Une mort très douce est un récit autobiographique de Simone de Beauvoir. Il comprend en tout 167 pages et a été publié en 1964 aux Éditions Gallimard. Dans ce livre, cette défenderesse du droit des femmes traite d’un terme sempiternel : la mort.
Il a bien l’âge de mourir. Tristesse des vieillards, leur exil : la plupart ne pensent pas que pour eux cet âge ait sonné. Moi aussi, et même à propos de ma mère, j’ai utilisé ce cliché. Je ne comprenais pas qu’on puisse pleurer avec sincérité un parent, un aïeul de plus de soixante dix ans.
Si je rencontrais une femme de cinquante ans accablée parce qu’elle venait de perdre sa mère, je la tenais pour une nervrosée: nous sommes tous mortels; à quatre vingts ans on est assez bien vieux pour faire un mort…
Mais non. On ne meurt pas d’être né, ni d’avoir vécu, ni de vieillesse. On meurt de quelque chose. Savoir la mère vouée par son âge à une fin prochaine n’a pas atténué l’horrible surprise : elle avait un sarcome. Un cancer, une embolie, une congestion pulmonaire : c’est aussi brutal et imprévu que l’arrêt d’un moteur en plein vol.
La mère encourageait à l’optimisme lorsque, percluse, moribonde, elle affirmait le prix infini de chaque instant ; mais aussi son vain acharnement déchirait le rideau rassurant de la banalité quotidienne.
Il n’y a pas de mort naturelle : rien de ce qui arrive à l’homme n’est jamais naturel puisque sa présence met le monde en question. Tous les hommes sont mortels : mais pour chaque homme sa mort est un accident et, même s’il la connaît et y consent, une violence indue.
EBAGNE BEKEMEN SÉVERIN





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