Dans « Pourquoi le serpent rampe », neuvième conte du recueil Les Contes de Madrenvidé, Destin Mahulolo Akpo propose une nouvelle légende étiologique, ces récits traditionnels qui expliquent l’origine d’un phénomène naturel. Derrière l’explication de la reptation du serpent se dessine une réflexion profonde sur le respect des lois, la maîtrise des instincts et les conséquences irréversibles de certaines fautes.
L’auteur nous transporte à une époque mythique où Madrenvidé était le village natal de Mawu Segbo-Lissa. Les hommes et les animaux vivaient alors en parfaite harmonie, partageant les mêmes espaces et les mêmes règles. Tous se déplaçaient avec grâce, marchaient, nageaient ou volaient selon leur nature, et le serpent ne faisait pas exception. Rien ne le distinguait encore de manière aussi spectaculaire des autres créatures.
Dans cet univers régi par un ordre divin, certaines interdictions étaient cependant absolues. Elles ne relevaient pas de simples conventions sociales, mais constituaient les fondements mêmes de l’équilibre du monde. Chacun connaissait ces lois et comprenait que leur violation entraînerait inévitablement une sanction.
Parmi toutes les créatures, Dan-le-Serpent occupait une place privilégiée auprès de Mawu Segbo-Lissa. Cette proximité avec le Créateur faisait de lui un être respecté, bénéficiant d’une confiance particulière. Mais cette faveur ne le plaçait pas au-dessus des règles. Au contraire, elle exigeait de lui une exemplarité encore plus grande.
Destin Mahulolo Akpo construit ici un récit où le pouvoir, les privilèges et la proximité avec l’autorité ne dispensent jamais du respect des principes. Une idée qui résonne bien au-delà du conte et qui trouve un écho dans toutes les sociétés où la responsabilité accompagne les fonctions élevées.
Le récit prend une tournure dramatique à l’approche d’un mariage exceptionnel, organisé comme une célébration de l’ordre voulu par le Créateur. Ce moment de joie collective devient progressivement le théâtre d’un événement qui bouleversera définitivement le destin du serpent et modifiera pour toujours son apparence.
L’auteur entretient habilement le suspense sans dévoiler immédiatement la nature de la faute commise. Il préfère installer une atmosphère où chaque étape rapproche le lecteur d’un point de rupture. Les préparatifs, les attentes et les symboles du mariage renforcent la gravité des événements à venir.
Comme dans l’ensemble du recueil, le merveilleux n’est jamais gratuit. Les interventions divines, les transformations physiques et les sanctions surnaturelles servent à illustrer des principes moraux profondément ancrés dans les traditions africaines. Elles rappellent que certains actes produisent des conséquences qui dépassent largement leurs auteurs.
Au-delà de son caractère mythologique, « Pourquoi le serpent rampe » interroge la notion de responsabilité individuelle. Peut-on invoquer sa position sociale, son prestige ou sa proximité avec le pouvoir pour échapper aux conséquences de ses actes ? Existe-t-il des fautes dont les effets dépassent le seul coupable pour marquer durablement toute une descendance ?
Le style de Destin Mahulolo Akpo demeure fidèle à celui des précédents contes : une langue simple, imagée et profondément enracinée dans l’univers de la tradition orale. Chaque personnage, chaque symbole et chaque événement participent à une construction où la morale naît naturellement du déroulement de l’histoire.
Mais quelle faute Dan-le-Serpent a-t-il commise pour perdre à jamais sa dignité première ? Pourquoi celui qui bénéficiait de la confiance de Mawu Segbo-Lissa est-il devenu l’un des animaux les plus redoutés ? Et comment une seule transgression a-t-elle pu transformer définitivement son mode de vie ?
Pour découvrir l’origine légendaire de la reptation du serpent, il faudra lire « Pourquoi le serpent rampe », un conte dans lequel Destin Mahulolo Akpo rappelle que les lois qui fondent l’équilibre d’une communauté ne peuvent être violées sans que leurs conséquences finissent par atteindre celui qui les méprise.





Laisser un commentaire