Six ans après le déclenchement de la pandémie de COVID-19, dont le bilan officiel de l’OMS faisait état de plus de 7 millions de morts au 2 mars 2025, les regards continuent de se tourner vers les systèmes de santé nationaux, éprouvés par cette crise sans précédent. Du Nord au Sud, la pandémie a révélé les fragilités structurelles de nombreux pays, y compris ceux disposant d’infrastructures avancées. En Afrique, si l’impact sanitaire a été relativement contenu, la crise a néanmoins servi de révélateur des limites profondes des politiques publiques en matière de santé.
C’est dans ce contexte que l’écrivain et médecin franco-congolais Thierry-Paul Ifoundza propose une lecture critique de la situation du Congo-Brazzaville à travers son ouvrage Congo-Brazzaville : Un système de santé dystopique (Où sont passés les milliards alloués à la santé ?), paru en 2022. L’auteur y met en parallèle discours et donnés officiels, et la réalité du terrain, pointant ce qu’il qualifie de « vide sanitaire » dans son pays d’origine.
Au cœur de son analyse, un moment précis : l’allocution du 30 avril 2020 du président Denis Sassou-Nguesso, prononcée en pleine crise sanitaire mondiale. Ce discours, destiné à faire le point sur la riposte gouvernementale face à la pandémie, annonçait des mesures de protection renforcées pour la population. Mais pour Thierry-Paul Ifoundza, les mots du chef de l’État traduisent davantage une reconnaissance implicite des limites du système qu’une réponse structurée à la crise.
Dans son ouvrage, l’écrivain cite et interprète un passage clé de cette allocution : « Le Congo ne saurait être un îlot de miraculés dans une situation dramatique d’aussi grande envergure qui affecte la planète entière ». Une phrase que l’auteur lit comme un aveu d’impuissance face à la pandémie. Selon lui, cette déclaration souligne l’incapacité du système de santé congolais à faire face à une crise d’une telle ampleur, dans un contexte où les infrastructures sanitaires demeurent insuffisantes.
Lien pour suivre l’intégralité de son allocution ici :
L’analyse proposée par l’écrivain repose sur un contraste marqué entre la parole publique et les réalités observées. Là où le discours présidentiel évoque une crise globale touchant l’ensemble des nations, Thierry-Paul Ifoundza insiste sur l’absence de fondations solides au niveau national. Il estime que la comparaison avec les systèmes de santé des pays développés n’est pertinente que si un véritable effort de construction et de renforcement a été entrepris en amont.
À travers cette lecture critique, l’auteur interroge également l’usage des ressources allouées au secteur de la santé, suggéré dans le sous-titre même de son ouvrage : « Où sont passés les milliards alloués à la santé ? ». Cette question, posée en filigrane, renvoie à une problématique plus large de gouvernance et de gestion des politiques publiques dans le domaine sanitaire.
Le parallèle entre le discours officiel et l’analyse littéraire met ainsi en lumière une tension persistante entre les annonces institutionnelles et leur traduction concrète. D’un côté, une parole politique inscrite dans un contexte mondial exceptionnel ; de l’autre, une écriture engagée qui cherche à documenter, interroger et parfois contester cette parole.
Six ans après les premières déclarations liées à la pandémie, ce croisement des regards rappelle que la littérature peut jouer un rôle essentiel dans la compréhension des réalités sociales et politiques. En confrontant les discours aux faits, elle ouvre un espace de réflexion critique sur les enjeux de santé publique et sur les attentes des populations face à leurs dirigeants. Lisez l’intégralité du discours sur Mediapart : https://blogs.mediapart.fr/sassounews/blog/300420/denis-sassou-nguesso-sadresse-la-nation-sur-la-riposte-au-coronavirus





Laisser un commentaire