Ce livre… ou comment tomber amoureux d’un pays sans même savoir où poser ses valises
Il y a des gens qui tombent amoureux d’une personne. D’autres d’un plat (le riz gras, par exemple). Et puis il y a Thierry-Paul Ifoundza. Lui, il tombe amoureux… d’un pays. Comme ça. Gratuitement. Sans préavis et sans prévenir. Sans même avoir pris un visa émotionnel au préalable. Drôle ? Cher Burkina, c’est d’abord ça : une histoire d’amour un peu étrange, presque suspecte, entre un homme et une terre qu’il ne connaît pas encore — mais qu’il ressent déjà.
Cher Burkina (Thierry-Paul Ifoundza, Éditions Maïa, avril 2024, 82 pages) est un récit porté par un auteur congolais (Congo-Brazzaville), actuellement installé en France.
Et forcément, dans cette histoire, il y a un fantôme. Un fantôme très vivant. Celui de Thomas Sankara. Parce que oui, difficile de penser au Burkina Faso sans que Sankara ne débarque dans la conversation, un peu comme cet ami charismatique qui monopolise toutes les discussions. Le narrateur, lui, ne s’en plaint pas. Il l’écoute depuis Saint-Pétersbourg, comme on écoute une vieille cassette révolutionnaire, avec cette fascination propre aux figures qui ont marqué l’Histoire… ou qui refusent de la quitter.
Mais attention, Cher Burkina n’est pas un livre d’histoire. C’est pire (ou mieux) : c’est un livre de terrain. Un livre où l’on débarque à Ouagadougou avec des idées plein la tête… et où l’on repart avec des questions plein les poches. Parce que oui, entre deux réflexions géopolitiques et trois références à la révolution, il y a la vraie vie. Celle des rues rebaptisées, des discussions improvisées, des enfants qui errent, des repas partagés, et des silences lourds quand on parle du terrorisme.
Et là, le livre devient presque cruel dans sa lucidité. Le Burkina n’est pas seulement une idée, ni un symbole, ni un slogan politique. C’est un pays qui lutte. Qui résiste. Qui doute. Un pays où l’on peut parler de dignité alimentaire le matin… et d’insécurité l’après-midi. Où les écoles ferment pendant que les discours s’ouvrent. Où la jeunesse, omniprésente, semble porter un pays entier sur ses épaules — avec parfois plus de courage que de moyens.
Mais ce qui rend cette chronique (et ce livre) si particulière, c’est son refus de choisir un camp confortable. Ifoundza observe tout : les élans révolutionnaires, les coups d’État, les tensions internationales, les débats sur la démocratie, la Russie, la France… Et au milieu de tout ça, il garde une posture presque insolente : celle de quelqu’un qui veut comprendre, pas applaudir.
Et franchement, ça fait du bien.
Parce que le lecteur ou la lectrice, bref ou les deux, sent bien que derrière les grandes analyses — la CEDEAO, l’AES, les discours politiques, les ressentiments postcoloniaux — il y a une question beaucoup plus simple, presque désarmante : comment vivre dignement aujourd’hui, ici, en Afrique ?
Et là, le livre de Thierry-Paul Ifoundza, Cher Burkina, Éditions Maïa, avril 2024, 82 pages disponible en librairie et sur des plateformes de ventes en ligne nous regarde droit dans les yeux.
Pas de réponse miracle. Juste des pistes. L’éducation. La jeunesse. L’engagement. Et surtout, cette idée têtue que la richesse d’un continent ne sert à rien si elle ne transforme pas concrètement la vie de ceux qui y habitent. Une évidence ? Oui. Mais visiblement, une évidence qui mérite encore d’être répétée.
Alors faut-il refermer Cher Burkina avec une drôle de sensation ? Un mélange de frustration, d’admiration et d’inquiétude ? Comme après une conversation trop courte avec quelqu’un qui a beaucoup à dire ? Tout cela à la fois et plus ?
Et surtout, avec une certitude : vous ne venez peut-être pas au Burkina une seule fois. Mais ce livre, lui, vous y envoie déjà — sans billet retour garanti.
Fiche technique de l’ouvrage
- Titre : Cher Burkina
- Auteur : Thierry-Paul Ifoundza
- Maison d’édition : Éditions Maïa
- Date de parution : Avril 2024
- Nombre de pages : 82 pages
- Genre : Chronique / récit
- Nationalité de l’auteur : Congolaise (Congo-Brazzaville)
- Lieu de résidence : France





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