Rencontres de l’écologie du livre : trois jours pour imaginer un autre avenir du livre 

Du 21 au 23 août 2026, La Chapelle-Thouarault, en Bretagne, accueille la première édition de Déchaîné·es – les rencontres de l’écologie du livre. Porté par l’Association pour l’écologie du livre, ce nouveau rendez-vous entend réunir professionnels du livre, militants écologistes, auteurs, bibliothécaires et curieux autour d’une question devenue centrale pour l’avenir du secteur : à quoi pourraient ressembler les livres dans un monde plus désirable ?

 

Et si l’avenir du livre ne se jouait pas seulement dans les librairies, les bibliothèques ou les maisons d’édition, mais aussi dans la manière dont toute la filière pense son rapport aux ressources, aux territoires et au vivant ? 

C’est l’une des questions qui seront au cœur de la première édition de Déchaîné·es – les rencontres de l’écologie du livre, organisée du 21 au 23 août 2026 à La Chapelle-Thouarault, en Ille-et-Vilaine, à proximité de Rennes. 

Pendant trois jours, l’Association pour l’écologie du livre propose un programme mêlant ateliers, conférences, débats, expérimentations, créations artistiques et moments festifs. L’événement est organisé en coproduction avec la Compagnie Le Tirelarigot, en partenariat avec la bibliothèque municipale L’Empreinte et la commune de La Chapelle-Thouarault, avec le soutien notamment de la Fondation Charles Léopold Mayer et de la Fondation Jan Michalski. 

Plus qu’un colloque consacré à l’impact environnemental du secteur, les organisateurs veulent faire de ces rencontres un espace d’expérimentation collective. 

Penser autrement l’écologie du livre 

La question qui sert de fil conducteur au rendez-vous est volontairement prospective : « À quoi ressembleront les livres dans un futur plus désirable, et comment s’y atteler ensemble dès aujourd’hui ? » Elle invite à considérer le livre dans toute sa complexité. 

Car l’écologie du livre ne concerne pas uniquement le papier ou l’impression. Elle touche à l’ensemble de la chaîne : production des matières premières, fabrication, transport, diffusion, stockage, invendus, destruction, réemploi, occasion, pratiques des bibliothèques, modèles économiques, mais aussi contenus et imaginaires véhiculés par les œuvres. 

Les rencontres veulent ainsi interroger les pratiques professionnelles tout en donnant une place importante aux expérimentations et aux initiatives locales. Le public attendu est volontairement large : professionnels du livre et de la lecture, militants écologistes, adhérents et sympathisants de l’Association pour l’écologie du livre, mais aussi personnes simplement intéressées par les liens entre livre, lecture et écologie

Trois jours pour croiser les expériences

Le programme s’étend du vendredi 21 au dimanche 23 août. La première journée sera consacrée à l’accueil des participants, mais aussi à la découverte du territoire. Une visite de la médiathèque municipale et tiers-lieu L’Empreinte est prévue avec son responsable Cédric Fauconnier. Les participants pourront également découvrir l’éco-hameau de La Chapelle-Thouarault avec des élus de la commune. 

La soirée d’ouverture donnera ensuite lieu à des échanges autour des « Écologie(s) du livre et de la lecture », avant un banquet poétique intitulé « Ce qui nous nourrit ». La dimension festive n’est pas accessoire dans le projet. Elle fait partie de la conception même des rencontres, qui veulent associer réflexion, convivialité et plaisir. 

Le livre face à la surproduction 

Le samedi matin, les participants entreront directement dans les enjeux écologiques du secteur avec un « Atelier du livre déchaîné », consacré à l’exploration des différentes problématiques de l’écologie du livre. Plusieurs conférences courtes permettront ensuite d’aborder des questions très concrètes. 

Parmi elles, la surproduction et le livre d’occasion seront au cœur d’une intervention de Bruno Foligné, libraire chez Abraxas Libris. Une thématique particulièrement importante dans un secteur confronté à la multiplication des nouveautés, aux invendus et aux difficultés de circulation des ouvrages. 

Le programme proposera également une réflexion sur les récits forestiers, les droits culturels et le territoire, ainsi qu’un atelier consacré à la « bibliodiversité », à partir de l’exploration de la bibliothèque de La Chapelle-Thouarault. 

Cette notion de bibliodiversité constitue l’un des axes intéressants de la rencontre : derrière la diversité des livres disponibles se pose aussi la question de la diversité des éditeurs, des auteurs, des formats, des circuits de diffusion et des territoires qui participent à la production culturelle. 

De l’écoconception au réemploi des livres 

L’après-midi du samedi sera particulièrement consacrée à l’expérimentation. Un atelier d’écriture d’écofictions permettra d’explorer la manière dont la littérature peut contribuer à imaginer d’autres futurs. Les participants pourront également réfléchir aux transformations de la science-fiction et de la fantasy, notamment autour des questions d’écologie, de technocritique et de construction d’imaginaires plus égalitaires. 

Mais l’écologie du livre sera aussi abordée sous un angle très pratique avec un atelier d’introduction à l’écoconception éditoriale, intitulé « Anatomie d’une chute (de papier) ». L’objectif est notamment de réfléchir à la manière de concevoir des publications en intégrant les enjeux environnementaux dès la conception. 

Autre initiative : un atelier consacré au réemploi de livres oubliés, ainsi qu’un atelier d’impressions typographiques. Ces activités proposent de considérer le livre non seulement comme un objet culturel à conserver, mais également comme une matière susceptible d’être transformée et réutilisée. 

