L’ASEAT alerte : la littérature tchadienne en péril et appelle à une refondation urgente de la politique du livre

Au Tchad, la chaîne du livre tire la sonnette d’alarme. Dans un contexte de désorganisation institutionnelle, d’exclusion des acteurs qualifiés et d’abandon des politiques publiques culturelles, l’Association des Écrivains et Auteurs du Tchad (ASEAT) dénonce une dérive dangereuse qui menace l’existence même de la littérature nationale. À travers un plaidoyer ferme et documenté, elle interpelle journalistes, décideurs et pouvoirs publics : sans sursaut immédiat, le pays risque de perdre ses écrivains, ses livres, sa mémoire et une part essentielle de son identité culturelle.

ASSOCIATION DES ÉCRIVAINS ET AUTEURS DU TCHAD

Siège national : avenue Abbo Nassour (Habbéna)
Tél : +235 65 94 89 10 / 61 48 45 45
Email : associationdesecrivainsdutchad@gmail.com
N’Djaména (Tchad)

Point de presse du Président de l’ASEAT


Mesdames et Messieurs les journalistes,

Ce point de presse vise à faire part de la situation peu reluisante que vivent les écrivains tchadiens dans la pratique de leur art, leur existence sociale et leur rôle dans la conservation de la mémoire collective.

Depuis la nomination de M. Abakar Rozzi Teguil comme ministre en charge de la Culture, un climat délétère s’est installé, marqué par l’exclusion, le sectarisme et une gestion qui affaiblit profondément le secteur culturel. Le gotha culturel tchadien est à l’arrêt.

La Bibliothèque Nationale et la Maison des Patrimoines Culturels du Tchad ne sont pas dirigées par des professionnels du livre ou de la culture. Des nominations sans lien avec le secteur se multiplient, reléguant les agents compétents au second plan.

Le Mois du Livre et de la lecture, instauré en 2017, est aujourd’hui dévoyé, vidé de son sens et devenu un événement sans innovation, répétitif et déconnecté des enjeux littéraires.

En 2022, 400 millions de francs CFA avaient été annoncés pour l’achat de livres d’auteurs tchadiens. Depuis, silence et inertie : aucune procédure concluante, aucune explication convaincante. La réaction récente du ministère, sous pression du groupement des éditeurs, n’a rassuré personne.

Les écrivains tchadiens sont invités à de nombreux salons internationaux — Paris, Abidjan, Libreville, Cotonou, Conakry, Niamey — mais ne reçoivent aucun soutien du ministère. Plusieurs opportunités majeures ont été perdues : FILO 2023, AFRICAJARC 2023, etc.

La Direction du Livre a été marginalisée. Des festivals tels que Souffle de l’Harmattan, pourtant à leur 12ᵉ édition, ne reçoivent aucun soutien.

L’ASEAT, seule faîtière reconnue, forte de plus de 100 membres, ne bénéficie d’aucune subvention. À titre comparatif, l’Association des écrivains du Sénégal reçoit 500 millions de francs CFA annuels.

Le droit d’auteur, quant à lui, demeure un mystère opaque, sans réforme véritable.

Pire encore : le ministre refuse systématiquement de recevoir les acteurs du livre, préférant valoriser des influenceurs sans lien réel avec la culture. Un désaveu dramatique pour les lettres tchadiennes.

Une littérature en danger

Le livre est un pilier de la mémoire et du savoir. Sans soutien, sans politique publique cohérente, la littérature tchadienne court vers l’effacement. Les écrivains jouent pourtant un rôle majeur dans la réflexion sociale, historique et contemporaine du pays.

Un appel au Président de la République

L’ASEAT en appelle directement au Président de la République, Mahamat Idriss Deby Itno, lui-même auteur, pour sauver la littérature nationale.

Les demandes urgentes :

  • La révocation du ministre du Développement Touristique, de la Culture et de l’Artisanat ;
  • La convocation des États généraux du livre et de la lecture.

L’association propose également la création d’une Maison de l’Écrivain tchadien, qui servirait de siège national et de centre de rayonnement pour la littérature.

Un ultime appel

L’ASEAT invite le Chef de l’État à encourager personnellement la lecture et l’écriture chez les jeunes. Une démarche qui armerait leur conscience, leur créativité et leur esprit critique, tout en renforçant la communauté des hommes et femmes de plume.

N’Djaména, le 14 novembre 2025
Le Président de l’ASEAT
Sosthène MBERNODJI


Vous aimez cet article ? Contribuez à notre mission en cliquant sur ce lien. Chaque geste compte 🙏
Soutenir L’ivre Du Livre

Articles Similaires
Lire pour mieux agir : quand la lecture forme des citoyens responsables 

La lecture ne se limite pas à l’acquisition de connaissances ; elle est aussi un puissant levier de transformation individuelle Lire plus

Et si on arrêtait de perfectionner l’amour ? Sans anesthésie (10) — la chronique de Johane Joseph  

Et si les plus grandes fragilités de nos relations naissaient moins d’un manque d’amour que de notre quête incessante de Lire plus

Sans anesthésie (9) : La pauvreté des rêves — la chronique de Johane Joseph 

Le talent ne manque pas. Les idées non plus. Pourtant, combien de projets, d’inventions, de livres ou de vocations disparaissent Lire plus

FESTIFOUS 2026 : POURQUOI ÉCRIRE SUR LES VALEURS SOCIALES ? 

À une époque où les repères semblent s’effriter, où les réseaux sociaux accélèrent la circulation des idées autant que celle Lire plus

Sans anesthésie (8) : Quand aimer devient obéir  — la chronique de Johane Joseph 

L’amour est souvent associé au don de soi, aux compromis et à la volonté de préserver le lien avec l’autre. Lire plus

Sans anesthésie (7) : Pourquoi certaines femmes restent même quand elles savent — la chronique de Johane Joseph 

Elles voient les signes. Elles reconnaissent les blessures, les promesses non tenues et les fissures qui se multiplient dans leur Lire plus

Sans anesthésie (6) : La reconnaissance — cette chaîne qui peut peser plus qu’on ne le pense — la chronique de Johane Joseph 

Dire merci est un acte de cœur. Reconnaître la main qui nous a aidés à un moment difficile est une Lire plus

Sans anesthésie (5) : Dire oui, dire non — la chronique de Johane Joseph 

Un mot suffit parfois à faire basculer une existence. Un « oui » prononcé pour être aimé, pour éviter un Lire plus

Nationalité béninoise des Afro-descendants : dans une tribune, Tossoukpe Frédéric Herman appelle à la transparence et au débat 

La suppression de l’exigence du test ADN pour les Afro-descendants souhaitant obtenir la nationalité béninoise relance les discussions sur les Lire plus

La littérature béninoise : entre héritage, engagement et renouveau 

La littérature béninoise s’impose aujourd’hui comme l’une des plus dynamiques d’Afrique francophone. Héritière d’une tradition orale pluriséculaire et portée par Lire plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Share via
Copy link