Comprendre l’économie du livre en Guinée : les 10 chiffres qui décrivent le secteur 

La Guinée possède une riche tradition littéraire portée par des figures majeures comme Camara Laye, Djibril Tamsir Niane ou encore Williams Sassine. Si le pays a connu ces dernières décennies une nouvelle dynamique éditoriale grâce à l’émergence de maisons d’édition locales et à l’organisation de grandes manifestations littéraires, son marché du livre demeure encore de taille modeste. Entre production éditoriale limitée, faible réseau de librairies, développement progressif des bibliothèques et montée des initiatives en faveur de la lecture, le secteur présente à la fois des acquis solides et d’importants défis. Voici dix (10) données clés pour mieux comprendre l’économie du livre en Guinée. 

1. Un marché potentiel de 14,4 millions d’habitants

En 2023, la Guinée comptait environ 14,4 millions d’habitants. Le taux d’alphabétisation des personnes âgées de 15 ans et plus atteignait 45 %, tandis que 38 % de la population vivait en milieu urbain. 

Le contexte numérique évolue progressivement avec un taux de pénétration d’Internet estimé à 34 % et un taux d’abonnements mobiles supérieur à 100 %, offrant de nouvelles perspectives pour la diffusion des contenus éditoriaux. 

2. Une douzaine de maisons d’édition structurent la filière 

Le secteur éditorial guinéen demeure relativement restreint avec 12 maisons d’édition recensées en 2023, dont une dizaine réellement actives selon les autorités nationales.

Parmi les principaux acteurs figurent les Éditions Ganndal, pionnières dans la littérature jeunesse et les publications en langues nationales, L’Harmattan Guinée, Dardia Éditions, Innov Éditions Guinée ou encore Plumes Inspirées, qui contribuent au renouvellement de la création littéraire nationale.

3. Environ 50 titres publiés chaque année

La production éditoriale reste modeste avec environ 50 nouveaux titres publiés chaque année, hors livres scolaires et parascolaires. Les ouvrages concernent principalement la littérature générale, les essais et la littérature jeunesse. Les tirages moyens atteignent environ 3 000 exemplaires par titre, un niveau relativement élevé pour un marché de cette taille. 

Les manuels scolaires, en revanche, sont majoritairement imprimés à l’étranger.

4. Une production locale qui valorise les langues nationales 

L’une des spécificités du marché guinéen réside dans les efforts réalisés pour promouvoir les langues nationales. 

Les Éditions Ganndal figurent parmi les maisons les plus engagées dans cette démarche. La Guinée a également accueilli en 2018 la deuxième édition du Salon de l’Écrit et du Livre en Langues Africaines (SAELLA), illustrant la volonté de développer une édition davantage ancrée dans les réalités linguistiques nationales. 

5. Un cadre institutionnel progressivement renforcé

Depuis 2016, le secteur relève de la Direction du Livre et de la Lecture Publique, placée sous la tutelle du ministère de la Culture. Cette direction supervise notamment : 

  • la Bibliothèque nationale de Guinée ; 
  • les Centres de Lecture Publique et d’Actions Culturelles (CELPAC) ; 
  • le Bureau Guinéen du Droit d’Auteur (BGDA). 

Le pays dispose également d’un cadre juridique relativement ancien, avec le dépôt légal instauré dès 1973 et une législation modernisée sur la propriété littéraire et artistique en 2019. 

6. Le livre bénéficie d’une exonération de TVA 

La Guinée applique une exonération de TVA sur la vente des livres, reconnaissant leur rôle dans l’éducation et le développement culturel. En revanche, les matières premières destinées à la fabrication des livres ainsi que les équipements d’imprimerie restent soumis à des droits de douane, ce qui renchérit les coûts de production locale. 

Parallèlement, le BGDA renforce progressivement la lutte contre le piratage et la contrefaçon à travers des actions de sensibilisation et de formation des professionnels de la justice. 

7. Huit (08) librairies seulement pour tout le pays

Le réseau de distribution constitue l’un des principaux points faibles du secteur. La Guinée ne comptait que 8 librairies physiques en activité en 2023. À cette faiblesse s’ajoute une forte présence des circuits informels. Les vendeurs ambulants occupent une place importante dans la commercialisation des ouvrages et se sont même organisés en associations professionnelles. 

Le secteur représenterait environ 400 emplois directs en 2023. 

8. Quarante (40) bibliothèques publiques soutiennent la lecture 

Le pays dispose d’environ 40 bibliothèques publiques, coordonnées par le réseau des CELPAC. Ces établissements jouent un rôle important dans la démocratisation de l’accès au livre, malgré des moyens souvent limités. 

La promotion de la lecture s’appuie également sur plusieurs événements majeurs, notamment les 72 Heures du Livre, organisées chaque année depuis 2009, et le Salon International du Livre Jeunesse (SILJ). 

En 2024, le CELPAC a également lancé le premier Prix littéraire des lycéens de Guinée, destiné à encourager la lecture chez les jeunes. 

9. Un marché largement dépendant des importations

Les échanges commerciaux du livre restent déséquilibrés. Les dernières données disponibles indiquent qu’en 2016 les importations de livres représentaient environ 873 980 dollars, contre seulement 2 790 dollars d’exportations. 

La France demeure le principal fournisseur du marché guinéen, devant le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Cette forte dépendance traduit les difficultés de développement de l’impression et de la production industrielle locales. 

10. Une profession qui se structure progressivement 

La Guinée ne dispose pas encore de véritable filière universitaire entièrement consacrée aux métiers de l’édition.

Cependant, plusieurs établissements proposent des formations utiles aux professionnels du livre, notamment l’Université de Kankan dans le domaine de la bibliothéconomie, ainsi que l’Université Française de Guinée à travers des enseignements liés à l’édition, à la propriété intellectuelle et à la critique littéraire.

La structuration du secteur repose également sur plusieurs organisations professionnelles, parmi lesquelles l’Association des Écrivains de Guinée (AEG), l’Association des Éditeurs Guinéens (ASSEGUI), le Réseau des Professionnels Guinéens du Livre (REPROLIG) ou encore l’Association des Libraires de Guinée.

Un secteur encore modeste mais porté par une forte dynamique culturelle

Le marché du livre guinéen reste de dimension relativement limitée avec seulement une douzaine d’éditeurs, une cinquantaine de titres publiés chaque année et un réseau restreint de librairies.

Cependant, plusieurs facteurs témoignent d’une évolution encourageante : la vitalité des maisons d’édition locales, le développement des manifestations littéraires, l’intérêt croissant pour les langues nationales, l’engagement des associations professionnelles et le renforcement progressif du cadre institutionnel.

Dans un contexte où la lecture demeure un levier essentiel de développement, ces initiatives constituent autant d’atouts pour accompagner la croissance future de l’économie du livre en Guinée.

Sources

source : https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000394051

https://articles.unesco.org/sites/default/files/medias/fichiers/2025/06/PR_Africas_book_industry_UNESCO_highlights_its_economic_and_cultural_potential_in_a_new_report_fr.pdf 

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