Petit Jo, enfant des rues de Évelyne Mpoudi Ngollé

On ne choisit pas le lieu de sa naissance, encore moins ses géniteurs. Tout cela est du ressort de l’être suprême. Trame pathétique sur fond d’une épopée, Petit Jo, enfant des rues est un roman poignant qui porte en lui l’espoir pour des millions d’enfants maltraités par la vie.

Né d’une mère qui s’est en berceau défait de lui, Petit Jo, de son nom Joseph Dipanda, a été adopté et élevé par « Père », l’homme qui l’avait retrouvé sur la véranda de l’hôpital CEBEC de Douala. N’ayant jamais pu avoir un enfant, ce dernier couvrit Petit Jo de tout l’amour dont il aurait couvert ses propres enfants. Petit Jo était son seul espoir, c’était l’enfant que le bon Dieu lui avait envoyé. En bon père, il l’inscrivit à l’école et prit soin de lui à la hauteur de ses moyens jusqu’au jour où il sentit sa mort prochaine. Ne voulant laisser son « enfant » dans une souffrance perdurante, il se décida à le confier aux sœurs de l’orphelinat où il pourrait sans doute bénéficier des soins nécessaires. La décision fut malheureusement mal interprétée par Petit Jo qui crut que son « père » voulait se débarrasser de lui parce qu’il lui causait tant de peine. Mais il finit par être persuadé puisque « Père » l’avait rassuré que cette contrée, même qui va bientôt l’accueillir, est celle de sa mère, donc de Mpaniba (grand-mère). Convaincu et confiant que Père ne l’abandonnait pas, il rejoignit l’école des sœurs. Des jours et mois passèrent mais aucune nouvelle de Père qui pourtant lui avait promis des visites régulières. Que s’est-il passé ? « Père » lui avait-il joué un tour, s’était-il débarrassé de lui ? Telles sont ses récurrentes pensées quand tristement, un jour, il apprit que « Père » était décédé. Qu’avait-il donc fait pour mériter cet enfer ? Avait-il mal choisi de vivre ?

« Grand-mère » fut la seule personne qui restait dans cette famille adoptive. Après les obsèques de Père, ses visites à « grand-mère » se répétèrent. Il allait l’aider dans ses activités ménagères. À l’école, tout semblait aller de bon train jusqu’au jour où toute tentative pour entrer en possession d’un acte de naissance qu’il n’avait jamais eu pour se présenter au CEP fut vaine. Se trouvant vaincu par la vie, Petit Jo décida de quitter l’école pour rejoindre la rue.

« Venir au monde pour ne connaître que la souffrance sans même pouvoir pleurer sur les genoux d’une mère ou d’un père ! Puis se retrouver dans cette jungle qui est la rue… » (p.107).

Dans sa vie d’enfant de rue, il fit la connaissance de plusieurs enfants, certains aux qualités merveilleuses, d’autres d’une bassesse morale hors norme. Il se fit une famille et vécut dans cette jungle avec les multiples facettes qu’elle comportait. C’est ainsi qu’Élé, Esomba, Alain (Man), Aloga et bien d’autres sont devenus ses compagnons.

« Il valait mieux se contenter du sourire qu’on vous offre, aussi insignifiant soit-il, que d’attendre l’affection d’un parent qui ne viendra peut-être jamais. » (p.33)

Au cours d’une opération, Man et Aloga durent mettre fin à la vie d’une fille de cinq ans, enfant de M. Komé. C’était après avoir volé la voiture d’une Blanche, cliente de Petit Jo, soupçonné de complicité et gardé à vue. À sa libération, préférant la cellule au traitement barbare de la rue, il connut une série de terribles maladies. Élé et Essomba, deux frères de rue de la même famille, avec qui il partageait le container, étaient à son chevet. Ce fut le même Man, objet de son arrestation et de ses déboires, qui sauva également Petit Jo de sa maladie et en devint donc un ami.

Après quatre années passées dans la rue, Petit Jo retrouva à nouveau le chemin de l’école. Alain, Petit Jo, Essomba et Élé sont conviés à quitter leur vie de rue et à mener une vie de famille. Prétendant qu’il devrait plus aider Petit Jo dans ses études, Alain proposa qu’ils vivent ensemble chez ses parents. Il s’y rendit et le cours de la vie reprit normalement.

Adèle, sœur de ses amis, était depuis un moment l’objet de l’attirance d’Alain mais, à sa grande désolation, un soir, en sortant du cinéma, il se rendit compte qu’elle entretenait une relation avec son père. Qu’en sera-t-il de cette découverte sur la nouvelle relation père et fils après les longues périodes de tiraillements qu’ils avaient connues ?

« L’hypocrisie qui fait… des immoraux » (p.136)
« Ce monde de la pègre où on fait mal sans prétendre être des saints. » (p.136)
« Comment ne pas croire qu’effectivement… et des opprimés ? » (p.145)

Pendant que sa vie changeait, le passé le rattrapait. Alain se retrouva en prison, dépassé, Petit Jo quitta le domicile pour se rendre à son village où de bonnes nouvelles l’attendaient malgré la mort de sa grand-mère. De zéro, on peut bien devenir un héros !

D’un volume relativement court, Petit Jo, enfant des rues, est une véritable œuvre où des thèmes aussi divers qu’ils puissent paraître sont relatés. Des thèmes touchant directement à la vie de l’enfant et de ses géniteurs. Évelyne tente dans ce livre de mettre les parents face à leur responsabilité de géniteur. On voit par ailleurs Petit Jo, abandonné par sa mère à la naissance et recueilli par Père, qui meurt le laissant à Mpamba. Alain, fils unique né des entrailles d’Etna, porte des coups sur celle-ci (sa mère), pourtant prête à le défendre en toute circonstance. Est-ce la malédiction maternelle qui le suivit quand il rejoignit une bande de bandits (d’enfants de rue) sous Aloga, après la disparition de celui-ci, en devint chef de file sous le nom Man ? Une famille pauvre, due à une nombreuse progéniture (voir une bouche de plus à nourrir), fait mourir en ces jeunes (d’Élé) conscients, l’espoir de devenir quelqu’un un jour.

L’auteur évoque en grande partie la thématique des enfants abandonnés, mais bien des choses se cachent sous sa plume décrivant des événements beaucoup plus pathétiques les uns que les autres. On observe des expressions en pidgin comme pour se demander si Évelyne n’écrivait pas un roman policier.

Pathétique, voilà en quoi consiste l’œuvre d’Évelyne Mpoudi Ngollé.

Références

Œuvre : Petit Jo, enfant des rues (148 p.)
Auteur : Évelyne Mpoudi Ngollé
Éditions : Édicef
Parution : 2009

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