« La femme est un être faible, mais elle est forte par sa faiblesse même. » C’est à travers ces mots extraits de Les Misérables, que Victor Hugo résume l’ambiguïté des paradigmes construits autour de la femme en littérature. La femme dans la littérature est un miroir qui renvoie et révèle l’humaine nature mais aussi la profondeur de l’âme humaine empreintes aux contradictions et aux paradoxes de sa condition. À travers les œuvres de Senghor, Chinua Achebe, Ahmadou Kourouma, Bourdieu, Jean Pliya et bien d’autres, nous allons plonger dans la psyché représentative de la femme tout en étant à cheval entre force et faiblesse, oppression et révolte, déchéance et douleur mais aussi résistance et résilience, droit et reconsidération.
1- La femme victime de la société dans Le Monde s’effondre de Chinua Achebe.
Chinua Achebe dépeint ici la femme selon la société Igbo précoloniale, marquée par un patriarcat transcendant où les femmes sont reléguées au second rang, elles sont sur les « bancs de touche ». Les femmes sont pour la plupart du temps considérées comme des êtres faibles, réduites aux tâches domestiques et soumises à la violence sous toutes ses formes. Chinua Achebe met un accent particulier sur les femmes d’Okonkwo.
Cette œuvre de l’écrivain nigérian met en lumière les conditions de vie de la femme dans la société Igbo au cours de la période précoloniale mais dénonce aussi les traitements inhumains et dégradants dont elle est quotidiennement victime dans les sociétés, africaines en particulier.
2- La femme comme symbole de vie et de lumière dans les cultures africaines dans Chants d’ombre de Léopold Sédar Senghor.
Senghor fait dans ce recueil de poème une litanie de la femme. Cet être qu’il représente comme sacré, et qui porte une multitude de costumes : Mère nourricière de l’Afrique, l’éternelle Muse inspiratrice… Il unit à travers sa poésie, la femme avec la terre natale, la nature, la vie dans son entièreté tout simplement.
Chants d’ombre est un hymne à cet être à l’apparence fragile, cet être qu’on banalise, cet être qui se fait silence et dont le silence pèse plus que les mots, cet être porteur de l’univers. La femme ici est une lumière qui dissipe l’ombre et donne de la place au soleil.
3- La femme comme sexe du silence dans Sous l’orage de Seydou Badian.
À l’instar de Chinua Achebe, Seydou Badian présente dans cet ouvrage la conception de la femme dans les sociétés africaines. Ici l’auteur montre la place qu’occupe la femme dans la société traditionnelle africaine : une place secondaire.
Le sexe féminin est considéré ici comme un sexe qui n’a nullement droit à la parole encore moins à la pensée. La femme est ainsi reléguée au second rang, réduite à la fumée de la cuisine et à la maternité.
4- L’exploitation de la femme dans les administrations dans La Secrétaire particulière de Jean Pliya.
Jean Pliya à travers le personnage de Nathalie, révèle les réalités du milieu administratif. Il dénonce à travers cette figure les différentes exploitations dont sont victimes les femmes en milieu administratif, notamment l’exploitation sexuelle.
Il s’agit d’une pratique récurrente chez les hommes en position de supériorité. Ceux-ci réclament des faveurs sexuelles en échange de promotion, ou autres. C’est une réalité qui continue malheureusement son petit bonhomme de chemin dans nos sociétés.
5- La femme sous le joug de la société dans Monnè, Outrages et défis de Ahmadou Kourouma.
« Les femmes sont les premières victimes de la société, mais elles sont aussi les premières à se révolter. ». Ahmadou Kourouma présente dans cette œuvre, la condition féminine comme l’unique reflet de la déchéance et de la douleur de toute une société face au joug colonial.
Comme Seydou Badian et Chinua Achebe, Ahmadou Kourouma montre ici la profondeur abyssale des souffrances qu’endurent les femmes. Il y explique en quoi la femme est déterminante dans le processus de développement d’une nation.
Cette œuvre met en lumière la domination masculine et la fragilité des femmes dans une société en perpétuelle mutation. Une société marquée par ce qu’il appelle « monnè » c’est-à-dire le mépris ainsi que ses corollaires.
6- La femme, objet de violence et de domination dans La Domination masculine de Pierre Bourdieu.
Bourdieu explique ici comment la femme est le produit d’une construction sociale qui lui assigne une place inférieure dans la société. Une place maintenue par la force, la violence et l’arbitraire, mais également par une adhésion inconsciente de la femme aux différentes structures de domination.
Cette œuvre dépeint la domination masculine comme une structure symbolique perpétuant les inégalités.
7- Redéfinition du statut de la femme dans Le Chant du lac d’Olympe Bêlhy Quenum.
Dans Le Chant du lac, l’écrivain béninois présente la femme comme l’incarnation de la lumière. Elle éclaire le peuple et démystifie le mythe qui entoure les puissances obscures. Le personnage de Mme Ounéhou révèle le rôle ainsi que la place de la femme dans le progrès et le changement de paradigmes de tout un peuple.
À travers cette œuvre, Olympe Bêlhy Quenum appelle à une prise de conscience des potentialités de la femme et à une reconstitution de son statut dans la société.
8- La nécessité de la reconsidération de la femme dans L’École des femmes de Molière.
L’émancipation de la femme est une nécessité selon Molière dans cette œuvre. Pour lui, la femme tout comme l’homme a le droit à l’éducation mais également le droit de choisir son partenaire de vie.
Cette œuvre est un plaidoyer pour une remise en cause des lois sociales qui limitent l’étendue des droits de la femme. L’auteur appelle donc à une prise de conscience de la nécessité d’accorder à la femme les mêmes chances qu’à l’homme.
De ce qui a été dit ci-dessus, il faut retenir que la femme en littérature est représentée de mille et unes façons. Cependant, quelques auteurs de par leur plume ont décrit la manière dont la femme est vue dans les sociétés ancestrales et plus tard dans les sociétés modernes. La fonction de ces écrivains qu’on qualifieraient de « auteurs masculins ayant défendue la cause de la femme », n’est nullement exhaustive. Ils ont et continuent d’ailleurs de faire parler leurs plumes avec ferveur en faveur de cet être-là qu’on surnomme » le sexe faible ».
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