transporté le public : « Aujourd’hui, Bouaké n’a pas seulement été à l’honneur… Bouaké a marqué les esprits. »
Dominique Ouattara face à la jeunesse : un discours inspirant
La journée du 30 avril, dédiée à la jeunesse, a été marquée par l’intervention très attendue de la Première Dame, Dominique Ouattara. Dans un discours riche et structuré, elle a insisté sur l’importance de la lecture dans la construction individuelle et collective : « Inciter nos jeunes à lire davantage, c’est les encourager à se construire et à développer leur esprit critique. »
Elle a poursuivi : « Une jeunesse qui lit est le socle d’une Nation forte et en progression. ». S’adressant directement aux élèves et étudiants présents, elle a déclaré : « Chaque livre que vous ouvrez est une porte qui s’ouvre sur de nouvelles opportunités. ». Elle a également mis en lumière les actions de la Fondation Children of Africa :
« Nos bibliobus, véritables mines d’or de savoir, ont permis à près de 500 000 enfants d’avoir accès à la lecture gratuitement. »
Un engagement concret qui illustre la volonté d’élargir l’accès au livre au-delà des centres urbains.
Les bibliobus : une action concrète pour démocratiser la lecture. Portés par la Fondation Children of Africa, les bibliobus sont des dispositifs mobiles constituant une innovation majeure en matière d’accès au livre. Comme l’a rappelé Dominique Ouattara : « Il s’agit de bibliothèques mobiles contenant plus de 3 000 ouvrages chacune, qui sillonnent les zones les plus reculées de notre pays. ».
Avec près de 500 000 enfants bénéficiaires dans plus de 100 localités, ces bibliobus incarnent une politique culturelle concrète, tournée vers l’inclusion.
Françoise Remarck : un plaidoyer pour la transmission d’un écosystème mobilisé
Dans son intervention, la ministre Françoise Remarck a salué la richesse des échanges : « Le SILA s’affirme comme un cadre privilégié de réflexion, de rencontres uniques et de valorisation de la lecture. ». Elle a également souligné :
« Ce salon est un outil de diplomatie culturelle au service du développement et du rayonnement de la Côte d’Ivoire. »
Le succès du SILA repose aussi sur une mobilisation collective : éditeurs; auteurs; bénévoles; institutions; médias. Tous engagés pour faire du livre un pilier du développement.
Les Prix littéraires : une consécration majeure pour les lettres ivoiriennes
La cérémonie de proclamation des distinctions, organisée dès la journée Akwaba du 28 avril, a constitué l’un des temps forts du Salon International du Livre d’Abidjan 2026. Elle confirme le rôle du SILA comme plateforme de reconnaissance et de légitimation des talents littéraires.
Moment fort de cette édition : l’hommage rendu à Maurice Kouakou Bandaman, auteur à l’honneur et lauréat du Grand Prix National de Littérature Bernard Binlin Dadié 2026 pour son œuvre Sœurs esclaves. Dans une intervention marquante, il a exprimé toute sa reconnaissance : « Cette distinction dépasse ma personne. Elle rend hommage à une mémoire, à une histoire, à ces voix longtemps tues que j’ai souhaité faire résonner. »
Face au Président de la République, il a également souligné : « Monsieur le Président, vous honorez la grande famille du monde littéraire qui voit en vous un défenseur des arts. ». Dans un plaidoyer vibrant pour la lecture, il a lancé un appel à la jeunesse : « Lisons, faisons des livres nos amis, et les livres feront de nous des reines et des rois. »
Grand Prix National de Littérature Bernard Binlin Dadié 2026
Attribué à Maurice Kouakou Bandaman pour son roman Sœurs esclaves (Présence Africaine / Éburnie), ce prix prestigieux vient couronner une œuvre engagée et profondément ancrée dans la mémoire historique.
Mentions spéciales
Le jury a également distingué Donassihi Coulibaly pour L’amour ne prie pas cinq fois par jour (Éditions Trait d’union), saluant une écriture audacieuse et contemporaine.
Prix du jeune écrivain
Le Prix National Bernard Binlin Dadié du jeune écrivain 2026 a été attribué à Souboré Dali pour Les monts de Kong (Éditions Continents), mettant en lumière une nouvelle génération d’auteurs prometteurs.
Littérature jeunesse
Le Prix National Jeanne de Cavally de la littérature enfantine 2026 a récompensé Assamala Amoi pour Trésor perdu dans la ville (Éditions Éburnie), soulignant l’importance stratégique du livre jeunesse dans la formation des lecteurs de demain.
