Nationalité béninoise des Afro-descendants : dans une tribune, Tossoukpe Frédéric Herman appelle à la transparence et au débat 

La suppression de l’exigence du test ADN pour les Afro-descendants souhaitant obtenir la nationalité béninoise relance les discussions sur les modalités du retour aux racines et les critères d’attribution de la citoyenneté. Dans cette tribune, l’écrivain et essayiste béninois Tossoukpe Frédéric Herman dit comprendre la portée historique de cette démarche tout en s’interrogeant sur les garanties de transparence, de crédibilité et de rigueur qui devront encadrer sa mise en œuvre.

TRIBUNE  Nationalité béninoise des Afro-descendants : je ne condamne pas, je m’interroge 

L’annonce de la suppression de l’exigence du test ADN pour les Afro-descendants souhaitant obtenir la nationalité béninoise a suscité de nombreuses réactions au sein de l’opinion publique. Comme beaucoup de mes compatriotes, je suis partagé entre la compréhension de la démarche et les interrogations qu’elle soulève.

Qu’il n’y ait aucune ambiguïté : je ne suis pas opposé au retour des Afro-descendants vers la terre de leurs ancêtres. L’histoire de la traite négrière a laissé des blessures profondes dont les conséquences traversent encore les siècles. Voir des femmes et des hommes chercher à renouer avec leurs racines africaines est une démarche que je respecte profondément.

Cependant, une question me préoccupe.

Si le test ADN n’est plus exigé, quels seront désormais les critères permettant d’établir avec suffisamment de certitude le lien ancestral revendiqué avec le Bénin ?

Je pose cette question sans esprit de polémique. Je la pose en citoyen soucieux de comprendre. Car la nationalité n’est pas un simple document administratif. Elle est l’expression d’une histoire commune, d’une appartenance à une nation, d’un héritage transmis de génération en génération.

Depuis quelques jours, les réseaux sociaux sont envahis de commentaires parfois excessifs, parfois maladroits, mais qui traduisent une inquiétude réelle. Beaucoup de Béninois ont le sentiment de ne pas disposer d’informations suffisantes sur les mécanismes de contrôle qui remplaceront l’exigence du test ADN.

Je comprends également ceux qui rappellent que des millions d’Afro-descendants ne possèdent aucun document leur permettant de retracer précisément leur généalogie. Leur imposer des preuves impossibles à obtenir reviendrait à leur fermer définitivement la porte du retour.

Entre ces deux réalités, il existe certainement un équilibre à trouver.

Le véritable débat ne devrait donc pas opposer les Afro-descendants aux citoyens béninois. Il devrait porter sur les garanties de transparence, de crédibilité et de rigueur qui encadreront ce processus.

Comment seront examinés les dossiers ? Quels experts interviendront ? Quelles preuves alternatives seront acceptées ? Quels recours existeront en cas de contestation ?

Ces questions sont légitimes. Elles méritent des réponses claires de la part des autorités compétentes.

À titre personnel, je considère que le Bénin a le devoir moral d’ouvrir ses bras à ceux qui cherchent à retrouver une part de leur histoire. Mais je pense également que cette ouverture doit s’accompagner de règles suffisamment solides pour préserver la confiance de tous.

S’interroger n’est pas rejeter.

Demander des explications n’est pas être hostile.

Chercher à comprendre n’est pas refuser la réconciliation historique.

Aujourd’hui, je ne condamne pas cette décision. Je ne m’y oppose pas non plus. J’estime simplement que les citoyens béninois ont le droit de connaître les modalités exactes de cette réforme et les garanties qui l’accompagnent.

Car lorsqu’il est question de nationalité, la transparence n’est jamais un luxe. Elle est une nécessité.

Tossoukpe Frédéric Herman

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