Publié en novembre 2025 aux Éditions Béninlivres, Deux femmes, quatre hommes est un collectif de nouvelles de 110 pages, coordonné par Enock Guidjimè. L’ouvrage réunit six plumes – deux femmes et quatre hommes – qui explorent, chacune à sa manière, les zones de tension de la société béninoise et africaine : violence scolaire, autorité parentale, traditions, rapports de pouvoir, condition féminine, dérives idéologiques, fractures sociales.
À travers des récits courts mais denses, les auteurs interrogent la famille, l’école, le couple, la communauté et l’État, en plaçant toujours l’humain au centre. Ils présentent des vies ordinaires traversées par des drames silencieux, des choix décisifs et des non-dits lourds de conséquences. Chaque nouvelle est une porte entrouverte sur un monde où la douleur, la peur, la résilience et parfois l’espoir se côtoient.
Ces sanglots sur le sol – Charlemagne Gbonkè
La première nouvelle plonge le lecteur dans l’univers scolaire, là où l’innocence devrait être protégée. Kakaï, marqué à vie par une injection mal administrée, porte sur son corps une différence qui devient une cible. Autour de lui, la violence s’organise, sourde et répétitive, incarnée par un meneur au passé trouble.
Le récit met en lumière le harcèlement scolaire, mais surtout les silences qui l’entourent : ceux de la victime, ceux des adultes, ceux d’une institution parfois dépassée. Une autre voix, attentive et inquiète, refuse pourtant de détourner le regard, posant la question délicate de la dénonciation face à l’injustice.
Les tourments de Kouassi – Anna Baï Dangnivo
Ici, le conflit ne se joue pas dans la cour de récréation, mais au cœur du foyer. Kouassi est un enfant brillant, épanoui à l’école, mais prisonnier d’un climat familial étouffant. Son père, animé par une volonté de bien faire, impose une autorité rigide héritée de sa propre éducation.
La nouvelle explore les dégâts invisibles d’une violence éducative banalisée et interroge la transmission des blessures d’une génération à l’autre. Entre peur, admiration et révolte contenue, le parcours de Kouassi pose une question essentielle : comment construire la paix quand l’enfance a été un champ de bataille ?
Le canari sacré – Rabelais M. Kpechekou
Avec cette nouvelle, le lecteur bascule dans un univers où le réel et le mystique s’entremêlent. À travers le regard d’une narratrice marquée par la disparition de ses parents, le récit convoque traditions, oracles et héritages familiaux empoisonnés.
Le canari, objet à la fois banal et sacré, devient le symbole d’un passé qui refuse de se taire. Entre croyances ancestrales, luttes de succession et décisions funestes, cette nouvelle questionne le poids des traditions et les dérives possibles lorsque le sacré est instrumentalisé.
Choix de Sophie – Enock Guidjimè
Dans cette nouvelle aux accents politiques et conjugaux, le couple devient un champ de bataille idéologique et intime. Mariage, pouvoir, ambition et opportunisme s’y entremêlent. À travers des personnages fortement typés, le texte explore les jeux d’alliance, les trahisons feutrées et les rapports de domination au sein du couple.
L’auteur installe une atmosphère troublante, où le réel glisse parfois vers l’étrange, laissant le lecteur s’interroger sur la frontière entre calcul, folie et révélation intérieure.
Rouge sang – Axelle Adiho
Cette nouvelle aborde avec délicatesse et tension la question de la maternité, du corps féminin et des violences symboliques et physiques qui l’entourent. Oriane, après des années d’attente et de souffrance médicale, croit toucher enfin à l’espoir.
Mais les pressions familiales, les jugements et les non-dits font planer une menace constante. Le récit joue avec les émotions du lecteur, entre peur et soulagement, et met en lumière la fragilité psychologique des femmes confrontées à l’injonction sociale de la maternité.
Le mal rattrapé – Habib N’oueni
La dernière nouvelle entraîne le lecteur dans un décor plus sombre encore, où misère sociale, frustrations professionnelles et dérives idéologiques s’entrecroisent. Aboky, ancien enseignant, incarne ces destins brisés qui basculent dans l’extrême par désespoir et illusion de salut.
Le récit interroge les mécanismes de radicalisation, les justifications morales de la violence et leurs conséquences tragiques. Sans jamais tomber dans le manichéisme, l’auteur rappelle que le mal, même lorsqu’il semble rentable, finit toujours par réclamer son dû.
Deux femmes, quatre hommes est un ouvrage qui dérange autant qu’il éclaire. En donnant voix à des personnages souvent marginalisés ou enfermés dans le silence, ce recueil invite à regarder autrement les réalités sociales qui nous entourent. Une lecture dense, engagée, qui laisse une empreinte durable bien après la dernière page.
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