Prix de l’édition
Le Prix SILA de l’édition a été décerné à Brice Brou pour l’ouvrage Marie-Thérèse Houphouët-Boigny, naissance d’une icône (Tabala Éditions), consacrant le travail éditorial comme maillon essentiel de la chaîne du livre.
Promotion de la lecture
Enfin, le Prix du meilleur club de lecture a été attribué au collectif « Les femmes qui lisent », illustrant l’importance des initiatives citoyennes dans la diffusion du livre.
Le SILA Legends : célébrer les grandes figures de la culture
La soirée de gala SILA Legends, organisée le jeudi 30 avril, a constitué un temps de célébration des figures majeures du monde littéraire et culturel ivoirien.
Cette initiative vise à :
- honorer les parcours exceptionnels
- transmettre la mémoire culturelle
- inspirer les nouvelles générations
Dans une atmosphère solennelle et festive, cette soirée a renforcé l’ancrage du SILA dans une logique de reconnaissance patrimoniale.
Le SILA Slam Tour : la parole poétique au service du thème; une nouvelle génération en scène
Autre pan essentiel de cette édition 2026 du SILA Abidjan : le SILA Slam Tour, véritable laboratoire d’expression pour la jeunesse. Des ateliers d’écriture ont été organisés, notamment à Yabayo, réunissant élèves et jeunes talents autour du thème : « Lire pour bâtir ».
La grande finale, tenue à la Médiathèque de Treichville, a mis en lumière une génération capable de manier la parole avec puissance et créativité. « Les mots vont vibrer, les voix vont s’élever… », tel est le slogan de cette initiative. Au-delà du spectacle, cette initiative traduit une volonté claire : faire du livre et de l’écriture des outils vivants d’expression contemporaine.
Le SILA 2026 a mis notamment en lumière la créativité des jeunes à travers le SILA Slam Tour. Il a offert un espace d’expression libre où les mots deviennent outils de construction.
SILA Legends : une soirée d’excellence pour honorer les bâtisseurs de la chaîne du livre
Autre moment majeur qui mérite un éclairage approfondi : la soirée de distinction SILA Legends, organisée le jeudi 30 avril 2026 dans le cadre du Salon International du Livre d’Abidjan 2026. Rapportée notamment par nos confrères de Culture Nouchi, cette cérémonie s’est imposée comme un véritable temps fort de reconnaissance, mettant en lumière 32 acteurs nationaux et internationaux répartis en 10 catégories, pour leur contribution déterminante à la vie littéraire.
Dans la catégorie Édition, plusieurs figures majeures du secteur ont été distinguées, parmi lesquelles Charles Pemont, Directeur général des Éditions L’Encre Bleue et Président de l’ASSEDI, mais aussi Jean Derbe (JD Éditions), Isabelle Kassi Fofana (Massaya Éditions), Fidèle Diomandé (Vallesse Éditions), ainsi que des acteurs internationaux comme Manick Siar Titeca et Michel Levenez.
La catégorie Librairie / Bibliothèque a récompensé des professionnels engagés dans la diffusion du livre, dont Soro Brahima, ancien Directeur de la Librairie de France Groupe, Babo Christophe, Sade Georges, Chantal Adjiman et Oscar Goue. Du côté des écrivains, la distinction est revenue à des figures emblématiques telles que Maurice Kouakou Bandaman, Tanella Boni, Anzata Ouattara, Foua Ernest Saint Sauveur et Nabil Ajami, confirmant l’ouverture internationale du salon.
Dans la catégorie Imprimerie, Gilbert Dossou Yovo et Kouassi Laurent Nezit (à titre posthume) ont été honorés pour leur rôle essentiel dans la production du livre. La coopération et l’action culturelle ont également été saluées à travers des distinctions attribuées à des institutions et personnalités telles que l’Union Libanaise Culturelle Mondiale Côte d’Ivoire, Jean Mathiot, Ibrahima Lo, Tatiana Rakinita et Frédérique Saint Julien.
Dans la catégorie Promotion littéraire, les distinctions ont récompensé des acteurs de terrain comme Alafé Wakili, Rita Dro et Koffi Koffi, engagés dans la vulgarisation du livre. Le Prix du dialogue culturel a été attribué à des figures institutionnelles de premier plan, notamment Françoise Remarck, Amadou Koné et Magida Karaki, pour leur rôle dans le renforcement des échanges culturels.
