La course au Goncourt 2026 est officiellement lancée. Réunie mercredi 2 septembre au restaurant Drouant, à Paris, l’Académie Goncourt a dévoilé sa première sélection : seize romans restent désormais en compétition pour succéder à Laurent Mauvignier. Parmi eux figure C’était ça ou mourir, premier roman de l’écrivain québécois d’origine haïtienne Thélyson Orélien, apportant une nouvelle visibilité à une voix issue de la littérature haïtienne et de la francophonie des Amériques.
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(MaxPPP TagID: maxpeoplefrfour895836.jpg) [Photo via MaxPPP]
Seize romans pour ouvrir la saison des grands prix
Avec cette première liste, l’une des principales séquences de la rentrée littéraire française est désormais engagée. Les seize romans retenus constituent la première étape d’un parcours qui conduira progressivement à la désignation du lauréat du Prix Goncourt 2026.
L’Académie Goncourt a fixé la prochaine échéance au 6 octobre, date à laquelle la sélection sera ramenée à huit titres. Quatre finalistes seront ensuite annoncés le 27 octobre, avant la proclamation du lauréat le 3 novembre 2026.
Le futur lauréat succédera à Laurent Mauvignier, récompensé en 2025 pour La Maison vide, publié aux éditions de Minuit. Cette année encore, la sélection illustre la diversité des écritures qui traversent la rentrée littéraire francophone.
La première sélection du Goncourt 2026
Voici les seize romans retenus, classés par ordre alphabétique des auteurs :
- Boris Bergmann, Minotaure, Albin Michel
- Louise Chennevière, Faire la peau, P.O.L
- Ananda Devi, Chronique d’un royaume perdu, Grasset
- Sonia Devillers, Le fabuleux piano, Robert Laffont
- Anne Godard, Nous aussi, Actes Sud
- Olivier Grondeau, Joseph dans la nuit, L’Iconoclaste
- Yannick Haenel, La solitude des professeurs est infinie, Gallimard
- Lilia Hassaine, Je, Gallimard
- Philippe Jaenada, L’inconnue du Quai de Javel, Flammarion
- Jean-Yves Jouannais, Une forêt, Albin Michel
- Emma Marsantes, N’efface pas mes cercles, Verdier
- Clémentine Mélois, Choses que je croyais perdues, L’Arbalète/Gallimard
- Thélyson Orélien, C’était ça ou mourir, Grasset
- Sylvain Prudhomme, De l’autre côté du lac, Minuit
- Olivier Rolin, La Guerre éternelle, Gallimard
- Patrice Trigano, Bataille au procès, Maurice Nadeau.
Cette liste fait apparaître plusieurs maisons d’édition majeures, avec notamment une présence importante de Gallimard, représenté par Yannick Haenel, Lilia Hassaine, Clémentine Mélois et Olivier Rolin. Albin Michel compte deux titres, tandis que Grasset est notamment représenté par Ananda Devi et Thélyson Orélien.
Thélyson Orélien, une voix haïtienne dans la course
La présence de Thélyson Orélien constitue l’un des faits marquants de cette première sélection.
Avec C’était ça ou mourir, l’écrivain signe son premier roman et rejoint directement l’une des sélections les plus observées de la rentrée littéraire française. Né aux Gonaïves en 1988, il a quitté Haïti après le séisme de 2010 et vit depuis au Québec. Avant de se tourner vers le roman, il avait déjà publié de la poésie et des essais. Le livre est paru en France le 19 août 2026 chez Grasset.
Le parcours de l’ouvrage est lui-même révélateur de la circulation des littératures francophones. C’était ça ou mourir avait d’abord été publié au Québec par Boréal avant son arrivée dans le catalogue de Grasset en France. Sa présence dans la première sélection du Goncourt lui offre désormais une exposition considérable auprès du lectorat français et international.
Pour la littérature haïtienne, cette sélection constitue également un nouveau moment de visibilité.
La littérature haïtienne entretient depuis longtemps des liens étroits avec le Québec et la France. La trajectoire de Thélyson Orélien rappelle ainsi que la francophonie littéraire ne se limite pas à un espace géographique unique : elle circule entre Haïti, le Québec, la France et d’autres territoires où le français demeure une langue de création.
Une première sélection marquée par la diversité
Au-delà des noms déjà bien installés dans le paysage littéraire français, cette première liste fait également place à plusieurs écritures différentes et à des profils variés. Le choix de l’Académie associe ainsi des romanciers confirmés à des auteurs dont les ouvrages occupent une place plus récente dans le paysage éditorial.
La sélection accueille également des écrivains venus d’horizons différents de la création littéraire. Sonia Devillers, par exemple, est également connue du grand public pour son activité journalistique et radiophonique. Clémentine Mélois s’est fait connaître par un travail mêlant littérature, photographie et humour. Thélyson Orélien, quant à lui, arrive avec un premier roman.
Cette diversité contribue à faire de la première liste non pas un simple classement des favoris de la rentrée, mais une photographie des sensibilités littéraires que les académiciens souhaitent confronter dans les semaines à venir.