La littérature pour imaginer d’autres futurs

L’un des intérêts de cette manifestation est justement de ne pas réduire l’écologie du livre à une succession de données sur le bilan carbone du papier ou de l’impression. La littérature y est considérée comme un outil permettant également de changer les imaginaires. Les discussions autour des nouveaux récits de science-fiction et des écofictions interrogent ainsi la capacité des auteurs à raconter autrement notre rapport au vivant. 

La question devient alors double : comment rendre la fabrication et la circulation du livre plus soutenables ? Et comment faire du livre un espace capable d’aider les sociétés à imaginer cette transition ? Cette articulation entre écologie matérielle et écologie des imaginaires constitue l’une des originalités de Déchaîné·es

Une place importante accordée aux bibliothèques

Les bibliothèques occupent également une place significative dans la programmation. L’atelier consacré à la bibliodiversité permettra de questionner leur rôle, tandis que le Papier Déchaîné, gazette de l’écologie du livre, fera l’objet d’un atelier d’arpentage.

Le dimanche matin, une « Fresque de la lecture », proposée avec l’Alliance pour la lecture, permettra également d’explorer les enjeux liés aux pratiques de lecture. Ces initiatives rappellent que l’écologie du livre ne concerne pas seulement ceux qui fabriquent les ouvrages. Les bibliothèques, librairies, associations et lecteurs participent eux aussi aux modèles de circulation et d’accès au livre. 

Vers de nouvelles formes d’organisation

Le dimanche, les réflexions prendront une dimension plus collective et politique. Une conférence sera consacrée aux alliances et retours d’expérience d’écologie du livre à l’international. Une autre interrogera la possibilité de créer des coopératives du livre et de la lecture

La question des rapports de pouvoir et de concentration dans le secteur culturel sera également abordée avec des interventions de collectifs autour de la question de Bolloré et de l’Éducation nationale. 

Ces débats témoignent d’une conception de l’écologie qui ne se limite pas à la protection de l’environnement : elle englobe également les questions de gouvernance, de propriété, de coopération, de conditions de travail et de diversité culturelle. 

Un espace où chacun peut proposer sa propre programmation 

L’une des particularités de Déchaîné·es réside dans son espace de programmation libre. Tout au long du week-end, les participants pourront proposer un atelier, une discussion, une présentation ou un retour d’expérience. Le principe est simple : venir avec une idée, un projet, une expérience à partager ou une question à poursuivre collectivement. 

Cette programmation ouverte correspond à la philosophie générale de l’événement. Il ne s’agit pas uniquement de transmettre des connaissances depuis une tribune, mais de permettre aux participants de devenir eux-mêmes acteurs des échanges. 

Une rencontre qui veut aussi faire la fête

L’écologie n’est pas présentée ici sous le seul angle de la contrainte ou de la sobriété. Les organisateurs revendiquent également une « joie militante ». Banquet poétique, bal, DJ set, slam, déambulations, ateliers créatifs, sieste contée ou encore concours de jeté de livres figurent ainsi parmi les propositions. 

Le samedi soir, le Bal Déchaîné & DJ set prolongera les échanges de la journée jusqu’à une heure avancée de la nuit. Cette dimension festive participe à un autre message : réfléchir à la transformation écologique du secteur du livre ne signifie pas nécessairement renoncer au plaisir, à la création ou à la convivialité. 

Un rendez-vous qui interroge l’avenir de toute une filière 

À travers Déchaîné·es, l’Association pour l’écologie du livre pose finalement une question qui dépasse largement le cadre de ces trois journées : quel modèle de livre voulons-nous pour les prochaines décennies ? La question est d’autant plus importante que le secteur du livre doit simultanément répondre à des enjeux environnementaux, économiques, sociaux et culturels. 

Réduire l’impact des matières premières, repenser la production, limiter les invendus, développer le réemploi et l’occasion, améliorer l’écoconception, soutenir la bibliodiversité, renforcer les coopérations territoriales : les pistes sont nombreuses.  Mais les organisateurs invitent également les professionnels et les lecteurs à réfléchir aux imaginaires que les livres contribuent à produire. 

Car transformer l’industrie du livre suppose peut-être de transformer aussi la manière dont elle imagine son avenir. 

La Chapelle-Thouarault, laboratoire de l’écologie du livre ?

En choisissant une commune bretonne comme cadre de cette première édition, les organisateurs donnent également une dimension territoriale à leur démarche. La présence de la bibliothèque L’Empreinte, la découverte de l’éco-hameau, les ateliers, les rencontres professionnelles et l’ouverture aux habitants contribuent à faire de La Chapelle-Thouarault un espace d’expérimentation. 

Le pari est donc de rapprocher les réflexions nationales et internationales des réalités locales. 

Du 21 au 23 août 2026, professionnels du livre, bibliothécaires, auteurs, militants, chercheurs et citoyens pourront ainsi se retrouver autour d’un même objectif : imaginer et commencer à construire une écologie du livre qui ne soit pas seulement une adaptation aux contraintes environnementales, mais un véritable projet de transformation du secteur. 

Avec Déchaîné·es, l’écologie du livre gagne ainsi un nouveau lieu de débat et d’expérimentation. Et derrière la question de l’avenir du livre se dessine une interrogation plus vaste : quel monde voulons-nous contribuer à raconter, mais aussi à construire, à travers les livres que nous produisons, diffusons, lisons et transmettons ?

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