Le Grand Prix d’Honneur SILA Legends a été décerné à Dominique Ouattara, en reconnaissance de son engagement constant en faveur de l’éducation, de la jeunesse et de la promotion du livre à travers la Fondation Children of Africa. Deux distinctions spéciales ont également marqué cette soirée : le Prix spécial auteur attribué à Henriette Dagri Diabaté, et le Prix spécial SILA Legends décerné à Ally Coulibaly.
Au-delà de la remise des trophées, cette soirée a consacré une vision : celle d’un écosystème du livre structuré, où chaque maillon — de l’auteur à l’imprimeur, du libraire au promoteur culturel — est reconnu comme acteur essentiel du développement intellectuel et culturel. Le SILA Legends s’impose ainsi comme un instrument stratégique de valorisation des parcours, mais aussi comme un levier d’inspiration pour les générations futures.
Hommage à Béchir Ben Yahmed : mémoire et héritage médiatique
Un autre moment fort de cette edition l’hommage rendu à Béchir Ben Yahmed, figure emblématique du journalisme africain. En présence de Danielle Ben Yhamed et de Zyad Limam, cet hommage a permis de rappeler l’importance du rôle des médias dans la diffusion du savoir et des idées.
« Un grand homme des médias… il nous manque beaucoup », a déclaré Dominique Ouattara. Ce moment de mémoire a inscrit le SILA dans une continuité intellectuelle entre littérature et presse.
Chiffres clés et perspectives : un SILA en pleine croissance
La 16ᵉ édition du Salon International du Livre d’Abidjan 2026 s’achève sur des résultats particulièrement impressionnants, confirmant sa montée en puissance dans l’écosystème culturel africain. Selon les chiffres publiés par le média ivoirien Culture Nouchi, en cinq jours, le salon a enregistré près de 200 000 visiteurs, traduisant un engouement populaire exceptionnel autour du livre et de la lecture.
Sur le plan économique, les organisateurs annoncent environ 200 millions de francs CFA de ventes, pour plus de 60 000 livres écoulés, preuve tangible d’une dynamique commerciale solide. Le salon a également mis en lumière la richesse éditoriale avec 45 000 titres exposés, portés par 125 exposants, venus d’horizons divers, consolidant ainsi le positionnement du SILA comme une plateforme majeure de diffusion du livre en Afrique francophone.
Dans une logique d’innovation et de structuration du secteur, les organisateurs ont par ailleurs annoncé la création d’un nouveau prix littéraire, baptisé Prix du Livre de l’année, dont la première édition est prévue dès décembre prochain. Une initiative qui vise à prolonger l’impact du salon tout au long de l’année et à renforcer la reconnaissance des œuvres majeures du continent.
Avec 20 % de réduction sur les ouvrages, le SILA a favorisé l’achat massif de livres; la découverte de nouveaux auteurs; la démocratisation de la lecture. Cette dimension économique complète la mission culturelle du salon. Avec plus de 200 000 visiteurs, le SILA confirme son ancrage populaire. Lycéens, étudiants, auteurs, éditeurs, simples lecteurs : tous ont répondu présents. Dans les allées du salon :
- des files d’attente pour les dédicaces;
- des débats animés;
- des stands bondés;
Une véritable fête du livre.
le SILA, plus qu’un salon, un projet de société
Au terme de cette 16ᵉ édition, une certitude s’impose : le SILA n’est plus seulement un événement culturel. Il est devenu un véritable projet de société. Un espace où :
- les idées circulent;
- les générations se rencontrent;
- les cultures dialoguent;
- les ambitions se construisent.
Comme l’a si bien résumé Ange Félix N’dakpri : « Le SILA est le lieu où l’Afrique pense, écrit et prépare son avenir. » Et dans les mots de Dominique Ouattara : « Le livre est un levier de développement pour notre nation. » Plus qu’un slogan, « Lire pour bâtir » apparaît désormais comme une feuille de route.
Enfin, les regards sont déjà tournés vers l’avenir avec l’annonce officielle de la prochaine édition : le Salon International du Livre d’Abidjan 2027 se tiendra du 10 au 15 mai 2027, toujours au Parc des Expositions d’Abidjan. Une continuité qui s’inscrit dans l’ambition affirmée de faire du SILA un rendez-vous incontournable à l’échelle continentale et internationale.
Le SILA 2026 s’achève, mais son impact, lui, ne fait que commencer.





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