Gallimard, Grasset, Albin Michel… les éditeurs entrent eux aussi dans la course
Le Goncourt représente également un enjeu important pour les maisons d’édition. Une sélection dans ce prix constitue une formidable vitrine commerciale. Elle attire l’attention des libraires, des médias et des lecteurs, et peut fortement accélérer les ventes d’un ouvrage. Dans cette première liste, plusieurs grandes maisons occupent une place importante.
Gallimard compte quatre titres : La solitude des professeurs est infinie de Yannick Haenel, Je de Lilia Hassaine, Choses que je croyais perdues de Clémentine Mélois, publié dans la collection L’Arbalète, et La Guerre éternelle d’Olivier Rolin.
Grasset apparaît avec Chronique d’un royaume perdu d’Ananda Devi et C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien.
Albin Michel est représenté par Boris Bergmann et Jean-Yves Jouannais.
À côté de ces groupes et maisons reconnues figurent également P.O.L, Actes Sud, L’Iconoclaste, Verdier, Flammarion, Minuit et Maurice Nadeau.
Le Goncourt demeure donc aussi une compétition entre catalogues éditoriaux.
Une sélection qui ouvre également la course du Goncourt des lycéens
La première liste de l’Académie Goncourt ne concerne pas uniquement le prix principal.
Les seize romans sont également ceux qui entrent en lice pour le Prix Goncourt des lycéens 2026. Créé en 1988, celui-ci permet à près de 2 000 lycéens de découvrir les ouvrages de la sélection et de participer à leur lecture critique avant de choisir leur propre lauréat. Cette dimension est particulièrement importante pour la diffusion des livres.
La sélection ne reste pas confinée aux jurés professionnels ou aux critiques littéraires. Elle entre dans les salles de classe, auprès de jeunes lecteurs qui devront lire, comparer, débattre et défendre leurs choix. Le Prix Goncourt des lycéens devient ainsi un autre espace de légitimation littéraire, avec une réception qui peut parfois différer de celle de l’Académie.
Un hommage à Didier Decoin au début d’une nouvelle saison
Cette édition s’ouvre également dans un contexte particulier pour l’Académie.
Didier Decoin, ancien président de l’Académie Goncourt, est décédé le 5 août 2026 à l’âge de 81 ans. Il avait présidé l’institution de 2020 à 2024 et en avait été le secrétaire général pendant de nombreuses années. Lauréat du Goncourt en 1977 pour John l’Enfer, il occupait une place importante dans l’histoire récente de l’Académie.
Sa disparition intervient quelques semaines seulement avant le lancement de cette nouvelle campagne du prix. L’édition 2026 se déroule ainsi sous le signe d’une transition pour une institution qui continue néanmoins son rituel annuel : lecture, sélection, débats et votes jusqu’à la proclamation du nouveau lauréat.
Philippe Claudel à la présidence du jury
Depuis 2024, l’Académie est présidée par Philippe Claudel. Le jury réunit également Christine Angot, Pierre Assouline, Tahar Ben Jelloun, Pascal Bruckner, Paule Constant, Françoise Chandernagor, Camille Laurens et Éric-Emmanuel Schmitt.
L’Académie compte actuellement neuf membres votants dans cette configuration, à la suite de la disparition de Didier Decoin. Le fonctionnement du Goncourt repose sur un principe de vote oral et sur plusieurs tours destinés à faire progressivement émerger le lauréat.
Trois dates à retenir
La course au Goncourt 2026 s’organise désormais autour de trois rendez-vous majeurs :
6 octobre 2026 : deuxième sélection, ramenée à huit romans.
27 octobre 2026 : annonce des quatre finalistes.
3 novembre 2026 : proclamation du lauréat du Prix Goncourt 2026.
Entre ces différentes étapes, les romans vont continuer leur parcours en librairie, dans les médias, auprès des critiques et, pour le Goncourt des lycéens, dans les établissements scolaires.
Une place particulière pour la francophonie
La présence de Thélyson Orélien mérite enfin d’être regardée au-delà de la seule compétition française. Avec un écrivain né en Haïti, installé au Québec et publié par une maison française, C’était ça ou mourir illustre une circulation littéraire qui traverse plusieurs territoires francophones.
Cette présence rappelle que les grands prix littéraires français constituent également des espaces de visibilité pour des écritures venues d’ailleurs.
Pour les lecteurs haïtiens, québécois, africains et plus largement francophones, la sélection de Thélyson Orélien offre ainsi une occasion supplémentaire de suivre une voix issue d’un espace littéraire qui ne se limite ni à Paris ni à la France métropolitaine. Reste maintenant à savoir jusqu’où ira C’était ça ou mourir.
Le 6 octobre, seize romans ne seront plus que huit.
Puis quatre le 27 octobre.
Et le 3 novembre, un seul nom sera appelé chez Drouant.
La course au Goncourt 2026 ne fait que commencer.
Sources
- Académie Goncourt — calendrier et informations officielles sur le Prix Goncourt 2026. (Académie Goncourt)
- Ministère français de l’Éducation nationale — sélection du Goncourt des lycéens 2026. (Ministère de l’Education nationale)
- Le Nouvel Obs — première sélection du Goncourt 2026. (Le Nouvel Obs)
- Le Nouvelliste — parcours de Thélyson Orélien et sélection de C’était ça ou mourir.





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